Mon héroïne : caresser son rêve

Mon héroïne est le premier long-métrage de Noémie Lefort. Après avoir travaillé dans le secteur de la production cinématographique, la réalisatrice passe derrière la caméra pour raconter une anecdote personnelle. Admiratrice de l’actrice américaine Julia Roberts, elle explique comment son adoration l’a menée jusqu’à New-York, pour présenter un scénario. La cinéaste se nourrit de cette expérience pour la transposer sur grand écran sous la forme d’une comédie. Un film semi-autobiographique dans lequel elle partage son rêve d’enfant, celui de rencontrer son idole. Mon héroïne est un film visant un public ciblé, jeune. C’est aussi le point de départ de cette volonté de travailler dans le domaine du cinéma. Adapter cette histoire atypique pour la transmettre au plus grand nombre était sans doute une évidence pour la réalisatrice. Son court-métrage, Calling Julia Roberts, était déjà consacré à l’interprète de Pretty Woman. Mon héroïne est une comédie juste sympathique, qui s’adresse à des profils d’adolescentes rêveuses, et qui n’a sans conteste pas la matière nécessaire pour conquérir un public plus âgé. C’est une comédie dynamique manquant d’une certaine qualité dans le style comique, copiant la structure ordinaire des comédies américaines.

La bachelière Alex Trofel souhaite s’inscrire à la prestigieuse New-York Film Academy, avec l’objectif de devenir réalisatrice. Couvée par sa mère qui s’oppose à ce choix, la jeune femme décide de s’envoler pour les États-Unis afin de donner un scénario à son actrice préférée, Julia Roberts.

Au vu du parcours de Noémie Lefort, le thème de ce premier film était un choix justifié. La réalisatrice a puisé son inspiration dans les images qu’elle avait filmées lors de son voyage à New-York.

La passion pour Julia Roberts date de son enfance et de la découverte du mythique Pretty Woman. Le scénario inclut ainsi quelques références à ce film. Quasiment toute la filmographie de l’actrice y est évoquée, soit dans les dialogues, soit dans les plans. Les plus importants succès de sa carrière sont présents au travers d’affiches collées en arrière-plan, ou par le slogan d’une célèbre publicité. À trop vouloir faire référence à la carrière de l’actrice, Noémie Lefort produit une œuvre à la gloire de Julia Roberts, prenant une forme d’hommage trop appuyé. Son écriture joue la carte de la cinéphilie, ainsi que de la nostalgie. Malheureusement, multiplier ces évocations ne suffit pas pour convaincre pleinement. Noémie Lefort s’adresse à des profils de spectateurs jeunes, pouvant être en phase avec ce qu’elle a vécu aux États-Unis. Mais les admirateurs inconditionnels que nous avons été, ou un public adulte, peuvent difficilement ressentir les mêmes émotions. De ce fait, ce qui est intéressant est juste de voir comment la réalisatrice a manifesté son affection envers Julia Roberts. Pour le reste, ce récit d’étudiante passionnée et idolâtrique suscitera moins d’intérêt. Cependant, décrire ce projet aussi fou qu’ambitieux pouvait donner lieu à un film agréable et divertissant. Il ne fait aucun doute que la cinéaste voulait toucher un public large, en parlant d’une actrice phare des années 90 et surtout d’un des films les plus rentables de l’histoire du cinéma, Pretty Woman. Nostalgique, mais loin d’être surprenant, Mon héroïne est évidemment sympathique, mais l’engouement de la jeune fille ne se transmet pas. Son côté teen-movie à la sauce américaine, avec son rythme frénétique, et notamment un comique vraiment bancal, finit par lasser progressivement.

Le rythme de Mon héroïne retranscrit probablement toute la folie de ce voyage, surement préparé à la hâte, et sans doute rempli de changements inopinés. Se déplacer dans une ville comme Los Angeles (le tournage a eu lieu à New-York), temple du cinéma, revêtait une double importance. Noémie Lefort décrit son séjour improvisé sur le ton de la comédie. Cela donne un film enjoué, mais l’écriture des dialogues affiche un niveau bien inégal, certaines répliques faisant doucement sourire, d’autres n’en faisant esquisser aucun. Le film fait souvent penser aux comédies américaines, multipliant les situations comiques plus ou moins drôles, parfois ridicules. En revanche, Mon héroïne dresse le portrait d’une étudiante déterminée à aller au bout de ses intentions et à faire des études de cinéma. Quelque part, ce film semble vital pour Noémie Lefort, qui s’en sert pour retracer son cheminement, de ses racines familiales au monde cinématographique. Du côté des actrices, seule Louise Coldefy convainc avec une prestation énergique et un cran au-dessus de celle de Chloé Jouannet. L’actrice, vue dernièrement dans Menteur et à l’aise dans ce registre, aurait d’ailleurs mérité d’obtenir le rôle principal.

L’avantage du film est qu’il a été tourné en partie à New York. On y voit Manhattan, ses artères passantes, ses hôtels. La Grosse Pomme est de loin le seul point positif de Mon héroïne, une comédie qui ne renouvelle pas un genre en train de s’essouffler.

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RÉALISATEUR :  Noémie Lefort
NATIONALITÉ : Française
AVEC : Chloé Jouannet, Pascale Arbillot, Louise Coldefy
GENRE : Comédie
DURÉE : 1h48
DISTRIBUTEUR : Universal Pictures France
SORTIE LE 14 décembre 2022