Les matins merveilleux : le goût des rencontres

Présenté en séance spéciale au dernier Festival de Cannes, Les matins merveilleux, premier long métrage d’Avril Besson, est un film qui épouse le rythme de ses personnages plutôt que celui de son intrigue. Distribué par Arizona Distribution et porté par un trio d’interprètes particulièrement inspiré – India Hair, Raya Martigny et Éric Cantona –, ce récit initiatique prend la forme d’une errance douce, entre deuil, rencontres et renaissance.

Charlie prend la route sans véritable destination. Encore bouleversée par la disparition de sa grand-mère, elle avance au volant de sa vieille Twingo, avec pour seul bagage quelques vinyles disco. Ces disques deviennent le fil invisible qui relie les êtres : ils réveillent les souvenirs de Titou, caviste sensible et mélancolique, tout en accompagnant la rencontre avec Marina, jeune femme en quête d’une liberté qu’elle peine à trouver dans le quotidien d’une petite pizzeria méditerranéenne. Plus qu’un road-movie, Les matins merveilleux est un voyage intérieur où chaque rencontre semble ouvrir une nouvelle possibilité de se reconstruire.

La réalisatrice privilégie une narration impressionniste, laissant les émotions émerger sans jamais les souligner avec insistance.

Avril Besson signe une mise en scène délicate, attentive aux silences, aux regards et aux instants suspendus. La réalisatrice privilégie une narration impressionniste, laissant les émotions émerger sans jamais les souligner avec insistance. Cette approche confère au film une authenticité touchante, même si elle peut parfois donner le sentiment d’un récit qui s’étire, tout comme on peut regretter un manque de tension narrative.

Cependant, la véritable force du film réside dans son casting. India Hair compose une Charlie d’une grande justesse, fragile sans jamais tomber dans le pathos. Son interprétation tout en retenue traduit avec finesse le poids du deuil et l’élan timide vers une nouvelle vie. Face à elle, Raya Martigny, actrice trans, apporte une énergie lumineuse et une spontanéité qui insufflent de la vitalité au récit. Leur relation se construit avec beaucoup de naturel et offre au film ses plus beaux moments. Éric Cantona surprend également. Habitué à imposer une présence magnétique à l’écran, il incarne ici un homme discret, rêveur et profondément humain. Son jeu, tout en sobriété, apporte une émotion sincère qui contraste agréablement avec son image habituelle et participe pleinement au charme de l’ensemble.

Visuellement, Les matins merveilleux s’imprègne de la lumière méditerranéenne sans jamais tomber dans la carte postale. Les paysages accompagnent les personnages plus qu’ils ne les écrasent, tandis que les vinyles disco apportent une touche chaleureuse et nostalgique qui fait écho au thème central du film : celui des souvenirs qui continuent de nous faire avancer.

On pourra reprocher à Avril Besson un certain manque d’ampleur dramatique. Quelques scènes semblent s’étirer

On pourra reprocher à Avril Besson un certain manque d’ampleur dramatique. Quelques scènes semblent s’étirer davantage qu’elles ne développent réellement les personnages, et le film ne trouve pas toujours le rythme qui lui permettrait de transformer sa délicatesse en véritable émotion durable. Mais cette modestie constitue aussi sa singularité. Dans un paysage cinématographique souvent tenté par la surenchère émotionnelle, Les matins merveilleux choisit la simplicité et la sincérité.

Sans révolutionner le genre du récit initiatique, Avril Besson signe avec Les Matins merveilleux, un premier film touchant, délicat et profondément humain

Sans révolutionner le genre du récit initiatique, Avril Besson signe avec Les Matins merveilleux, un premier film touchant, délicat et profondément humain. Un film qui séduit moins par ce qu’il raconte que par la manière dont il accompagne ses personnages, porté par trois très belles prestations d’India Hair, Raya Martigny et Éric Cantona. Une parenthèse douce et charmante qui laisse derrière elle un agréable parfum de mélancolie, comme les dernières notes d’un vieux morceau disco que l’on continue d’entendre longtemps après la fin de la musique.

3

RÉALISATEUR : Avril Besson
NATIONALITÉ : France
GENRE : Comédie, romance
AVEC : India Hair, Raya Martigny, Eric Cantona
DURÉE : 1h27
DISTRIBUTEUR : Arizona Distribution
SORTIE LE 29 juillet 2026