L’invitation : devine qui vient dîner?

Lorsque Olivia Wilde, actrice reconnue (Tron : l’héritage, Rush, Her, Le Cas Richard Jewell, les séries Dr House et Vinyl), s’est lancée dans la réalisation, certains qui ne voyaient en elle qu’une très belle et attirante plante n’ont pas hésité à afficher leur scepticisme. Or, trois films plus tard, force de constater que ces derniers avaient tort. Bien plus peut-être que dans ses rôles relativement secondaires, Olivia Wilde montre peut-être son identité artistique et son véritable talent en tant que réalisatrice. Passant sans difficulté du teen movie (Booksmart, plébiscité par la critique et nommé aux Golden Globes) au thriller psychologique rétro- futuriste (Don’t worry, darling), elle s’affirme une nouvelle fois excellente cinéaste en inscrivant son nouveau film dans le genre de la comédie américaine indé, entre screwball comedy et films de Judd Apatow, et en donnant une tonalité plus sardonique, tragique et émouvante vers la fin.

Couple marié depuis vingt ans, et parents d’une jeune fille, Angela et Joe invitent leurs mystérieux nouveaux voisins du dessus, Pina et Hawk, à dîner. Ces derniers se signalent tous les soirs par leurs bruyants ébats sexuels. La soirée va alors rapidement faire voler en éclats toutes les certitudes du couple marié.

Olivia Wilde s’affirme une nouvelle fois excellente cinéaste en inscrivant son nouveau film dans le genre de la comédie américaine indé, entre screwball comedy et films de Judd Apatow, et en donnant une tonalité plus sardonique, tragique et émouvante vers la fin.

Si les cinéphiles impénitents – ceux qui se rendent fréquemment en salle de cinéma chaque semaine -, auront sans doute une légère impression de déjà-vu en visionnant L’Invitation, c’est dû au fait qu’il est en fait la déclinaison américaine du film espagnol Sentimental de Cesc Gay, qui avait déjà connu une nouvelle version en France (Et plus si affinités de Olivier Ducray et Wilfried Méance), Les différences entre les versions permettent d’appréhender les divergences culturelles entre pays par rapport aux phénomènes de l’amour, du sexe et de l’usure du couple. Alors que la version française finit par se ranger avec beaucoup d’abattage du côté du vaudeville et de la comédie de boulevard, de Feydeau, Labiche à Jaoui-Bacri, la version américaine est volontairement plus graveleuse et à l’arrivée d’une tonalité plus grave sur les tourments d’un couple arrivé à ses vingt ans de mariage.

Si les arguments de la version française reposaient essentiellement sur un rythme effréné et une durée courte (1h17), L’Invitation ralentit volontairement le rythme et gagne une dimension dramatique, peu entrevue pour l’instant. Pour autant, le film se révèle être d’une rare efficacité comique, en particulier grâce à Seth Rogen, pilier des productions Apatow, qui n’a rien perdu de sa verve et bénéficie le plus souvent des meilleures répliques et situations décapantes. Olivia Wilde en femme délaissée, fait, elle, merveille dans ce qui se présente presque comme un contre-emploi. Seul bémol, nonobstant la qualité exceptionnelle des interprètes, le couple voisin (Penelope Cruz-Edward Norton) aurait peut-être dû être d’une génération légèrement inférieure pour que le conflit fonctionne au maximum entre les deux ménages, ce qui était davantage le cas dans Et plus et si affinités.

Là où Olivia Wilde réussit mieux son pari, c’est en saupoudrant des pincées d’émotion tout au long de l’histoire, pincées qui finissent par faire basculer l’histoire dans un quasi-mélodrame sur la perte de l’amour dans un couple, ce qui rend le film nettement plus émouvant à l’arrivée. Olivia Wilde manifeste aussi un sens étonnant de l’espace et de la mise en scène, alternant de manière judicieuse entre plans serrés sur les visages et plans plus larges sur le cadre de l’appartement qui mettent l’accent sur l’isolement des personnages dans un environnement pourtant plutôt restreint. Les références, moins vaudevillesques, se rapprochent davantage d’un Carnage de Roman Polanski, dans la manière feutrée et presque cynique de faire s’affronter des personnages dans un huis clos, ou de Qui a peur de Virginia Woolf?, le tout premier film de Mike Nichols, l’hystérie et le spectaculaire en moins, la douceur et la retenue en plus.

Car, si dans sa première partie, L’Invitation frappe par son humour à toute épreuve, grâce aux talents d’écriture et aux dialogues subtilement ouvragés de Rashida Jones et Will McCormack, les pincées d’émotion savamment distillées permettent surtout d’approfondir la consistance des personnages, et de nous attacher définitivement à eux, dans la seconde partie, ainsi qu’à leur naufrage en tant que couple, où finalement l’espoir finit par résonner le temps d’un morceau partagé au piano. Rien n’est jamais totalement perdu.

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RÉALISATRICE :  Olivia Wilde 
NATIONALITÉ : américaine
GENRE : comédie, drame
AVEC : Seth Rogen, Olivia Wilde, Penelope Cruz, Edward Norton
DURÉE : 1h47
DISTRIBUTEUR : Maverick Distribution
SORTIE LE 16 septembre 2026