Death Has No Master : une histoire gothique dans les jungles vénézuéliennes

Après avoir conquis Venise et le Festival de Rotterdam avec ses deux précédents longs métrages, le réalisateur vénézuélo-canadien Jorge Thielen Armand recourt une nouvelle fois au cadre chargé d’atmosphère d’une maison à moitié abandonnée pour commenter la situation politique et sociale actuelle de son pays natal.

L’histoire suit Caro qui, après avoir passé plusieurs années en Italie, rentre au Venezuela à la mort de son père. En découvrant qu’il lui a légué une plantation de cacao et un manoir, Caro découvre également que l’ancien personnel vit toujours sur place et que, malgré son intention de vendre la propriété, personne n’est prêt à quitter son foyer.

En effet, Death Has No Master est avant tout un film de nuances visuelles et de suggestions, plutôt qu’un récit minutieusement élaboré ou une œuvre proposant un développement approfondi de ses personnages.

Bien que, dans un récit purement descriptif, l’histoire semble guidée par des considérations strictement pragmatiques, le cadre du film et l’atmosphère d’une catastrophe grandissante, aux dimensions presque gothiques, prennent le dessus sur les rebondissements du récit. En effet, Death Has No Master est avant tout un film de nuances visuelles et de suggestions, plutôt qu’un récit minutieusement élaboré ou une œuvre proposant un développement approfondi de ses personnages. De fait, les bottes et le chapeau de Caro en disent bien davantage sur son héritage colonial que n’importe quel dialogue du film. Sans une orchestration aussi maîtrisée de tous ces détails, le film risquerait facilement de se réduire à un spectacle peu captivant. Mais la composition de Jorge Thielen Armand est presque parfaite : chaque détail à l’écran contribue à créer un sentiment omniprésent, obsédant et inéluctable d’absence d’avenir.

Asia Argento, qui nous entraîne dans ce voyage au cœur des ténèbres, correspond parfaitement à cette histoire, tant sur le plan visuel que contextuel. Héritière de l’immense patrimoine du giallo incarné par son père, Dario Argento, elle apporte au film une dimension très particulière : celle d’un récit dont l’un des versants semble tourné vers la réalité, voire y faire directement référence. La scène finale, dans laquelle apparaît l’unique survivant du massacre, renvoie à une page bien précise de la biographie d’Asia Argento, brouillant une nouvelle fois la frontière entre réalité et fiction. Parallèlement, son personnage fait en partie écho au réalisateur lui-même, tous deux partageant l’expérience de la migration depuis le Venezuela. Ce regard distancié, comme porté de loin sur quelque chose qui fut autrefois si familier, contribue lui aussi à brouiller les distances — tout autant que les époques — et, par conséquent, la notion même de réalité dans ce cauchemar fiévreux venu de l’enfance.

Finalement, Death Has No Master propose une exploration intense, obsédante et essentiellement atmosphérique du Venezuela contemporain. Loin de prétendre à l’objectivité, le film offre néanmoins une vision particulièrement impressionnante qui, malgré son ambition de commentaire politique, s’adresse avant tout aux sens.

3.5

RÉALISATEUR : Jorge Thielen Armand
NATIONALITÉ : Vénézuela, Italie, Canada, Luxembourg, Mexique, Espagne
GENRE : Drame, Fantastique, Thriller
AVEC : Asia Argento, Jorge Thielen Hedderich, Dogreika Tovar
DURÉE : 1h 46min
SORTIE LE Prochainement