Euphoria saison 3 : this is the end

Quatre ans après une deuxième saison qui avait divisé autant qu’elle avait fasciné, Euphoria est enfin de retour pour un ultime chapitre. La série créée par Sam Levinson, devenue en quelques années un véritable phénomène culturel, a révélé toute une génération de jeunes acteurs devenus incontournables à Hollywood : Zendaya, Hunter Schafer, Jacob Elordi ou encore Sydney Sweeney. Cette troisième saison n’échappe pas aux polémiques qui accompagnent la série depuis ses débuts. Parmi les sujets les plus débattus figure notamment l’absence de Labrinth, dont les compositions avaient largement contribué à l’identité sonore du show. Ce choix artistique, loin de faire l’unanimité, symbolise à lui seul la volonté de Sam Levinson de rompre avec ce qui faisait jusqu’ici l’ADN de son œuvre. Car cette fois-ci, Euphoria propulse ses personnages dans une vie d’adulte aussi désenchantée que chaotique.

L’action se déroule désormais en Californie, où les anciens lycéens tentent tant bien que mal de construire leur avenir. Cassie (Sydney Sweeney), s’apprête à épouser Nate Jacobs (Jacob Elordi) qui peine à faire prospérer ses affaires et accumule les dettes. Pour maintenir leur train de vie, Cassie décide alors de créer un compte OnlyFans. De son côté, Maddie Perez (Alexa Demie), fascinée par les nouvelles formes de célébrité nées des réseaux sociaux, envisage de représenter de très jeunes influenceuses. Lexi Howard (Maude Apatow), désormais employée dans l’industrie du cinéma, tente, quant à elle, de faire sa place dans un milieu particulièrement hostile. Jules (Hunter Schafer), autrefois animée par le rêve d’intégrer une école d’art, a abandonné ses études et vit désormais grâce au soutien financier d’un sugar daddy. Enfin, Rue Bennett (Zendaya), se retrouve au cœur du récit. Endettée auprès de la trafiquante de drogue Laurie (Martha Kelly), elle est contrainte de travailler pour cette dernière en tant que mule. Son parcours la conduit ensuite dans un club de strip-tease dirigé par le redoutable Alamo (Adewale Akinnuoye-Agbaje) auquel elle va servir de femme de main.

Malgré ses failles évidentes, cette troisième saison réussit l’essentiel : offrir une conclusion cohérente et émotionnellement satisfaisante à l’une des séries les plus marquantes de ces dernières années.

Si les deux premières saisons accordaient une place importante à de nombreux personnages, cette ultime salve d’épisodes recentre radicalement son récit autour de Rue. Plus que jamais, elle devient le cœur battant de Euphoria. Son parcours prend rapidement une dimension quasi spirituelle. Après avoir traversé les enfers de l’addiction, de la violence et de l’autodestruction, Rue entame un véritable chemin de rédemption. Son éveil progressif à la foi constitue l’un des fils conducteurs majeurs de la saison. Sam Levinson multiplie les références religieuses, mettant en scène une héroïne qui cherche moins à fuir sa souffrance qu’à lui donner un sens. Cette centralité a cependant une conséquence directe : les autres personnages semblent progressivement relégués au second plan. Ils deviennent presque des PNJ, selon l’expression empruntée aux jeux vidéo désignant les personnages non-joueurs qui gravitent autour du héros principal sans véritable autonomie narrative. Jules est probablement la victime la plus évidente de ce recentrage. Longtemps présentée comme l’autre grande protagoniste de la série, elle évolue désormais dans une intrigue relativement pauvre qui peine à retrouver la complexité émotionnelle des débuts. Nate connaît un traitement similaire, enfermé dans sa propre bulle scénaristique sans réel impact sur les événements majeurs. Cette évolution n’est finalement que l’aboutissement d’une tendance amorcée dès la saison 2. Alors que la première saison proposait une véritable fresque chorale, la seconde avait déjà commencé à abandonner certains personnages sur le bord de la route, à l’image de Kat (Barbie Ferreira). La saison 3 pousse cette logique jusqu’à son paroxysme et transforme Euphoria en une série beaucoup plus classique, centrée presque exclusivement sur un unique personnage.

L’autre grande surprise de cette saison réside dans son changement radical de ton. Pendant longtemps, Euphoria était avant tout perçue comme une chronique adolescente traitant des addictions, de la santé mentale et du passage à l’âge adulte. Sam Levinson décide pourtant de prendre le contre-pied total de cette formule en opérant un spectaculaire virage à 180 degrés. La série emprunte désormais de nombreux codes au film de gangster. Les rivalités criminelles, les jeux de pouvoir et les réseaux illégaux occupent une place centrale dans le récit. Cette influence se retrouve notamment dans la manière dont Maddie est représentée. Son évolution vers une figure de mob wife (femme de mafieux) moderne constitue l’un des exemples les plus visibles de cette nouvelle direction. Mais le créateur ne s’arrête pas là. Au fil des épisodes, la série glisse progressivement vers le western contemporain. Les vastes étendues désertiques, les confrontations armées et les personnages solitaires rappellent parfois les œuvres de Sergio Leone ou Quentin Tarantino. Cette influence atteint son apogée lors de la remarquable séquence finale opposant Alamo à Ali (Colman Domingo). Le duel entre les deux hommes, construit comme un face-à-face de western classique, constitue sans doute l’un des moments les plus forts de cette saison. L’esthétique accompagne également cette transformation. Les éclairages artificiels et les nuits fantasmagoriques qui caractérisaient les premières saisons disparaissent presque totalement au profit d’une lumière naturelle écrasante et de paysages désertiques. Ce changement visuel n’a rien d’anodin, il traduit l’abandon progressif des illusions adolescentes et la fin du rêve américain. Les promesses de réussite, de célébrité ou d’épanouissement personnel laissent place à une réalité beaucoup plus sordide et brutale. 

Malgré ses failles évidentes, cette troisième saison réussit l’essentiel : offrir une conclusion cohérente et émotionnellement satisfaisante à l’une des séries les plus marquantes de ces dernières années. Certes, Euphoria a perdu au fil du temps une partie de son originalité. Son univers, autrefois révolutionnaire, paraît aujourd’hui moins surprenant mais son final se révèle particulièrement émouvant, notamment grâce au très bel hommage rendu à Angus Cloud (inoubliable interprète de Fez). On retiendra également les performances exceptionnelles de Zendaya et Colman Domingo. Tous deux livrent des prestations d’une intensité remarquable qui rappellent pourquoi la série est restée pendant tant d’années une vitrine pour ses acteurs. Même si elle n’est pas exempte de défauts, une chose est certaine : Euphoria va définitivement nous manquer.

3.5

CRÉATEUR : Sam Levinson
NATIONALITÉ : américaine
GENRE : Drame
AVEC : Zendaya, Colman Domingo, Adewale Akinnuoye-Agbaje, Sydney Sweeney, Jacob Elordi, Alexa Demie, Hunter Schafer, Maude Apatow et Martha Kelly
DURÉE : 8x 59-92mn
DIFFUSEUR : HBO Max
SORTIE LE 13 avril-1er juin 2026