Avec Le Mystère Lucy Lost, son premier long métrage d’animation, Olivier Clert nous invite à un voyage aussi mystérieux que poétique au cœur des îles Scilly, au large des côtes britanniques. Adapté du roman Listen to the Moon de Michael Morpurgo, ce film d’animation produit par le studio français Xilam est une très belle surprise, qui mêle aventure, légendes insulaires et mémoire historique dans un récit empreint de douceur et de mélancolie.
L’histoire nous entraîne sur une petite île isolée, où vit Lucy avec sa famille. Dotée de capacités extraordinaires et affublée de cheveux blancs qui éveillent la méfiance des habitants, la fillette peine à trouver sa place au sein d’une communauté prompte à rejeter ce qu’elle ne comprend pas. Sa rencontre avec Milly, une mystérieuse petite fille que personne d’autre ne semble pouvoir voir, va bouleverser son existence et l’entraîner dans une aventure où les secrets du passé se mêlent aux mystères de ses propres origines.
Si le projet d’adaptation a longtemps peiné à trouver sa forme définitive, notamment en raison de la structure narrative du livre, qui fait évoluer deux fillettes en parallèle sans jamais les faire se rencontrer, c’est un choix scénaristique audacieux d’Olivier Clert qui a permis de débloquer la situation. Une idée qu’on ne dévoilera pas ici mais dont on peut dire aisément qu’elle donne une nouvelle dynamique à un récit qui aurait pu rester trop distant ou énigmatique.
le film dénonce avec délicatesse les mécanismes du rejet et les ravages des préjugés, sans jamais céder à un discours moralisateur.
L’une des grandes réussites du film réside dans sa capacité à faire cohabiter l’intime et le collectif. Derrière son apparence de conte fantastique destiné au jeune public, Le Mystère Lucy Lost aborde des thèmes profonds et universels : la différence, l’exclusion, la mémoire, les traumatismes de la guerre et la nécessité d’apprendre à accepter l’autre. Lucy incarne cette figure de l’enfant incomprise, dont la singularité suscite autant la peur que la fascination. À travers son parcours, le film dénonce avec délicatesse les mécanismes du rejet et les ravages des préjugés, sans jamais céder à un discours moralisateur.
Mais le récit ne se limite pas à une histoire de pouvoirs mystérieux et d’intégration. Il s’inscrit également dans le contexte de la Première Guerre mondiale, dont les conséquences pèsent lourdement sur les personnages et leur environnement. Le film évoque notamment le naufrage du Lusitania, torpillé par un sous-marin allemand en mai 1915 au large des côtes irlandaises. Cet épisode historique, loin de constituer un simple arrière-plan, nourrit la réflexion sur les blessures laissées par la guerre, y compris chez les plus jeunes. Les adultes comme les enfants portent les traces de cette violence, parfois enfouies dans leur mémoire, parfois impossibles à exprimer. Le passé devient ainsi une présence invisible qui continue d’influencer le présent. Les souvenirs enfouis, les silences et les secrets familiaux participent pleinement au mystère entourant Lucy et Milly. Peu à peu, l’aventure prend une dimension plus émotionnelle, où la quête d’identité se confond avec la nécessité de comprendre et de réparer les blessures du passé. Le fantastique devient alors un outil pertinent pour aborder des sujets difficiles sans en atténuer la gravité, tout en les rendant accessibles à un jeune public.
L’animation privilégie l’atmosphère, la poésie et l’expressivité des décors plutôt que la seule démonstration technique.
L’autre atout majeur du film est son univers visuel. Pour retranscrire fidèlement l’atmosphère si particulière des îles Scilly, Olivier Clert s’est rendu sur place afin de s’imprégner des paysages, des traditions et du quotidien des habitants. Cette recherche d’authenticité se ressent dans les détails qui donnent vie à cet environnement insulaire : les enfants qui courent pieds nus, les communautés soudées par leur isolement, mais aussi cet îlot autrefois utilisé comme lieu de quarantaine, dont l’histoire contribue à l’étrangeté du décor. Le réalisateur puise également dans les légendes locales pour expliquer les cheveux blancs de Lucy, traditionnellement associés aux sorcières dans certaines croyances de l’archipel. Ces éléments nourrissent un imaginaire singulier, à mi-chemin entre le folklore britannique et le conte fantastique. Graphiquement, Le Mystère Lucy Lost possède un charme indéniable. L’animation privilégie l’atmosphère, la poésie et l’expressivité des décors plutôt que la seule démonstration technique. Cette esthétique sied parfaitement à une histoire traversée par les souvenirs et les fantômes du passé. On pense aussi, inévitablement, à l’univers de Hayao Miyazaki : cette manière de laisser coexister le réel et le merveilleux, de faire de la nature un espace presque vivant et de placer une jeune héroïne au centre d’une aventure initiatique rappelle certains grands récits du maître japonais. Élément central, la mer semble conserver la mémoire des événements passés et relier les personnages à une histoire qui les dépasse.
Olivier Clert signe donc une œuvre attachante, ambitieuse et visuellement inspirée.
Pour un premier long métrage d’animation, Olivier Clert signe donc une œuvre attachante, ambitieuse et visuellement inspirée. En faisant dialoguer le fantastique et l’Histoire, il propose bien davantage qu’une simple aventure enfantine : un conte sensible sur la mémoire, le deuil, les préjugés et la force des liens qui nous unissent. Une jolie découverte en somme.
RÉALISATEUR : Olivier Clert
NATIONALITÉ : France
GENRE : Animation, aventure
AVEC : les voix de Charlie Rosenzweig, Zach Valentin-Dattas, Jessica Monceau
DURÉE : 1h29
DISTRIBUTEUR : Le Pacte
SORTIE LE 28 octobre 2026


