Sorti un peu en catimini en même temps que l’ouverture du Festival de Cannes, Obsession s’est révélé le « sleeper » de la saison, à savoir un film à petit budget avec des acteurs totalement inconnus, qui s’affirme comme un grand succès marquant. Produit avec un budget modeste de 750 000 dollars, il en a déjà rapporté plus de 300 millions à travers le monde. Le cinéma de genre a le vent en poupe depuis quelques années, avec la reconnaissance officielle du cinéma de Julia Ducournau (Titane, Palme d’or à Cannes en 2021), Ari Aster (Hérédité, Midsommar), les réussites incontestables de Get Out, The Substance, Invisible Man, Smile, Evanouis, etc. A travers cette reconnaissance artistique, on trouve surtout Blumhouse productions qui a lancé le concept d’Elevated Horror grâce aux films d’Ari Aster. Or derrière Obsession, on retrouve à nouveau Jason Blum qui a su faire confiance à un jeune réalisateur de 26 ans, Curry Barker, ex-YouTubeur comique. Après avoir réalisé un premier film avec les moyens du bord, Milk and Serial (2024), Curry Barker a pu s’en servir comme carte de visite pour se donner les moyens d’un long-métrage diffusé dans le circuit commercial, Obsession, plat pour le moins épicé et sans concessions, avec le succès que l’on sait désormais.
Baron « Bear » Bailey est amoureux de son amie d’enfance, Nikki Freeman, avec qui il travaille dans un magasin de musique, avec leurs amis Ian et Sarah. Alors qu’il cherche un cadeau pour elle dans une boutique ésotérique, Bear achète un « One Wish Willow », un jouet fantaisiste censé exaucer l’unique voeu de la personne qui le brise. Après l’avoir déposée chez elle, Bear tente de déclarer ses sentiments à Nikki, mais se rétracte lorsque celle-ci aborde le sujet frontalement. Frustré, Bear brise le One Wish Willow, formulant le souhait que Nikki l’aime plus que tout au monde.
Obsession orchestre un discours très habile sur l’emprise masculine et la soumission féminine, en inversant les polarités, le film montrant en apparence l’inverse de ce qu’il démontre souterrainement.
Obsession est un film de potes. On y retrouve ainsi Cooper Tomlinson, dans le rôle de Ian, autre moitié du duo comique formé avec Curry Barker. Le film commence dans une cafétaria, comme dans The Drama, où Bear, un incel (célibataire involontaire) immature tente de répéter avec des amis une manoeuvre de séduction qu’il espère réaliser avec Nikki, sa collègue dont il est éperdument amoureux en secret, travaillant avec lui dans un magasin de musique. Ne parvenant pas à lui avouer ses sentiments, en désespoir de cause, il utilise le sortilège du voeu mais cette technique va marcher au-delà de ses espérances.
Obsession (aucun rapport avec le très beau film de De Palma de 1976, scénarisé par Paul Schrader) s’avère en fait beaucoup plus proche de Possession de Zulawski. Nikki (excellente et très flippante Inde Navarette), en étant frappée par ce sortilège, va libérer Nikki la dingue (Freaky Nikki) qui est sa version adolescente et dépressive, qu’elle pensait avoir abandonnée depuis des années. En la filmant dans l’ombre, à contre-jour, les yeux quasiment fluorescents comme ceux d’un tigre attendant de fondre sur sa proie, Curry Barker parvient avec un minimum de moyens à engendrer une angoisse continue, en recourant le moins possible à des jumpscares relativement stériles, mais plutôt à des effets rétro comme le moment étonnant où Nikki revient sur ses pas à l’envers, ou en jouant avec maestria sur la mise au point, le hors-champ et les arrière-plans. Tout repose davantage sur le son que sur l’image car la bande-son très travaillée précède souvent l’image.
On pourrait ainsi croire à première vue que le film repose basiquement sur la peur engendrée par une antagoniste terrifiante personnifiée par une frêle jeune fille. Filmée par Curry Barker entièrement du point de vue de Bear, l’histoire semble présenter les dangers d’un amour inconditionnel, d’une passion sans limites, un peu à la manière de Un Frisson dans la nuit (Play Misty for me) le premier film de Clint Eastwood, Or entre ces deux films, une grande différence existe : le personnage d’Eastwood n’est en rien responsable du comportement de son admiratrice alors que Bear a consciemment manipulé Nikki afin qu’elle tombe dans ses bras.
Dans Obsession, les protagonistes ne sont pas réellement ce à quoi ils ressemblent. Bear, cliché du timide introverti, paralysé par le romantisme, est en fait un sournois manipulateur qui ne regrette d’ailleurs pas la teneur de ses actes mais souhaiterait juste en modifier les conséquences. Il voudrait garder Nikki sous son emprise mais supprimer les effets désagréables de cette passion qui lui nuisent socialement. Nikki semble être la caricature de l’épouse jalouse qui ne supporte pas la moindre contrariété mais elle se trouve malheureusement prisonnière de Freaky Nikki qui l’empêche de prendre le contrôle de sa voix et de son corps. En vérité, la véritable victime, c’est elle, ce qui est habilement masqué par la mise en scène qui adopte le point de vue du protagoniste masculin.
Par conséquent, Obsession orchestre un discours très habile sur l’emprise masculine et la soumission féminine, en inversant les polarités, le film montrant en apparence l’inverse de ce qu’il démontre souterrainement. Quand Bear parvient à ses fins avec Nikki, nous ne nous trouvons pas très loin du viol par soumission chimique, ce que Curry Barker suggère, sans avoir même besoin de le surligner. Consentement, emprise, domination, telles sont les thématiques fondamentales abordées par ce simple film de genre. Pourtant, en tant que premier véritable film distribué de Curry Barker, Obsession n’est pas parfait, recourt parfois à des facilités coupables (la visite à la boutique, le voeu de Ian) et laisse percevoir quelques baisses volontaires de rythme, habilement négociées (la première demi-heure laissant tout le temps aux personnages de se développer, une autre séquence laissant mijoter interminablement un jumpscare qui surprendra malgré tout très violemment, à la manière de Irréversible de Gaspar Noé ou Once upon a time…in Hollywood de Tarantino) mais son concept est suffisamment fort pour tenir la route, et justifier pleinement que l’on confie à Curry Barker le remake d’un film mythique de l’horreur, Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper.
RÉALISATEUR : Curry Barker
NATIONALITÉ : américaine
GENRE : horreur-épouvante
AVEC : Michael Johnston, Inde Navarrette, Cooper Tomlinson
DURÉE : 1h49
DISTRIBUTEUR : Le Pacte
SORTIE LE 13 mai 2026


