Pourquoi être allé voir ça, me suis-je demandé après coup, alors que le coefficient de mon envie était au départ proche de zéro. Petit a, je me suis aperçu que le réalisateur était celui du Chant du loup, 2019, film de sous-marin — genre inratable, selon certains théoriciens —, sympathique, et en tout état de cause atypique dans le train-train des sorties commerciales françaises. Petit b, j’ai lu d’éminents contacts en dire du bien, avec l’argument que la durée ressentie était inversement proportionnelle à la durée réelle — 2h40 qui passent en un clin d’œil. Petit c, il fait chaud, les cinoches sont climatisés, banco.
Vous l’avez peut-être déjà compris, contrairement à la Pologne dont on entend la voix d’un ressortissant au début du film, je n’ai pas été conquis. J’aurais dû me méfier, car les éminents contacts débinaient par ailleurs mon chouchou Dupieux, en tant que contre-exemple à cette histoire de durée ressentie. Il est cependant vrai qu’on ne s’ennuie pas trop, car le film va aussi vite qu’il peut pour balancer aux spectateurs le plus d’informations possible, de façon la plus claire possible, sur la période concernée. 1939-42, de l’invasion de la Pologne donc, à l’assassinat de l’amiral Darlan, le quidam lambda aux connaissances historiques proches de zéro que je suis a appris des choses, et eu envie d’aller sur Wikipédia après la séance pour étudier les biographies des personnages principaux — ou celles de Félix Eboué et Susan Travers, présents à l’écran sans être nommés.
Le ton du film est bien vu, habile cocktail de déférence et de goguenardise envers son héros, dont la grandeur dans tous les sens du terme produit des effets qui oscillent entre le formidable et le bouffon. Les comédiens sont bien, Simon Abkarian en tête, même si ça fait un peu défilé de stars, avec tous les acteurs cocorico les plus connus déguisés en généraux. Revenons à cette histoire d’ennui mais pas trop, le défaut numéro un qui m’a rendu la séance pénible est coutumier des sorties commerciales, françaises ou non. Les plus attentifs parmi mes lecteurs savent que c’est rédhibitoire, il s’agit de la musique partout tout le temps. Sans déconner, c’est infernal. Il ne peut y avoir une scène, que ce soit une canonnade dantesque, ou de Gaulle qui prend son bain, sans flonflons épuisants et superfétatoires. Le peuple exige le director’s cut version silence, ou alors avec Autechre à la BO.


