Présenté à la Quinzaine des Cinéastes, Merci d’être venu apparaît comme le dernier volet du journal intime d’Alain Cavalier, après Ce répondeur ne prend pas de messages, La Rencontre et Le Filmeur. Le cinéaste, qui a gagné sa notoriété avec Thérèse (1986) et qui était venu présenter Pater en compétition sur la Croisette en 2011, a tenu pendant dix ans un journal intime avec une caméra vidéo légère. Aux images s’ajoute sa voix en direct.
Il y a quelque chose de profondément émouvant dans la démarche du cinéaste Alain Cavalier.
Il y a quelque chose de profondément émouvant dans la démarche du cinéaste Alain Cavalier. S’il filme le temps qui passe, les corps qui fatiguent (à commencer par le sien), les absents qui reviennent par fragments, il continue, néanmoins, à plus de 90 ans, à regarder le monde avec une curiosité intacte, quasi enfantine. Si l’on suit cette logique, Merci d’être venu ressemble moins à un adieu qu’à une ultime poignée de main.
Depuis Le Filmeur, la méthode Cavalier est d’une grande simplicité : une petite caméra, quelques gestes, des voix, des silences, des morceaux de réel attrapés avant qu’ils ne disparaissent
Depuis Le Filmeur, la méthode Cavalier est d’une grande simplicité : une petite caméra, quelques gestes, des voix, des silences, des morceaux de réel attrapés avant qu’ils ne disparaissent. Ici encore, il ne cherche jamais à “faire film” au sens classique. D’ailleurs, cette interrogation revient à plusieurs reprises, ce qui occasionne des passages touchants. Il choisit d’assembler des présences, des sensations, des traces. C’est justement cette simplicité qui touche au cœur. On est donc loin d’un cinéma d’apparat, démonstratif et qui voudrait éblouir, c’est une œuvre intime et fragile à la fois. Cavalier filme comme on note une pensée avant qu’elle s’efface. On sent parfois l’épuisement, la conscience très nette de la fin, mais aussi un humour discret, une douceur obstinée face au temps.
Toutefois, ce qui frappe surtout (et qui pourrait surprendre la personne non familière du réalisateur), c’est la liberté absolue du film. Cavalier ne raconte pas sa vie, il l’aborde par petites touches, par fragments. Un visage, une lumière, une conversation deviennent des événements. L’émotion surgit soudainement, telle une déflagration, à l’image des moments où il a filmé la scénariste Emmanuèle Bernheim (qui avait travaillé avec lui sur l’adaptation de l’un de ses livres pour le documentaire Être vivant et le savoir), atteinte d’un cancer et dont il rappelle la mort en 2017, quelques plans après. C’est donc un documentaire « à la première personne », mais transparent (à plusieurs reprises, on aperçoit Cavalier dans un reflet de vitre), le dispositif élémentaire faisant partie de l’œuvre. Il y a chez lui un mélange de trivialité et de délicatesse dans chaque instant capté (le mot convient parfaitement). Pour autant, l’émotion, bien réelle, n’est jamais forcée.
Le moindre détail semble avoir une âme : un fruit posé sur une table ou une main filmée en gros plan, une confession en ombres et reflets devant une baie vitrée
Certains critiques, qui ont souvent écrit sur son cinéma, ont évoqué cette manière unique de filmer “comme on respire”, avec une attention fraternelle aux êtres (des rencontres) et aux choses. Le moindre détail semble avoir une âme : un fruit posé sur une table ou une main filmée en gros plan, une confession en ombres et reflets devant une baie vitrée. Et très souvent, cela se passe de grands discours.
En définitive, Merci d’être venu possède une vertu, celle des œuvres que l’on qualifie « de petits films » : il n’est en rien un long métrage mineur car il provoque de puissants sentiments. C’est donc indiscutablement une œuvre crépusculaire, légère et grave à la fois, qui donne l’impression de passer un moment auprès de quelqu’un plutôt que de regarder un film. Cette simplicité est essentielle et l’on dit merci à Alain Cavalier d’avoir filmé ainsi depuis pas mal d’années maintenant.
RÉALISATEUR : Alain Cavalier
NATIONALITÉ : France
GENRE : Documentaire, journal filmé
AVEC : Alain Cavalier, Françoise Widhoff, Emmanuèle Bernheim...
DURÉE : 1h22
DISTRIBUTEUR : Camera One
SORTIE Prochaînement


