Adieu Monde Cruel : une initiation à la vie

Présenté à la Semaine de la Critique dont il fait la clôture au Festival de Cannes 2026, le film a été en lice pour décrocher la Caméra d’Or. C’est un premier long-métrage de Félix de Givry qui avait notamment coécrit le scénario du film animé de science-fiction Arco. Le sujet de départ est celui des disparitions volontaires, en l’occurrence ici celle d’un adolescent de 14 ans, élève d’un collège catholique privé, prénommé Otto, qui décide du jour au lendemain de disparaître. Le film débute par une poursuite à laquelle échappe le jeune garçon chassé par d’autres élèves de son établissement dont les visages sont savamment masqués par la nuit qui s’est abattue sur la ville, comme pour mieux cacher lâchement leur identité dans le noir. Le film est traversé par une voix off qui met à distance les évènements à la manière d’un conte et pas n’importe laquelle puisque c’est celle de Françoise Lebrun, actrice devenue culte en partie grâce à sa performance dans La Maman et la Putain (1973) de Jean Eustache. Sa douceur maternelle réconforte en même temps qu’elle supporte l’histoire.

Otto tente de se suicider en vain : comme quoi, il n’est pas si facile de mourir. Il se réfugie dans un couvent désaffecté, lieu propice à un recueillement dont a bien besoin notre héros, cadre religieux qui renvoie à l’Église, qui désigne la Mère-épouse du Christ. Otto n’est pas encore en état de surgir du sein maternel et protecteur qui l’empêche d’agir pour rompre avec son enfance. Dans le même temps, la nouvelle s’est propagée dans l’établissement suite à la lettre que le jeune garçon a adressée à ses camarades de classe et autres élèves du collège. C’est l’étonnement et la tristesse qui prédominent. Des bougies et des photos votives de lui sont déposées devant l’école. Une minute de silence est même décrétée en classe. C’est que les jours passant, les chances de le retrouver vivant s’amenuisent et que tout le monde le croit mort. Puis c’est l’emballement médiatique : en première page dans les journaux, aux informations – flash infos – de la télévision. C’est l’heure de gloire post-mortem du jeune homme.


Mais qui est Otto ? C’est la question que le jeune garçon se pose à lui-même et qu’il devra résoudre au fil de ses aventures.

Sa rencontre avec Lena, une élève de l’établissement qui l’a aperçu le soir en promenant son chien, va en effet tout changer. Elle parvient à entrer en contact avec lui et décide de le cacher dans une chambre condamnée de l’hôtel détenu par sa mère, le ravitaillant et lui rendant visite régulièrement en secret. Alors se noue une vraie relation entre les deux jeunes êtres faite de conversations existentielles et de moments tendres passés entre eux. Mais la situation ne peut durer et se pose la question, exprimée ouvertement, de savoir ce qu’Otto va faire de sa vie désormais. Incapable de retourner chez sa mère, il projette de s’évader au loin, voire de vivre en ermite au sein de la forêt. Et bientôt tout cela devient un rêve partagé avec Lena dont décidément il est tombé amoureux – et c’est réciproque. La figure féminine de Lena se substitue alors à celle de la mère comme objet d’affection et Otto franchit un cap dans sa vie de jeune homme, symbolisé par sa nouvelle couleur de cheveux.

Mais qui est Otto ? C’est la question que le jeune garçon se pose à lui-même et qu’il devra résoudre au fil de ses aventures. Thème de l’identité qui traverse tout le film. Un portrait subtil filmé avec beaucoup de tendresse et la présence charismatique de Milo Machado-Graner, découvert dans Anatomie d’une chute (2023), Palme d’Or à Cannes, si jeune et pourtant si plein de maîtrise déjà dans son jeu, frêle en apparence mais sachant à quoi s’en tenir, d’une beauté angélique à faire faillir les cœurs ! Un film solaire sur un sujet pourtant déconcertant et grave dont l’actualité est malheureusement beaucoup plus sombre. Otto est un héros de conte qui nous dit qu’on peut surmonter tous les obstacles.

3.5

RÉALISATEUR : Félix de Givry
NATIONALITÉ : France, Belgique
GENRE : Drame
AVEC : Milo Machado-Graner, Jane Beever, Françoise Lebrun
DURÉE : 1h33
DISTRIBUTEUR : Diaphana Distribution
SORTIE LE 9 septembre 2026