Le cinéma sud-coréen brille cette année de tous ses feux, avec la consécration d’un des ses pairs à la présidence du jury du Festival de Cannes. Depuis le début du XXIème siècle, ce cinéma (qu’on appellera par commodité le cinéma coréen, tant celui de Corée du Nord s’apparente à de la propagande) représente sans doute la principale révélation sur la cartographie du cinéma. Park Chan-wook, Bong Joon-ho, Kim Jee-woon, Na Hong-jin, Yeon Sang-ho ont illuminé bien des soirées cinéphiles ces dernières années. Leurs caractéristiques : un amour profond du cinéma de genre, une inspiration souvent venue du cinéma américain, un style vif, voire hyper-rapide et réactif. Néanmoins, dans cette vague impressionnante du cinéma coréen, il faudrait pouvoir distinguer les auteurs, les metteurs en scène et les faiseurs. Hope de Na Hong-jin, superproduction à l’échelle coréenne, représente un bon cas d’école pour s’interroger sur la différence entre ces trois catégories.
Après avoir découvert une mystérieuse entité extraterrestre propageant une maladie près du Hopo, village portuaire perdu de la zone démilitarisée en pleine campagne, les habitants combattent contre la créature.
Hope est un « roller coaster » de très haut niveau qui ne pourrait se comparer qu’avec Mad Max Fury Road, un pur plaisir de mise en scène entièrement dédié à la satisfaction du spectateur.
Souvenons-nous. Na Hong-jin, c’est l’épatant metteur en scène de The Chaser, thriller fincherien époustouflant, présenté triomphalement hors compétition à Cannes, qu’on peut situer quasiment au même niveau qu’un Seven. Comme David Fincher, il sait merveilleusement nous emmener dans des polars tragiques et filmer magistralement des courses-poursuites à pied. The Chaser possède sans doute les plus belles scènes de ce type jamais filmées, avec un sens du mouvement et du montage sans égal. The Murderer, plus conventionnel, sur une intrigue de meurtre commandité qui tourne mal, confirmait néanmoins le pur talent de mise en scène du bonhomme. Enfin, The Strangers, à nouveau hors compétition à Cannes, parvenait à emmener le spectateur sur un terrain mystique, voire chamanique, complètement inattendu, avec l’une des plus belles séquences de transe jamais filmées sur dix bonnes minutes.
De tous ces précédents découlait une très forte attente au sujet de Hope, le nouveau projet de Na Hong-jin, en raison de son budget qui pourrait être le plus considérable du cinéma sud-coréen (entre 70 et 100 millions de wons) et la participation de stars internationales, dont le couple formé par Michael Fassbender et Alicia Vikander. Rajoutons à cela que le film a été sélectionné cette fois-ci, une première pour son metteur en scène, dans la sacro-sainte compétition.
Ecran large panoramique, poursuites échevelées effets spéciaux à l’avenant, action dynamique ininterrompue, Hope affiche d’emblée l’ambition d’être le plus grand film de monstres jamais réalisé. Ce pourrait bien être le cas. Mélangeant de façon équilibrée dans un cocktail détonant action, humour et science-fiction, Hope s’inscrit dans la filiation de metteurs en scène à grand spectacle comme Sergio Leone ou George Miller. La première heure du film, centrée sur la découverte et la poursuite du monstre, est un moment d’anthologie qui tient complétement ses promesses d’action trépidante, au point qu’il faut bien une demi-heure au film (et au spectateur) pour recharger ses accus. Le spectateur ne sera pas déçu car il aura droit à trois fois plus de monstres et des poursuites cette fois-ci en voiture extraordinaires.
Il faudra attendre [ATTENTION SPOILER] les vingt dernières minutes pour entendre les créatures s’exprimer entre elles. C’est d’ailleurs Michael Fassbender et Alicia Vikander qui jouent deux de ces créatures. On comprendra à cette occasion que le danger qui menace les habitants de Hope est d’origine extra-terrestre. Hope le film ne serait que le premier volet d’une potentielle trilogie. [FIN DU SPOILER] Si on tente d’interroger le sens de cette histoire, on pourrait s’aventurer à dire que Na Hong-jin tape comme d’habitude sur les fonctionnaires, fainéants incapables de régler les problèmes et craint les infiltrations extérieures au pays, un peu comme Bong Joon-ho dans The Host, les créatures représentant une métaphore pour exprimer les craintes d’un pays qui vit essentiellement sous le régime du protectionnisme. Pourtant là ne se trouve pas l’essentiel. Hope est un « roller coaster » de très haut niveau qui ne pourrait se comparer qu’avec Mad Max Fury Road, un pur plaisir de mise en scène entièrement dédié à la satisfaction du spectateur.
RÉALISATEUR : Na Hong-jin
NATIONALITÉ : coréenne
GENRE : action, comédie, science-fiction
AVEC : Jung-Min Hwang, In-sung Zo, Jung Ho-Yeon, Michael Fassbender, Alicia Vikander
DURÉE : 2h40
DISTRIBUTEUR : Plus M Entertainment
SORTIE LE prochainement


