À l’est d’Éden : Florence Pugh, le diable au corps

Depuis le 1er octobre, Netflix propose À l’est d’Éden, une mini-série en sept épisodes adaptée du roman publié en 1952 de John Steinbeck, lauréat du prix Nobel de littérature. Derrière le projet se trouve un nom qui ne doit rien au hasard. Zoe Kazan, scénariste, co-showrunneuse et productrice exécutive, est la petite-fille d’Elia Kazan, qui signait en 1955 la célèbre adaptation cinématographique avec James Dean. Le film de son grand-père ne retenait que la dernière partie du livre, centrée sur Cal et Aron. La petite-fille, elle, embrasse la saga dans toute son ampleur. 

De la fin de la guerre de Sécession à la Première Guerre mondiale, la série suit deux générations de la famille Trask. Dans le Connecticut, Adam (Christopher Abbott) et Charles (Mike Faist) grandissent sous la coupe de leur père, Cyrus (Tracy Letts). Son amour inégal nourrit entre les deux frères une jalousie qui ne s’éteindra jamais. Leur destin bascule avec l’arrivée de Cathy Ames (Florence Pugh), une jeune femme aussi fascinante qu’insaisissable. Adam l’épouse et l’emmène en Californie, où il rêve de bâtir son propre jardin d’Éden. Mais peu après la naissance de leurs jumeaux, Cal et Aron, Cathy disparaît. Elle devient Kate, à la tête d’une maison close de Salinas. Les garçons sont élevés par un père brisé et par Lee (Hoon Lee), le fidèle domestique. Ils vont rejouer à leur tour l’éternelle tragédie des frères ennemis.

Portée par une Florence Pugh au sommet de son art et une distribution sans fausse note, la série rappelle que Steinbeck n’a rien perdu de sa puissance.

Zoe Kazan reste fidèle aux grandes obsessions de Steinbeck, à commencer par le mythe de Caïn et Abel. Il traverse le récit comme une malédiction héréditaire. D’une génération à l’autre, un fils se sent moins aimé que l’autre, et la blessure du rejet engendre la violence. Charles face à Adam, puis Cal face à Aron : la fraternité y est à la fois un lien indéfectible et un champ de bataille. La série s’écarte en revanche du roman sur un point essentiel : le traitement du Bien et du Mal. Steinbeck faisait de Cathy un monstre assumé, une incarnation presque abstraite du mal. Zoe Kazan choisit de développer davantage le personnage de Kate. Elle lui donne une épaisseur, des failles et une part d’opacité qui la rendent infiniment plus ambivalente. C’est là que la série rejoint le cœur philosophique du livre : le libre arbitre. En étudiant le texte hébreu de la Genèse, Lee découvre le mot timshel, « tu peux ». Ce n’est ni un ordre ni une promesse, mais une possibilité. L’homme n’est pas condamné à répéter les fautes de ses pères : il peut choisir. 

Si la mini-série À l’est d’Éden est une réussite, c’est aussi grâce à ses interprètes. Florence Pugh, véritable pilier du show, est absolument terrifiante dans le rôle de Cathy/Kate. Tour à tour vulnérable, glaciale et manipulatrice, elle rend le personnage aussi magnétique qu’insoutenable. Sa composition fascine sans jamais forcer le trait. C’est peut-être l’un de ses plus grands rôles, dans une filmographie déjà riche avec des films marquants comme Midsommar, Les Filles du docteur March ou The Wonder. Autour d’elle, le reste de la distribution est à la hauteur. Christopher Abbott fait d’Adam un homme d’une bonté désarmante, que l’aveuglement amoureux finit par détruire. Les seconds rôles ne sont pas en reste. Hoon Lee offre à Lee une sagesse et une humanité qui en font l’âme morale de la série. Ciarán Hinds campe un Samuel Hamilton chaleureux et lumineux. La relève est assurée par Joseph Zada et Joe Anders, convaincants dans les rôles de Cal et Aron. Ils réussissent l’exercice périlleux de succéder, pour le personnage de Cal, au souvenir écrasant de James Dean.

Avec À l’est d’Éden, Zoe Kazan ne se contente pas de rendre hommage au film de son grand-père. Elle propose une relecture personnelle et ambitieuse d’un monument de la littérature américaine. Le format de la mini-série lui permet enfin de déployer la dimension multigénérationnelle du roman, que le cinéma avait dû sacrifier. Portée par une Florence Pugh au sommet de son art et une distribution sans fausse note, la série rappelle que Steinbeck n’a rien perdu de sa puissance.

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CRÉATEURS : Zoe Kazan et Jeb Stuart  
NATIONALITÉ : Américaine
GENRE : Drame
AVEC : Florence Pugh, Christopher Abbott, Joseph Zada, Hoon Lee, Mike Faist, Joe Anders, Zoe Phillips, Tracy Letts, Martha Plimpton et Ciarán Hinds
DURÉE : 7x 51-68mn
DIFFUSEUR : Netflix
SORTIE LE 1er octobre 2026