Ô Muse, conte-nous comment dans un précédent blabla l’humble autant qu’inventif serviteur que je me flatte d’être osa comparer le Nolan du moment — il s’agissait de l’épuisant Oppenheimer — avec son pendant 2023 Hong Sang-soo, le délicat De nos jours. Figurez-vous que je pourrais vous rechanter exactement le même refrain aujourd’hui, vu qu’il est permis de se demander si HSS ne réalisa pas une sorte d’adaptation cachée de L’Odyssée avec son excellent Walk Up, 2024. Bref, vous connaissez mon penchant pour le cinoche sans le sou d’Hong, par rapport aux gros machins hollywoodiens en général, et ceux de Nolan en particulier. Je ne vous cache donc pas que j’y allais un peu à reculons. Or surprise, j’ai plutôt bien aimé. C’est long, ça fait beaucoup de bruit et j’aurais peut-être préféré le voir dans une salle moins hi-tech, d’autant que pour endurer le bastringue Atmos nous dûmes nous installer dans de redoutables fauteuils en skaï, lesquels possèdent la faculté de me faire à tous coups transpirer des plus abondamment. Comme j’ai par ailleurs la malchance d’être un peu grippé, je ne vous raconte pas mon état à la fin de la projection — sachez simplement que la personne chère à mon cœur m’a ramené à la maison au moyen d’un seau. Ses dix seaux.
Je dis, vacarme, je crois me souvenir que la musique non stop de la BO d’Oppenheimer était tout ce qu’il y a de pénible. Or là c’est tout aussi non stop, mais ça marche bien, pensez percussions et nappes synthétiques, épiques ou inquiétantes, qui rehaussent les images sans être de trop. Adapter c’est l’art des choix, Nolan l’Anglo-Saxon donne à son Odyssée une vibe peut-être un peu nordique — réplique amusante à un moment, Allons-y les gars, la marée nous est favorable —, voire shakespearienne, avec costumes et décors qui évoquent parfois plus Odin ou Macbeth que la Grèce antique. Mais peu importe, on ne s’ennuie pas une seconde, marée ou non on est emporté, ému même, et les épisodes horrifiques sont marquants. Le design de la tronche en biais de Polyphème, façon Saturne de Goya, est original et réussi. La séquence Circé a eu ma préférence — j’ai cru y déceler un écho pasolinien à base d‘humiliation les fesses en l’air —, les sirènes de loin c’est une bonne idée, seule la représentation de Scylla m’a paru limite cheap, mais on ne la voit que quelques secondes.
L’ensemble constitue un tout cohérent via la thématique de la culpabilité d’Ulysse — autre choix moderniste de Nolan —, thématique qui est habilement tissée tout au long du film. Les héros d’Homère sont des criminels, la ruse pour laquelle Ulysse est célébré de par le monde méditerranéen a causé l’effondrement de la civilisation. C’est peut-être un peu univoque mais ça m’a convenu, et quoi qu’il en soit, l’essentiel n’est-il pas que ça donne envie de lire ou relire le poème d’Homère. On pourra alors remarquer l’intelligence et la finesse du travail d’adaptation effectué pour le film.


