Les Chroniques de Poulet Pou : retour sur Notre Salut d’Emmanuel Marre. Romanesque en sourdine

Connaissez-vous ma série de blablas musicaux intitulée Faisons-nous des amis, on pourrait faire pareil avec les films — c’est-à-dire, pour les not-in-the-know, faire s’affronter deux d’entre eux. C’est qu’on a envie d’opposer le romanesque des Rayons et les Ombres de Xavier Giannoli, qui semble se réclamer, en vrac, de Balzac, Hugo, Scorsese ou Visconti, au romanesque dans un mode beaucoup moins tonitruant, en sourdine, qui m’a fait penser à l’œuvre de Modiano, du film d’Emmanuel Marre — serez-vous surpris si je vous avoue que ce dernier a ma nette préférence. On pourrait aussi opposer à ce romanesque l’aspect ’’installation d’art contemporain’’ de La Zone d’intérêt de Jonathan Glazer — avec lequel Notre salut n’est en réalité pas sans points communs, du fait d’une forme esthétique on ne peut plus tenue, quoique moins voyante, disons, modeste —, mais ce serait sans doute trop nous demander. Nous sommes présentement affligés d’un mal de crâne persistant, qui fait suite à une infection au Covid carabinée.

Keep it simple then, la mise en scène est sans esbroufe mais rigoureuse et élégante, Swann Arlaud en fonctionnaire collabo s’enfonçant sans presque s’en apercevoir dans l’ignominie est très bien, Sandrine Blancke qui joue son épouse aussi. J’ai deux questions, petit a, je n’ai pas eu le temps de capter quelle était la chanson du générique de fin — les morceaux anachroniques qui émaillent le film sont une bonne idée, ils sont là pour réduire la distance temporelle qui nous sépare des personnages. Petit b, il m’a semblé entendre, dans une des lettres de l’épouse — les voix off qui récitent des extraits de la correspondance des arrière-grands-parents du réalisateur participent beaucoup à la qualité littéraire du film —, une injure antisémite, qui cadre plutôt mal avec l’image que le personnage donne ensuite quand il apparaît, ai-je mal compris.