Wang Toon qui a atteint l’âge honorable de 84 ans est réalisateur depuis 1981 après avoir été directeur artistique pour le cinéma. C’est là son avant-dernier film – il n’a plus tourné depuis 2015 – réalisé en 2002 et qui aura dû attendre tout ce temps pour trouver un distributeur en France qui veuille bien de lui. L’histoire se déroule entre Taïwan -d’où est originaire le cinéaste – et New-York. Elle nous raconte la vie quotidienne d’une famille dont les membres – essentiellement le père et son fils, Ah Hui – jouent dans une fanfare qu’on voit accompagner un enterrement dès les premières images du film, et de leurs amis jouant dans le même orchestre. Comédie bouffonne pour l’essentiel comme le montre cette séquence autour d’un billet de loterie où l’on veut faire croire à la mère qu’elle a gagné le gros lot, cette dernière chassant à coups de balai les protagonistes du stratagème. La famille a deux fils dont le cadet d’environ 16 ans, Ah Ming, est handicapé des jambes et ne marche pas sans ses béquilles. Il entretient dans une grande cage des pigeons qu’il recueille parfois blessés pour les soigner et leur redonner une seconde vie tandis qu’il rêve de briser la monotonie de ses jours en acquérant une moto aménagée pour s’échapper quand il en a envie.
Si les adultes s’accommodent du quotidien auquel ils sont voués, les plus jeunes rêvent à une existence meilleure, comme l’ami de Ah Hui qui est ouvrier-soudeur dans une usine de fabrication de portes blindées pour les particuliers et qui s’appelle Ah Gou. Et justement, il lorgne sur les portes du temple voisin qu’il entreprend de dérober avec Ah Hui, bien qu’il en coûte à ce dernier qui refuse de prendre sa part du butin eu égard au caractère sacrilège de leur acte, pour les vendre à un antiquaire peu regardant sur l’origine des objets qu’on lui apporte. On retrouvera ces portes transportées ailleurs dans le film de façon quelque peu invraisemblable, la coïncidence étant un peu trop manifeste pour être vraie. Mais Ah Gou ne compte pas s’en arrêter là et l’appétit vient en mangeant. Il s’enquiert donc de commettre un nouveau larcin, toujours avec la complicité de Ah Hui. Et c’est à ce moment-là que le film bascule dans le drame.
C’est cette mise bout à bout de scènes légères et enjouées avec d’autres relevant plus du drame de la jeunesse qui rend le film quelque peu bancal, empêchant que l’on s’investisse dans la trame du récit, le spectateur oscillant toujours d’un sentiment à un autre jusqu’à l’indifférence générale avant un bouquet final tonitruant versant quelque peu dans le mélo.
Mais loin de s’en tenir à ce nouveau fil narratif et de le suivre précieusement, le film alterne en montage parallèle les frasques de la famille de Ah Hui à New York dans la plus pure tradition comique – là mère ne comprenant pas le langage des policiers qui cherchent à l’aider puis retrouvant les membres de l’équipée au pied de la Statue de la Liberté, à noter que le film a été tourné en 2001 et que l’on y voit les Twin Towers encore debout quelques mois avant leur effondrement – avec le parcours des deux jeunes garçons et leur trafic, sans que les deux séquences ne se rejoignent vraiment à aucun moment. C’est cette mise bout à bout de scènes légères et enjouées avec d’autres relevant plus du drame de la jeunesse qui rend le film quelque peu bancal, empêchant que l’on s’investisse dans la trame du récit, le spectateur oscillant toujours d’un sentiment à un autre jusqu’à l’indifférence générale avant un bouquet final tonitruant versant quelque peu dans le mélo. On a du mal à s’y retrouver et la cohérence du film en prend un coup. On aurait préféré que le réalisateur se focalise plus sur le trio de jeunes gens en approfondissant la misère sociale qui les enveloppe.
Car il y a un intérêt évident à voir évoluer ces trois personnages en quête d’une autre vie chacun avec ses rêves particuliers, avec ses difficultés et l’amitié voire l’amour qui les unit les uns aux autres. Misère sexuelle et sociale pour Ah Ming qui reste la plupart du temps cloîtré chez lui à moins que Ah Gou ne vienne le chercher en moto pour le balader dans Taipei en le déposant au passage chez le vétérinaire, ville mondialisée où les individus se perdent au milieu du trafic international et du monde industriel. Que dire de la routine qui guide les journées de Ah Hui obligé de suivre l’orchestre de son père éternellement voué à suivre des enterrements sans toujours avoir la certitude d’être payé au juste prix, et du travail de soudeur de Ah Gou qui s’est déjà blessé plusieurs fois dans l’exercice de son travail et qui se bat à la sortie des boîtes de nuit, tandis qu’il rend quotidiennement visite à son père dans le coma depuis son accident de voiture. Misère affective, sociale et sexuelle que le film aurait gagné à montrer dans ses profondeurs en adoptant le style plus réaliste que le cinéaste n’avait pourtant pas manqué de développer dans ses films précédents.
RÉALISATEUR : Wang Toon
NATIONALITÉ : Taïwan
GENRE : Comédie dramatique
AVEC : Chen Bor Jeng, Jiayu Chen, Lee Kang-sheng
DURÉE : 2h12
DISTRIBUTEUR : Contre-jour Distribution
SORTIE LE 14 octobre 2026


