Les Misérables, roman de Victor Hugo, publié en 1862, fait partie à l’évidence du patrimoine littéraire de l’humanité. C’est bien plus qu’un roman, un fleuve incroyable de 1800 pages qui ne peut se comparer qu’aux oeuvres gigantesques de la littérature russe, Guerre et Paix, Anna Karénine, Les Frères Karamazov, etc. De plus, la renommée universelle de l’oeuvre de Victor Hugo a été amplifiée par le succès mirobolant de la comédie musicale d’Alain Boublil, Jean-Marc Natel et Claude-Michel Schönberg, adaptation du roman en chansons, qui, sous version française ou anglo-saxonne, a conquis toutes les scènes du monde. Sur les écrans de cinéma ou de télévision, en France, tous les 25 ou 30 ans, débarque une adaptation qui se voudrait à chaque fois définitive. Si on compte les adaptations anglo-saxonnes, paraît tous les 20 ans une nouvelle version plus ou moins satisfaisante. L’histoire des Misérables est presque aussi connue que celle de la Bible ou des pièces de Shakespeare. Ses personnages sont devenus quasiment des lieux communs : Jean Valjean, le bagnard en quête de rédemption, Javert, le policier consciencieux, Fantine, la prostituée au grand coeur, mère célibataire, les Thénardier, l’horrible couple âpre au gain, Cosette, la fille protégée par Valjean, Gavroche, le gamin révolté et sacrifié, etc. Tout est tellement connu que cela en devient une recette assurée au box-office. Néanmoins on peut dès lors se demander comment engendrer de la vie et de l’émotion dans des situations tellement rabattues, et incarner des personnages aussi mythiques. C’est le dilemme de tout metteur en scène qui veut s’attaquer une fois dans sa vie à la légende des Misérables, faire en sorte que son film puisse exister à côté de l’oeuvre de Victor Hugo qui possède une fâcheuse tendance à le phagocyter. .
Libéré après 19 ans de bagne pour le vol d’un pain, Jean Valjean décide de changer de vie et de faire le bien autour de lui. Sous une fausse identité, il devient avec le temps un notable respecté de tous. Venant en aide à Fantine, une ouvrière mourante, il promet de sauver sa fille, Cosette, des griffes des cruels Thénardier. Mais son passé le rattrape : l’inspecteur Javert, un policier implacable au passé lui aussi tourmenté, le traque sans relâche afin de le renvoyer au bagne. Dans un Paris en pleine révolution, Valjean doit lutter pour protéger Cosette et achever sa rédemption, entre sacrifices et quête de justice.
le film de Fred Cavayé ne décevra pas les amateurs de grand spectacle populaire,, en parvenant à mener à bien correctement le chassé-croisé d’une dizaine de destins ; en revanche, pour ceux qui auraient souhaité un souffle nouveau, une vision révolutionnaire, une résonance sociétale plus marquante, ils se sentiront un peu loin du compte.
Pour ce remake des Misérables, on n’attendait pas du tout Fred Cavayé, metteur en scène se répartissant assez équitablement entre thrillers (Pour elle, A bout portant, Mea Culpa), et comédies (Radin!, Le Jeu, Les Chèvres!). Sa seule véritable incursion dans le drame, avouons-le, plutôt réussie, s’intitule Adieu Monsieur Haffmann, sur la persécution des Juifs et la période de l’Occupation. Plus qu’un auteur, même s’il écrit tous ses scénarios, Fred Cavayé est un metteur en scène grand public qui démontre une certaine aisance à s’adresser à tous les publics. De là vient sans doute le fait qu’il succède parmi les adaptateurs français des Misérables à d’autres cinéastes à la fibre populaire comme Raymond Bernard, Jean-Paul Le Chanois, Robert Hossein, Claude Lelouch, Josée Dayan (pour la télévision), De tous ces prédécesseurs, Raymond Bernard, concurrent d’Abel Gance, se détache aisément avec sa trilogie en trois volets (4h30 au total), son sens inné, hérité du cinéma muet, de la photographie, du montage et des scènes de foule, Les autres sont soit très académiques (Le Chanois, Hossein, Dayan), soit complètement barrés (Lelouch avec ses Misérables à Vichy qui possède a minima le mérite de l’originalité)
Fred Cavayé ne se distingue pas au contraire par une originalité flagrante. Dans l’esprit, son film se rapproche bien davantage des adaptations cinématographiques formatées des livres d’Alexandre Dumas (Les Trois mousquetaires, Le Comte de Monte-Cristo) que du romanesque inspiré d’un Xavier Giannoli qui compose toujours à partir d’obsessions très personnelles (Illusions perdues, Les Rayons et les Ombres). Son traitement esthétique des Misérables consiste essentiellement à montrer le budget dépensé à l’écran (le décor de la scène des barricades), à abuser régulièrement des plans zénithaux comme plans d’introduction des séquences, et à mettre ostensiblement l’accent sur les séquences d’action, de bagarres et de combats. Du point de vue scénaristique, il a aménagé à la marge certains aspects : un traitement spécifique des personnages féminins (la Thénardier portant la culotte dans le ménage, la sororité entre Cosette et Eponine, la victimisation sociale de Fantine), une recherche particulière concernant les origines modestes de Javert, descendant de gitans (en phase avec le fait de confier le rôle à Tahar Rahim), ce qui expliquerait son obsession de la traque de Jean Valjean.
Certains pourront presque qualifier de wokiste son travail de relecture des Misérables, mettant l’oeuvre de Hugo au goût du jour. Pourtant dans son souci de retranscrire la dimension psychologique des personnages, il valide le fait que le tournage des Misérables, c’est essentiellement un travail de performances d’acteurs, comme cela l’était dans la plupart des versions précédentes, hormis le cachet esthétique notable dégagé par la version de Raymond Bernard. Dans un casting relativement homogène, se distinguent surtout Megan Northam (excellente Cosette), Noémie Merlant (formidable Fantine) et surtout le couple Camille Cottin – Benjamin Lavernhe qui se délecte à donner vie et parole à des personnages pour le moins ignobles, les Thénardier.
Par conséquent, le film de Fred Cavayé ne décevra pas les amateurs de grand spectacle populaire,, en parvenant à mener à bien correctement le chassé-croisé d’une dizaine de destins ; en revanche, pour ceux qui auraient souhaité un souffle nouveau, une vision révolutionnaire, une résonance sociétale plus marquante, ils se sentiront un peu loin du compte.
RÉALISATEUR : Fred Cavayé
NATIONALITÉ : française
GENRE : drame, historique
AVEC : Vincent Lindon, Tahar Rahim, Camille Cottin, Benjamin Lavernhe, Noémie Merlant, Vassili Schneider, Megan Northam, Marie Colomb
DURÉE : 2h56
DISTRIBUTEUR : StudioCanal
SORTIE LE 14 octobre 2026


