Sanguine : du sang, de la sueur et des larmes

Le Body Horror a le vent en poupe et demeure en particulier une affaire de femmes en France. Après Julia Ducournau (Grave, Titane, Alpha) et Coralie Fargeat (The Substance), Marion Le Coroller s’inspire de ses glorieuses aînées, consacrées en compétition de la Sélection officielle à Cannes, en reprenant les thématiques héritées de Cronenberg via Ducournau, et en employant certains des collaborateurs de Coralie Fargeat (le musicien Rob, également celui de Rebecca Zlotowski, Pierre-Olivier Persin au maquillage et aux effets spéciaux). Retenu en Séléction officielle cette année en séance de minuit, hors compétition, Sanguine est en fait une oeuvre intéressante, néanmoins un peu scolaire et prévisible, à partir du moment où on parvient à décrypter la clé de lecture visiblement très transparente.

Margot débute son internat aux urgences, où elle peine à s’adapter. Très vite, elle fait face à des patients de son âge aux symptômes inexpliqués. La récurrence de ces cas exceptionnels l’interroge, d’autant qu’elle observe, sur son propre corps, des manifestations de plus en plus inquiétantes…

Pour une soirée sympa d’Halloween, Sanguine peut faire son effet positif à court terme.

Après cinq ans d’études dans le domaine de la finance, Marion Le Coroller a souffert d’un burn out, soit une intense souffrance au travail. Elle en a tiré ce film en transposant son expérience dans le domaine de l’hôpital et des urgences, soit dans un lieu où l’irruption du sang est loin d’être inhabituelle et choquante. C’est un peu là, dès le départ, que le bât blesse, en raison d’un choix contextuel peu surprenant. Dans le domaine de l’hôpital, le body horror devient banal ; si elle avait maintenu le lieu originel de son traumatisme, soit les études de finance, cela aurait été bien plus surprenant et révélateur.

Côté style, Marion Le Coroller ne prend pas le temps nécessaire de poser sa caméra, contrairement à ses aînées Ducournau et Fargeat et applique certaines des recettes stylistiques d’Albert Dupontel ou surtout Jean-Pierre Jeunet à une matière qui aurait mérité plus de patience et de lenteur pour engendrer davantage de profondeur. Au lieu de cela, elle va un peu trop vite vers la rapidité de la caricature : l’univers (in)hospitalier montré comme une machine de productivité avec un tableau d’honneur consacrant la meilleure interne, la supérieure hiérarchique exposée comme un monstre antipathique (Karin Viard à son summum de répulsion), etc. Le Coroller recourt à quelques effets faciles qui manquent un peu leur cible comme la snorricam (caméra fixée à l’opérateur et le filmant), attachée à la protagoniste dans la dernière partie du film.

Pourtant, en dépit de ces scories de jeunesse, Sanguine est loin d’être inintéressant. Techniquement, il est plutôt bien réalisé, grâce aux contributions des collaborateurs de Coralie Fargeat, en particulier pour les maquillages, effets spéciaux et prothèses. Côté interprétation, Mara Taquin, après des rôles plus classiques, donne beaucoup de sa personne, accompagnés par une Kim Higelin dans un registre plus pervers que d’habitude et un Sami Outalbali inattendu. Thématiquement, il semble étendre son ambition à l’exploration du burn out dans d’autres domaines professionnels, dans son introduction et sa conclusion, dans la restauration rapide par exemple. Cela rend d’autant plus regrettable que Sanguine aille trop directement au cliché et ne dégage pas vraiment de mystère, car la clé du film, le traumatisme d’une jeunesse par les cadences infernales du libéralisme, semble beaucoup trop évidente pour susciter des débats ou créer une impression profonde. Néanmoins, pour une soirée sympa d’Halloween, Sanguine peut faire son effet positif à court terme.

2.5

RÉALISATRICE  :   Marion Le Coroller 
NATIONALITÉ : française
GENRE : épouvante, horreur
AVEC : Mara Taquin, Karin Viard, Kim Higelin, Sami Outalbali
DURÉE : 1h43
DISTRIBUTEUR : ARP Sélection
SORTIE LE 28 octobre 2026