Filmer les enfants, c’est peut-être ce qu’il y a de plus difficile. Seuls certains y parviennent. D’autres, y compris parmi les plus grands, (Kubrick, Antonioni, Godard) ne s’y attaquent pas ou y renoncent. Parmi les heureux élus, on dénombre Chaplin, Bergman, Truffaut, Spielberg. Notons que cela représente un don spécifique mais qu’en aucun cas, ce n’est la marque d’une quelconque supériorité sur la plupart des cinéastes. Rudi Rosenberg possède ce don, diriger des enfants. Les cinéphiles ont pu s’en apercevoir dans son premier film, Le Nouveau, même si, singularité charmante, une des actrices, Géraldine Martineau, avait déjà atteint la trentaine et interprétait une ado. Dans Quelques mots d’amour (aucun rapport avec la chanson culte de Michel Berger, hormis une sensibilité à fleur de peau), il se penche sur la vie d’une mère célibataire, élevant seule ses deux enfants, et confirme son talent inné de directeurs d’enfants.
Sarcelles, 1995. Erika élève seule ses deux enfants. Sa fille Abigaëlle se persuade que son père, qu’elle n’a jamais connu, l’aime en silence quelque part. Lorsqu’elle se met en tête de le retrouver, Erika se sent obligée de l’aider, tout en cherchant à la protéger. En grandissant, la quête d’Abigaëlle se transforme en obsession, entraînant avec elle sa mère, sa meilleure amie, et tous ceux qui comptent.
ce feel-good movie qui évoque parfois, présence de Hafsia Herzi oblige, les moments les plus cocasses du cinéma de Kechiche, voire celui de Jacques Rozier, un cinéma généreux, drôle et tendre.
Souvenez-vous : dans Tu mérites un amour, premier film de et avec Hafsia Herzi, Hafsia hélait un ex devant son immeuble, ce dernier se trouvant à un étage supérieur. Bis repetita, au début de Quelques mots d’amour (toujours le mot amour dans le titre), Hafsia aka ici Erika interpelle son ex, à la différence qu’il s’agit du père de ses deux enfants et qu’il n’a point reconnu ses enfants. Hafsia Herzi incarne ici à nouveau la fille qui hèle et demande des comptes à la gent masculine. La lâcheté masculine étant ce qu’elle est parfois, le père présumé partira de son logement pour éviter les ennuis, causant une déception immense à sa fille Abigaëlle qui lui vouait un véritable culte, et en nourrira une véritable obsession au fil des années, ne cessant de vouloir le retrouver en dépit de son évident désintérêt.
Jonglant entre l’humour et la passion, Rudi Rosenberg parvient à montrer avec pudeur et émotion cette quête obsessionnelle, dans l’ombre d’une mère en retrait qui a été mise de côté en raison de ses origines sociales inférieures. C’est un film à la fois mélancolique et jovial qui montre avec beaucoup de tendresse des personnes défavorisées par la société : une mère qui garde son orgueil et ne veut pas s’humilier à demander de l’argent à un père indigne, une fille qui se trouve en perte de re-père, un fils harcelé à l’école. Pourtant Rudi Rosenberg choisit de montrer les choses avec bonne humeur et humour (les interventions de David, le compagnon de la grand-mère, en particulier, une séquence loufoque chez le psychanalyste) alors qu’un autre éclairage aurait pu en faire un drame désespéré.
Après La Petite dernière qui a fait de Hafsia Herzi une réalisatrice confirmée au plus haut niveau, elle nous rappelle également, pour ceux qu’elle est une des meilleures actrices de sa génération. Après Nadia Melliti, Prix d’interprétation féminine au 78ème Festival de Cannes et César du meilleur espoir féminin 2026, Hafsia Herzi poursuit son passage du témoin, en étant la mère de deux enfants d’abord gamins puis ados. Toujours juste, jamais dans le surjeu, Hafsia Herzi montre une nouvelle fois son intensité dans le minimalisme, occupant aujourd’hui une place centrale et essentielle dans le cinéma français contemporain. Merveilleusement accompagnée par une cohorte de brillants non-professionnels, Nour Salam, Ella Bedoucha, Aïdan Djouadi et Mateo Danila dans les rôles d’Abigaelle et Yoni à deux âges différents de la vie, elle resplendit dans ce feel-good movie qui évoque parfois, présence de Hafsia Herzi oblige, les moments les plus cocasses du cinéma de Kechiche, voire celui de Jacques Rozier, un cinéma généreux, drôle et tendre.
RÉALISATEUR : Rudi Rosenberg
NATIONALITÉ : française
GENRE : comédie dramatique
AVEC : Hafsia Herzi, Nour Salam, Ella Bedoucha, Aïdan Djouadi,Mateo Danila, Pauline Chetrit, Jacques Sebban
DURÉE : 1h37
DISTRIBUTEUR : Ad Vitam
SORTIE LE 28 octobre 2026


