Au fond, quelle est l’essence du slasher, ce sous-genre du film d’horreur ? C’est quelque part la question que pose Teenage Sex & Death at Camp Miasma de Jane Schoenbrun, qui conclut dans un grand bain d’hémoglobine sa trilogie sur nos rapports aux écrans. Un film couteau-suisse, « bazardesque » et généreux, autant lettre d’amour à un genre que synthèse des conséquences de ces meurtres sanglants dans nos imaginaires collectifs. Un film singulier, authentique, qui transperce, pour notre plus grand plaisir, le cinéma horrifique.
Les suites ratées ont eu raison d’elle : après plusieurs épisodes décevants, la franchise Camp Miasma a été abandonnée. Le déclin n’est toutefois qu’une étape, un studio voit dans une jeune réalisatrice queer la chance de réanimer le tueur à la lance, depuis trop longtemps endormi dans le fond d’un lac. Comment faire revenir d’entre les morts cette licence oubliée ? Passionnée d’horreur, la cinéaste (Hannah Einbinder) se met en quête de retrouver la « final girl » originelle (Gillian Anderson). Vivant dans le camp abandonné du premier film de la franchise, elle se montre aussi étrange que magnétique. Les deux femmes vont apprendre à se connaître dans l’espoir de faire revivre Camp Miasma.
Un film singulier, authentique, qui transperce, pour notre plus grand plaisir, le cinéma horrifique.
Comme Scream en son temps, Teenage Sex & Death at Camp Miasma s’amuse à trifouiller la matière des films d’horreur qui, des décennies durant, ont su nous faire vibrer. « Au fond », derrière les caricatures, les lieux et comportements communs et les litres d’hémoglobine, à quoi ressemble la véritable matrice des slashers ? Qu’est-ce qui nous attire tant dans ces formules gores et répétitives ? Dans le film, Gillian Anderson répond en deux mots à cette question : la chair et les fluides. Difficile de lui donner tort tant la suite lui donne raison. Le tueur du Camp Miasme, tombé dans l’oubli, n’a pas oublié comment manier sa lance, toujours aussi aiguisée. Il tranche les corps comme du beurre, le sang jaillit comme des geysers, le tout dans une chorégraphie savoureusement ironique. Personne ne peut échapper à Little Death (la petite mort), la tête cachée dans une grosse boîte aux motifs rappelant un labyrinthe. Il est une énigme, mais finalement l’essentiel est dans son geste : avec sa lance, il expie nos péchés. Il y a le chasseur, les chassés, et le spectateur au milieu de tout ça. Dans quel camp se range-t-on ? Pour le personnage incarné par l’actrice Hannah Einbinder, le choix n’est pas aussi simple : en prise avec ses propres démons, contrainte par ses réflexions et son entourage, elle ne sait pas comment lâcher prise, embrasser l’aspect primitif des choses. Pour trouver la petite mort, la jouissance, il lui faut accepter et revendiquer son identité. Le récit, absolument méta, ne cesse de croiser désir, fantasme et point de vue, sans manquer d’égratigner, non sans humour, l’hypocrisie et le conservatisme qui peut régner dans le milieu du cinéma.
Esthétiquement accompli, le film se balade entre les registres, multipliant les ruptures de ton et petites trouvailles de montage. Un visage figé qui disparaît lentement, une montagne totalement artificielle, un univers matriciel à mi-chemin entre Cronenberg et Lynch, des références aux franchises Vendredi 13 et Halloween, la figure du chaperon rouge, Teenage Sex & Death at Camp Miasma est un vrai tiroir ouvert sur ce qui s’est déposé dans notre imaginaire collectif. Une expérience unique, loin des sentiers battus, dont on ressort grisé.
RÉALISATEUR : Jane Schoenbrun
NATIONALITÉ : États-Unis, Canada
GENRE : Horreur
AVEC : Hannah Einbinder, Gillian Anderson
DURÉE : 112 minutes
Prochainement


