Après une pause de huit ans, Paweł Pawlikowski revient avec Fatherland — un virage radical par rapport à ses précédents récits romantiques désincarnés, vers une exploration remarquable du conflit générationnel d’après-guerre et du raisonnement politique qui s’y cache inévitablement.
Présenté à Cannes, le film s’inscrit dans la tendance actuelle des récits centrés sur la relation père-fille : après Valeur sentimentale de Joachim Trier, récompensé par le Grand Prix l’an dernier, plusieurs films de la sélection de cette année abordent également ce thème (Quelques mots d’amour, L’Etre aimé). Mais contrairement à eux, Pawlikowski évite toute tendresse familiale subtile et utilise cette relation initialement compliquée pour nouer si étroitement le contexte politique à la crise familiale qu’il devient presque impossible de dissocier les deux.
Fatherland — un virage radical par rapport à ses précédents récits romantiques désincarnés, vers une exploration remarquable du conflit générationnel d’après-guerre et du raisonnement politique qui s’y cache inévitablement.
Le film suit Thomas Mann et sa fille Erika lors d’un voyage dans l’Allemagne d’après-guerre, traversant en voiture la partie occidentale américanisée du pays jusqu’à l’Est sous influence soviétique. Ce voyage marque pour eux le premier retour dans leur Vaterland depuis leur émigration vers les États-Unis en 1933, mais l’Allemagne qu’ils ont connue semble avoir disparu.
Contrairement aux romans monumentaux de Thomas Mann, Fatherland est d’une grande sobriété et va droit à son idée centrale durant ses modestes 82 minutes, sans jamais s’éloigner de sa trajectoire principale qui conduit les personnages à une prise de conscience qu’ils ont réussi à éviter pendant des années : non seulement leur pays, mais aussi leur époque touche à sa fin. Après avoir fui ce voyage maudit, le père et la fille trouvent refuge dans une vieille église où deux hommes jouent de l’orgue. Jadis, les églises puis les galeries d’art furent les véritables temples du pouvoir, façonnant les rapports de domination dans la société occidentale. Ainsi, la représentation minimaliste et délicate de Thomas et Erika Mann comme figures de l’Art au sein d’une autre institution de pouvoir qu’était la religion résume parfaitement leur disparition progressive du centre d’intérêt national.
Finalement, Fatherland confirme avec force que le commentaire politique que Paweł Pawlikowski enveloppait autrefois dans des histoires d’amour romantiques trouve ici une forme bien plus adaptée dans l’opposition père-fille. Malgré les comparaisons inévitables avec la guerre actuelle en Europe, le film ne dépasse jamais son époque historique : les parallèles avec d’autres périodes restent uniquement suggérés et naissent dans l’imagination du spectateur, inévitablement stimulée par l’univers narratif à la fois sobre et puissant de Fatherland.
RÉALISATEUR : Pawel Pawlikowski
NATIONALITÉ : Allemagne, Pologne, Italie, France, Grande-Bretagne
GENRE : Drame
AVEC : Hanns Zischler, Sandra Hüller, August Diehl
DURÉE : 1h 22min
DISTRIBUTEUR : Pathé Films
SORTIE LE Prochainement


