Wild Men : Fargo au pays des Vikings

Une peau de bête sur les épaules, un arc attaché dans le dos et une hache sur la ceinture, le quarantenaire s’imagine revenu à l’âge de ses lointains ancêtres. Un retour aux origines pour vivre l’autonomie, la solitude, une fuite en avant qui ne dit pas son nom. Certainement simple en apparence, la réalité ne manque pas de rappeler la rudesse de l’état sauvage. Marié, père de famille, l’homme fuit surtout ses obligations : une crise morale qu’il ne parvient pas à résoudre par les mots, ne reste alors que la fuite, aussi déraisonnée soit-elle. Second long-métrage du jeune cinéaste Thomas Daneskov, Wild Men combine avec subtilité comédie et thriller dans une sorte de buddy movie danois. Quelque part entre un The Revenant qui ne se prend pas au sérieux et un Fargo au pays des Vikings. Assurément grisant !

Au beau milieu d’une forêt en Norvège, un téléphone sonne : Martin (Rasmus Bjerg) le décroche et rassure sa femme (Sofie Gråbøl), le séminaire se passe bien. Etrangement, il ne peut dire quand celui-ci prendra fin. Alors que l’épouse imagine certainement son mari dans un environnement professionnel, elle est loin de se douter qu’il vit depuis quelques jours dans une tente, seul, simplement couvert d’une peau de bête. Martin veut vivre comme ses ancêtres et redevenir le maître de son temps. Lorsqu’il croise Musa (Zaki Youssef), un passeur de drogue en cavale, il se laisse embarquer par une chimère : le fugitif connaîtrait un village où des gens vivent comme au temps des vikings. Ils partent ensemble, l’un fuit ses obligations, l’autre ses anciens compagnons de fortune, bien décidés à récupérer l’argent transporté par Musa.

Comédie rendue singulière par son cadre et sa maturité, Wild Men se fraye une belle place dans le registre codifié des buddy movies.

Avec Wild Men, le réalisateur danois Thomas Daneskov porte un regard original et piquant sur la crise de la quarantaine (côté masculin). Gentil et serviable, Martin n’est pas fondamentalement un désaxé : il traverse à sa façon une période de remise en cause. Face à sa totale incapacité à s’exprimer, il trouve dans la fuite une réponse à ses problèmes. Ne parvenant pas à avouer à sa femme son mal-être, son désir d’intimité, il s’enfonce dans son mensonge et s’imagine une nouvelle vie, à partir de zéro. Une fiction friable, extrême, mise à rude épreuve par un récit aussi drôle que juste. Les protagonistes du film, du policier usé au couple difonctionnel, sont comme des incarnations des différentes étapes de la vie sentimentale de Martin. D’une simple incompréhension, d’un malentendu, au regret inépuisable. Cette absence de parole entraîne un engrenage qui tire inlassablement vers le bas, la solitude rêvée se transforme en une douleur solitaire. Derrière son apparente simplicité, son humour situationnel et son univers absurde à la Coen, la thématique de la parole apporte une maturité bienvenue au film. Quant à cette utopique envie de retour aux sources, le scénario s’en amuse en ajoutant de nouveaux outils à la disposition des Vikings modernes : le terminal de cartes bancaire et la voiture électrique. Brutal retour à la réalité.

Comédie rendue singulière par son cadre et sa maturité, Wild Men se fraye une belle place dans le registre codifié des buddy movies. A la beauté d’une Norvège sauvage et éloignée répondent la bêtise et la cruauté des hommes, dans une cavale drôle et rythmée. Au bout de l’aventure, l’espoir d’une réconciliation avec la parole… pour enfin être soi.

3.5

RÉALISATEUR :  Thomas Daneskov
NATIONALITÉ : 
AVEC : Rasmus Bjerg, Zaki Youssef, Bjørn Sundquist
GENRE : Comédie, thriller
DURÉE : 1h44min
DISTRIBUTEUR : Star Invest Films France
SORTIE : été 2022