Low expectations : profil bas

Le cinéma norvégien a le vent en poupe. Dans la foulée de son triomphe l’année dernière et cette année, l’Ours d’or berlinois de Rêves de Dag Johan Haugerud et le Grand Prix du Jury cannois et l’Oscar du meilleur film international accordés à Valeur sentimentale de Joachim Trier, Low expectations d’Eivind Landsvik, sélectionné à la Quinzaine des Cinéastes 2026, prolonge un petit peu l’état de grâce de cette cinématographie qui n’a jamais été plus à l’honneur qu’actuellement. Comme dans beaucoup de films nord-européens, Low expectations traite avec humour le thème de la dépression, particulièrement pratiqué par Bergman où il se transforme souvent par contraste en violence et sang (Persona, Cris et Chuchotements), la fameuse Melancholia chère à Lars von Trier, l’obsession du suicide (Oslo 31 août de Joachim Trier), bref, cette fameuse absence de pulsion vitale qui nous pousse à ne pas quitter le canapé.

Alors qu’elle est au sommet de sa carrière musicale, Maja vacille et voit ses ambitions s’interrompre brutalement. Elle se réfugie chez sa mère, enseignante à Oslo, qui lui décroche un poste de surveillante dans son lycée. Loin de la scène, Maja commence lentement à retrouver goût à la vie.

un film attachant, sensible et humain, qui montre que le désespoir n’est pas une fatalité, et que le puits sans fond des émotions permet souvent de se relancer vers de nouvelles directions.

Pour traiter ce fameux thème de la dépression, Eivind Landsvik s’inspire de près ou de loin de la vie de Marie Ulven, que tous les fans de rock indé connaissent sous le nom de l’excellente girl in red, ici extrêmement convaincante à l’écran, jouant avec maestria de zones d’ombre pour préserver la part d’ambiguïté du personnage, mi-réel, mi-fictionnel. C’est ainsi l’histoire d’une chanteuse de rock qui, après avoir connu l’ivresse des salles de concert et de la renommée mondiale, se retrouve en plein burn out et panne sèche d’inspiration. La tête basse, elle doit retourner chez sa mère et reprendre un emploi modeste de surveillante dans un lycée. La chute est brutale, le réveil rude. Mais au lieu d’en faire un drame dépressif, Eivind Landsvik choisit de manière inspirée la voie de l’humour pour désamorcer toutes les idées noires qui peuvent se présenter à l’esprit sans avoir été invitées. Car il s’agit bien davantage d’un film de réconciliation avec soi-même et d’ouverture aux autres.

Maja surveille donc des élèves qui la reconnaissent parfois comme l’ex-rock star qu’elle était il n’y a pas si longtemps. En léger décalage, elle sympathise avec ses collègues profs dont un interprété par Anders Danielsen Lie, le protagoniste d’Oslo 31 août, qui s’y connaît un peu en dépression, et un autre gros blagueur et faussement misogyne, équivalent norvégien de Seth Rogen.. C’est par fines touches quotidiennes, que Maja, entre ses collègues aussi perdus qu’elle, sa mère qui ne l’a jamais réellement comprise, et des élèves partagés entre la déférence, l’hostilité et l’indifférence, va progressivement se reconstruire. Eivind Landsvik choisit de traiter cette trame sans le moindre coup de force scénaristique, en filmant les personnes au quotidien, dans leurs activités préférées, soit par exemple Maja quand elle va reprendre goût à la musique.

Low expectations apparaît donc comme un film attachant, sensible et humain, qui montre que le désespoir n’est pas une fatalité, et que le puits sans fond des émotions permet souvent de se relancer vers de nouvelles directions. Marie Ulven, à la fois athlétiquement forte et psychologiquement fragile dans le personnage de Maja, tout premier rôle au cinéma, a ainsi l’occasion de montrer une palette de jeu insoupçonnée, entre abattement et enthousiasme. On y retrouve toute la subtilité du cinéma norvégien qui permet de traiter des thèmes les plus sombres avec une délicatesse de touche et un sens de l’auto-dérision qui fait mouche. Comme disait Marilyn, « si vous ne me supportez pas à mes pires moments, vous ne méritez pas ce que j’ai de meilleur’.

3.5

RÉALISATEUR :   Eivind Landsvik 
NATIONALITÉ : norvégienne
GENRE : comédie dramatique
AVEC : Marie Ulven, Anders Danielsen Lie, Snorre Kind Monsson, Tone Mostraum, Embla Berntsen
DURÉE : 1h45
DISTRIBUTEUR : UFO Distribution
SORTIE LE 14 octobre 2026