Jeanne Herry a su tracer une voie très personnelle en ne traitant que les thématiques qui l’intéressaient : l’accouchement sous X (Pupille), la justice réparatrice (Je verrai toujours vos visages). Cette fois-ci, avec Garance, elle aborde le fléau de l’alcoolisme chez les personnes encore jeunes. La forme est volontairement brouillonne en cohérence avec l’existence chaotique d’une actrice de trente ans. Le fond pourrait servir à une soirée cinématographique de débat sur la thématique de l’alcool et de ses ravages. Pourtant, de Garance de Jeanne Herry, il faudrait en fait surtout retenir une actrice exceptionnelle qui transforme tous ses moments de jeu en instants absolus de vérité et a su confirmer de belle manière tous les espoirs qu’elle avait fait naître au moment de La Vie d’Adèle, une véritable enfant du Festival de Cannes, Adèle Exarchopoulos.
Garance est une jeune actrice, mais pas la vedette qu’elle a toujours rêvé d’être. Elle fait de son mieux pour s’en sortir, trouvant réconfort et soutien dans l’alcool. Vivant au jour le jour dans un petit appartement parisien, la jeune femme se sent de plus en plus étouffée par des relations éphémères, une anxiété grandissante et une dépendance à l’alcool qui envahit peu à peu toute sa vie, jusqu’à la mort potentielle. Le film suit huit ans de sa vie.
le tandem Adèle Exarchopoulos-Sara Giraudeau, possibles futures lauréates de César dans leur catégorie respective, transcende la matière brute du film et apporte de la grâce dans toutes leurs scènes. La grâce d’une possible rédemption.
Souvent on retient du cinéma le strass, le glamour, les stars. On oublie que, pour une très grande majorité d’artistes, le cinéma s’apparente plutôt à une galère quotidienne où les fins de mois (voire les débuts) sont particulièrement angoissantes, où il faut courir le cachet, faire des spectacles pour enfants qui ne sont quasiment pas vus, sinon par les enfants, et où il faut avoir l’amour de l’art extrêmement chevillé au corps pour continuer, s’accrocher à faire ce métier, sans la moindre reconnaissance. C’est ce que s’efforce de raconter Garance dans sa première partie, une sorte de description documentaire de la vie au jour le jour d’une actrice ordinaire qui n’est pas devenue célèbre, et rame pour survivre, en s’étourdissant dans les fêtes pour oublier son angoisse existentielle.
Si Garance ne racontait que cela, cet hommage aux petits soldats de l’art dramatique serait sympathique, mais guère inoubliable. Adèle Exarchopoulos, parfaitement crédible en actrice ordinaire, interprète ce rôle sur huit ans de vie et la forme très fracturée du film, dans son montage, accompagne ce parcours chaotique. Mais le film prend une autre dimension dans la deuxième partie, à partir du moment où Sara Giraudeau entre en jeu et complète parfaitement la partition d’Adèle Exarchopoulos, en amoureuse idéale. Garance n’a plus qu’un an à vivre si elle continue à boire et risque donc de mourir à 36 ans. Tout devient alors dramatique. Le film trouve alors son équilibre entre les échanges Exarchopoulos-Giraudeau, Garance en lutte face à son addiction, et ses rencontres régulières avec le médecin (excellente Hélène Alexandridis).
Car parfois les films se trouvent au Festival de Cannes, non pour leur qualité intrinsèque. Avouons que Garance est un film sympathique, à la forme et au parcours très convenus. Mais le tandem Adèle Exarchopoulos-Sara Giraudeau, possibles futures lauréates de César dans leur catégorie respective, transcende la matière brute du film et apporte de la grâce dans toutes leurs scènes. La grâce d’une possible rédemption.
RÉALISATRICE : Jeanne Herry
NATIONALITÉ : française
GENRE : drame
AVEC : Adèle Exarchopoulos, Sara Giraudeau, Hèlene Alexandridis
DURÉE : 1h45
DISTRIBUTEUR : Studio Canal
SORTIE LE 23 septembre 2026


