Le jour de son retour : comment être heureux

Une fois n’est pas coutume, racontons le pitch. Une actrice qui fut célèbre tente un comeback après une longue absence, en interprétant le rôle principal dans un petit film indé. La voici en tournée promo, pour trois entretiens face à des jeunes journalistes, venues l’une après l’autre la rencontrer dans un restaurant. Plus tard dans la journée, ces interviews — en réalité, des échanges à bâtons rompus plutôt que des questions/réponses — seront, au cours d’art dramatique où l’actrice s’est inscrite, prétexte à un exercice théâtral.

Évacuons le côté formel/méta du film. Générique à BO ténue à l’ukulélé, dont les cordes sont plus que probablement pincées par Hong Sang-soo himself. Habituelle image quasi fixe en N&B numérique — l’austérité de la mise en scène est telle que le moindre mouvement de caméra se fait remarquer — pour présenter plusieurs variations d’une même situation. Deux femmes causeront longuement, assises face à face à une table, avant d’être interrompues par la voix off du réalisateur du film. Il semble en effet que celui-ci tienne lieu d’attaché de presse, annonçant aux journalistes qu’il est temps de conclure. Plans de coupe où l’actrice, étrangement accroupie sur le trottoir, fait une pause vape à l’extérieur. Clins d’œil à l’œuvre — qu’on peut qualifier d’immense — de HSS. L’intrigue minimale prenant pour cadre le milieu du cinéma, les conversations autour d’une table plus ou moins garnie — ici, plutôt moins —, les variations à partir d’un même motif sont des traditions hongiennes bien établies. Le titre international The Day She Returns évoque par ailleurs The Day He Arrives, 2011 — Matins calmes à Séoul, en VF. Les comédiens font partie de la famille — en tête, la magnétique Song Seon-mi, qui apparaissait dans Matins calmes, et dans bien d’autres.

Rien n’est résolu, mais comme d’habitude chez HSS, ce bis bizarre rend plus nets les détails et rimes du film — délicats engrenages qui tournent longtemps dans la mémoire du spectateur.

Évacuons tout cela, que reste-t-il. Un étrange sentiment. C’est raccord avec la garniture de la table que nous évoquions précédemment, on se dit qu’on a là l’un des HSS les plus décharnés. Du reste, l’actrice indique à ses interlocutrices qu’elle est au régime. On s’interroge sur ce qui est dit pendant ces conversations. Est-ce du blabla de circonstance, est-ce que ça révèle, derrière le masque social,  quelque chose de la vie intérieure des personnages. Le réalisateur, qui insiste hors-champ pour raccompagner au métro chaque journaliste, est-il un artiste attentionné et sensible — comme semble le décrire sa star —, ou un gros dégueulasse. En miroir, il est possible de soupçonner son espèce de double, la prof de théâtre aux méthodes pourtant louées par son élève, de charlatanisme. De même, la star elle-même est-elle sincère dans ses propos, ou bien confite dans son égocentrisme. Ou les deux en même temps. Étrange plan sur une poubelle, couchée comme un cercueil sur un terre-plein, qui apparaît à l’écran après que le personnage a quitté les lieux, conduit à son cours par son factotum dans une luxueuse BM.

Lors de l’exercice théâtral final — l’image, qui était nette au restaurant, devient alors floue —, l’actrice revient sur ce qu’elle a dit, parfois plusieurs fois, de plusieurs manières différentes, aux journalistes. C’est comme un approfondissement imparfait, un énième ressassement, où la contradiction est de mise, à la recherche de quelque chose — mais quoi. Comment être heureux, peut-être. Il est question d’une expérience mystique, que le personnage tente vainement d’évoquer — se rendant bien compte qu’il est impossible de la communiquer à autrui. Rien n’est résolu, mais comme d’habitude chez HSS, ce bis bizarre rend plus nets les détails et rimes du film — délicats engrenages qui tournent longtemps dans la mémoire du spectateur.

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RÉALISATEUR : Hong Sang-soo 
NATIONALITÉ : sud-coréenne
GENRE : drame
AVEC : Song Sunmi, Cho Yunhee, Park Miso
DURÉE : 1h24
DISTRIBUTEUR : Carlotta Films
SORTIE LE 14 octobre 2026