Avec Lettres d’amour de ma grand-mère, son troisième long métrage mais le premier à connaître une sortie en France, le réalisateur chinois Lan Hongchun plonge dans une histoire familiale traversée par l’absence, la mémoire et les sacrifices silencieux de générations marquées par l’émigration. À partir d’un épisode intime, le cinéaste compose un mélodrame historique qui explore la manière dont les liens affectifs peuvent survivre aux distances, aux décennies et aux secrets enfouis.
le cinéaste compose un mélodrame historique qui explore la manière dont les liens affectifs peuvent survivre aux distances, aux décennies et aux secrets enfouis.
Le scénario suit Ye Sogriu, une femme qui a vécu pendant des décennies grâce aux lettres et à l’argent envoyés par son mari depuis la Thaïlande. Lorsque son petit-fils Hiou-ui décide de retrouver la trace de son grand-père, il découvre progressivement que l’histoire familiale transmise depuis toujours ne correspond pas totalement à la réalité. Derrière les mots couchés sur le papier se cachent des vies de renoncement, des douleurs tues et des actes d’amour restés invisibles. Le film avance ainsi comme une enquête intime où chaque révélation vient modifier la perception du passé.
Le film avance ainsi comme une enquête intime où chaque révélation vient modifier la perception du passé.
Le film s’appuie sur un élément historique méconnu en Occident : les « qiaopis », ces lettres envoyées par les migrants chinois installés à l’étranger à leurs familles restées au pays. Souvent rédigées avec l’aide d’écrivains publics, ces correspondances contenaient des nouvelles, des déclarations d’amour et des mandats financiers permettant aux proches de subsister. Véritables archives de l’histoire migratoire chinoise, ces lettres sont aujourd’hui inscrites au registre Mémoire du monde de l’Unesco. Lan Hongchun prend ce patrimoine comme point de départ pour construire une fiction profondément ancrée dans la région du Teochew, territoire du sud de la Chine fortement marqué par les départs vers l’étranger. Dans cette région, les récits de ceux qui ont quitté leur terre natale pour tenter d’offrir un avenir meilleur à leurs proches font partie de la mémoire collective.
La construction narrative constitue l’un des points forts du long métrage. Lan Hongchun organise son récit autour de quatre périodes – l’époque contemporaine, 1978, 1966 et les années 1950 – qui s’entrelacent grâce à un jeu de flashbacks. Cette structure permet de reconstituer progressivement le puzzle familial tout en donnant au spectateur le sentiment d’une mémoire qui ressurgit par fragments. Le réalisateur maîtrise efficacement les différents niveaux temporels et réussit à maintenir l’intérêt grâce à une progression dramatique habile, jusqu’à un dernier acte particulièrement émouvant.
Sur le plan formel, Lettres d’amour de ma grand-mère bénéficie d’une photographie soignée qui restitue aussi bien la beauté des paysages du Teochew que les transformations sociales traversées par les personnages. Le film témoigne d’un réel travail de documentation historique et offre un regard sensible sur une communauté dont l’histoire est intimement liée aux mouvements migratoires. Il met en lumière des existences ordinaires bouleversées par la séparation, mais aussi la solidarité et la capacité de résilience de ceux qui restent.
il reste cependant limité par une mise en scène trop classique et parfois illustrative
Si le film séduit par la solidité de sa documentation, la beauté de sa photographie et l’émotion qui se dégage progressivement du récit, il reste cependant limité par une mise en scène trop classique et parfois illustrative (cherchant davantage à accompagner le récit qu’à véritablement lui donner une force singulière). Certains effets mélodramatiques, quelques séquences humoristiques maladroitement intégrées et un jeu d’acteurs parfois excessif empêchent l’ensemble d’atteindre une véritable puissance cinématographique. Le mélange des genres – entre chronique familiale, drame historique et passages plus légers – ne fonctionne pas toujours harmonieusement. Le choix de la fiction pose également question face à un matériau historique qui aurait pu trouver une force considérable dans une approche documentaire. Ces réserves sont quelque peu contrebalancées par un dernier acte, davantage centré sur les sentiments enfouis des personnages, qui atteint une réelle puissance émotionnelle. Lan Hongchun parvient alors à dépasser le simple récit familial pour toucher à une dimension universelle : celle des sacrifices accomplis par amour, des vies construites dans l’attente et des histoires que les générations suivantes doivent apprendre à redécouvrir.
Malgré ses imperfections, Lettres d’amour de ma grand-mère demeure un film certes classique mais sincère et touchant qui rappelle que certaines lettres, même après plusieurs décennies, continuent de faire entendre la voix de ceux qui ne sont plus là.
RÉALISATEUR : Lan Hongchun
NATIONALITÉ : Chine
GENRE : Drame
AVEC : Sitong Li, Yantong Wang, Shaoqing Wu
DURÉE : 1h58
DISTRIBUTEUR : Trinity CineAsia
SORTIE LE 2 septembre 2026


