Father : dans l’œil du cyclone

Le film a été présenté pour la première fois à la Mostra de Venise en 2025 pour le prix Orizzonti du meilleur film. Il obtient l’œil d’Or du meilleur long-métrage au Festival du Film de Zurich et celui du meilleur film au Festival de Stockholm. La réalisatrice slovaque, habitant entre Prague et New-York, aborde un sujet particulièrement difficile qui met à contribution tout le talent possible des acteurs mais nécessite aussi un scénario à l’écriture subtile. Michal et Zuzka forment un couple heureux et solidement établi dans la société. Lui est directeur d’un journal dont l’avenir est en balance et il doit gérer l’arrivée dans son équipe d’une personnalité chargée d’apurer la situation comptable. Elle travaille aussi de son côté. Ils ont une petite fille de deux ans, Dominika, qu’ils chérissent plus que tout. Le début du film nous montre la complicité évidente du père avec sa petite fille et les efforts qu’il fait pour lui être agréable. Il a d’ailleurs acheté un tout nouveau siège enfant pour elle car il doit l’emmener en voiture jusqu’à la crèche. Le film procède par longs plans-séquences du point de vue du père : nous vivons les évènements avec lui, proche de lui et comme à sa place.

La première partie du film, avant que ne survienne le drame, nous plonge dans le quotidien de Michal qui court à pied, prend sa douche, s’habille, s’occupe de Dominika, l’installe dans sa voiture et prend la route du journal. S’ensuivent une série d’actions aussi nombreuses que diverses où on assiste à une concentration du temps ou plutôt au resserrement d’un grand nombre d’actions dans un temps relativement court, qui souligne le caractère préoccupé, voire très occupé, de la journée de Michal. Ceci interviendra a posteriori comme une façon à visée explicative de déterminer le drame. Encore une fois, nous vivons les choses de l’intérieur et en accord avec son regard nous croyons voir ce qu’il perçoit comme la réalité. Une réalité trompeuse en vérité qui est à l’origine du drame. Celui-ci est sans doute le plus affreux que l’on puisse connaître et engage la responsabilité de Michal qui n’en peut mais de se sentir coupable malgré l’explication clinique du phénomène. En effet, ce dernier passe par toutes les phases du deuil, de la culpabilité à la dépression en passant par une tentative d’auto-justification de son geste. Nous suivons avec la caméra en gros plan et scrutons les moindres émotions du personnage, nous rendant solidaires de son destin.


La publicité organisée autour de ce genre d’affaires laisse ici place au sentiment des acteurs du drame eux-mêmes et le film investigue à travers les réactions des personnages ce qu’on peut ressortir de ce type d’évènement

La conception de ces longs plans-séquences a demandé une extrême précision et une préparation intense pour prévoir tous les mouvements de caméra afin de les synchroniser avec le mouvement des acteurs en plein jeu, passant d’une voiture en marche à la steadycam puis à une grue. Au moment du procès, Michal ressent comme une sensation de vertige et la caméra s’égare parmi les hauteurs de la salle tandis que le bruit extérieur à la source duquel va chercher la caméra en visant à travers la fenêtre fait entendre des cris d’enfants qui jouent, soulignant le manque affectif dont souffre Michal tout en rappelant de façon obsessionnelle le drame. La question reste de savoir si le couple – ou comment – va traverser cette crise brutale. Mais à aucun moment le film ne porte de jugement sur les personnages, nous laissant libres de réfléchir à ce que nous aurions fait à leur place et si la même chose pourrait nous arriver.

La publicité organisée autour de ce genre d’affaires laisse ici place au sentiment des acteurs du drame eux-mêmes et le film investigue à travers les réactions des personnages ce qu’on peut ressortir de ce type d’évènement, car il est aussi une histoire d’amour et celle d’un couple qui doit faire face à l’impensable avec le déchirement personnel que cela implique : Michal en appelle même à la sévérité de la justice contre lui-même, portant tout le poids de la culpabilité sur ses épaules et la relation de couple avec Zuzka est entièrement remise en question. La pression extérieure est intense et se fait durement ressentir avec l’étreinte exercée par les journalistes sur Michal et son procès, par le public – à travers Internet ou le vieil homme qui porte une pancarte – ainsi même que par sa collaboratrice du journal qui vitupère contre lui alors qu’elle se croit à l’abri d’être entendue. Mais il faut bien dire que cette attaque en règle se brise contre l’humanité du personnage de Michal et l’amour qu’il porte en lui pour sa fille comme pour sa compagne. Une exploration des pensées et des sentiments les plus intimes que peut vivre un homme en plein drame.

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RÉALISATEUR : Tereza Nvotova
NATIONALITÉ : Slovaquie, République tchèque, Pologne
GENRE : Drame
AVEC : Milan Ondrik, Dominika Moravkova, Peter Bebjak
DURÉE : 1h42
DISTRIBUTEUR : Epicentre Films
SORTIE LE 27 mai 2026