Avec le temps, le thème de la masculinité toxique est devenu un véritable poncif du cinéma. En effet, il n’est même pas besoin de revenir à Hantise de George Cukor qui a popularisé le concept de « gaslighting » cher à Hélène Frappat ou à Soupçons d’Alfred Hitchcock pour trouver foultitude d’exemples en particulier depuis l’émergence de #MeToo. Il est possible ainsi de citer Les Nuits avec mon ennemi de Joseph Ruben, avec Julia Roberts, dans les années 90 qui mettait déjà en scène un tyran domestique, ou plus récemment Invisible man de Leigh Whannel. Dans le cinéma français, le mécanisme de l’emprise a également été traité dansMon roi de Maïwenn, l’impressionnant Jusqu’à la garde, premier film multi-césarisé de Xavier Legrand ou encore L’amour et les forêts de Valérie Donzelli, d’après le best-seller d’Eric Reinhardt. Après trois comédies diversement accueillies (on se souviendra surtout du frais et inaugural Tout ce qui brille), Géraldine Nakache, soeur d’Olivier du fameux duo Tolédano-Nakache, débarque donc pour le tournant dramatique de son oeuvre en terrain déjà particulièrement labouré. Présenté à Cannes Première au dernier Festival de Cannes, sans trop de surprises, Si tu penses bien parvient à achever son programme dramatique en mettant l’accent sur l’utilisation de la religion (juive en l’occurence) comme instrument de domination au sein du couple et la prestation étonnante de Niels Schneider en parfait petit pervers narcissique.
Lorsque Gil rencontre Jacques, leur amour est évident. Mais l’intensité des débuts laisse place à une relation où elle se sent de plus en plus enfermée, jusqu’à en perdre ses repères. Jacques la rassure : si elle pense bien, il ne lui arrivera que du bien. Peu à peu, Gil comprend le contrôle qu’il exerce sur sa vie…
Par le contre-exemple un manuel de lutte contre le masculinisme toxique qui peut s’avérer bien utile par les temps qui courent.
Pour son premier film dramatique, Géraldine Nakache ne déroge pas à deux constantes du tandem Tolédano-Nakache, un côté boy-scout éducatif dans le choix des sujets (ici celui de l’emprise et de la violence conjugale latente), et surtout une absence de formalisme stylistique qui préfère mettre en avant les personnages, les dialogues et l’histoire, plutôt que les prouesses de caméra. On l’avait déjà remarqué dans ses premiers films, tous des comédies, mais ces deux aspects deviennent encore plus flagrants en passant au stade dramatique.
En revanche, Géraldine Nakache a particulièrement soigné son scénario qui expose l’histoire de Gil et Jacques en de nombreux flash-backs et retours au présent, découpés en chapitres dont le titre (maintenant, aujourd’hui, cinq ou six) est à chaque fois expliqué par une petite citation plus ou moins cabalistique. Cette construction qui pourrait paraître à certains alambiquée sert en fait à décrypter les signes avant-coureurs du masculinisme toxique de Jacques qui allaient exploser cinq ou six ans plus tard et donc apporter un éclairage nécessaire à son comportement d’emprise.
Ce qui distingue ce film de ses prédécesseurs, c’est l’instrumentalisation de la religion qui sert de force coercitrice pour abattre les réticences de Gil. C’est ici le judaïsme auquel appartient Jacques qui contraint par ses règles et lois sa compagne à se soumettre à ses différents diktats. Mais Gil parviendra finalement à obtenir de la religion un effet salvateur, ce qui démontre que la religion en soi n’est pas négative mais plutôt l’usage que certains peuvent vouloir en faire.
Si on compare ce film à d’autres sortis antérieurement, il est possible de considérer que Jusqu’à la garde est bien plus effrayant ou L’Amour et les forêts plus clinique. Niels Schneider, dans sa période Charlize Theron, poursuit la modification de son image, suite à L’Inconnue. Moins famélique et dépressif que dans ce dernier film, mais les cheveux toujours bruns, il n’hésite pas à montrer des facettes de jeu plus noires et insoupçonnées qui laissent en effet penser qu’il a été fort longtemps sous-estimé, en raison de son image de beau gosse solaire et chaleureux. Cette réinitialisation progressive de son image est peut-être l’événement le plus important de Si tu penses bien ; d’autres y trouveront sans doute par le contre-exemple un manuel de lutte contre le masculinisme toxique qui peut s’avérer bien utile par les temps qui courent.
RÉALISATRICE : Géraldine Nakache
NATIONALITÉ : française
GENRE : drame
AVEC : Niels Schneider, Monia Chokri, Clémentine Célarié, Mina Kavani
DURÉE : 1h34
DISTRIBUTEUR : Pan Distribution
SORTIE LE 16 septembre 2026


