Tinnitus : la peur des acouphènes

Deuxième long-métrage de Gregório Graziosi, Tinnitus mélange thriller et sport, avec les efforts physiques compromis par les sons diaboliques des acouphènes, ces bourdonnements incessants affaiblissant considérablement nos capacités auditives. La championne des bassins se retrouve ici en lutte contre un monstre intérieur, ce bruit désagréable. Sans être véritablement transcendant, le réalisateur propose un résultat qui penche plutôt vers le cinéma de genre, un drame horrifique se situant dans le milieu sportif. Lent et sans doute trop inconsistant, le film a tout de même l’ambition d’innover, mettant en avant le courage d’une athlète face à ce mal qui la ronge.

Marina, 30 ans, ancienne plongeuse professionnelle, décide de retourner plonger, malgré la violence de ses acouphènes.

Tinnitus interroge sur beaucoup d’éléments, sur la question de la bataille contre la maladie, les possibilités de survie, et la force d’un mental à toute épreuve. En somme, il s’agit d’un portrait de sportive combattante, prête à aller au-delà des limites.

Gregório Graziosi a manifestement bien élaboré son scénario, recherchant des informations détaillées sur ces fameux acouphènes, cette pathologie incurable qui rend souvent la vie très compliquée. Oppressante et jugée bien invalidante, elle est aussi à l’origine d’une perte auditive pouvant être irréversible. Dans Tinnitus, le personnage de la jeune femme subissant ces désagréments est intéressant, car il apporte un éclairage instructif sur ces bourdonnements et ces conséquences affectant autant le physique que le mental. Pour cette championne de natation pour qui le silence devient propice à la concentration, ce désordre sonore l’empêche de pratiquer sa spécialité sportive. Retirée des bassins, elle trouve un apaisement dans les eaux d’un aquarium. Cependant, la passion du sport est telle que cela agit comme une envie irrépressible de pouvoir replonger dans une piscine, et retrouver la compétition. Ainsi, le cinéaste expose une sportive se créant un défi de taille, celui de supporter ces acouphènes, en faire abstraction. En dépit des conseils des praticiens la suivant attentivement, Marina décide de prendre un risque certain. Dès lors se développe le portrait d’une survivante, et non d’une victime baissant les bras face à un obstacle.

Nous entendons ces bruits, les vivons avec ce personnage dont on partage la souffrance. Tinnitus décrit une partie de l’anatomie, meurtrie par les sons. On est à la lisière d’un thème cher à David Cronenberg, dont on sent l’influence. L’horreur est cependant un peu trop absente de ce film.

C’est là que Tinnitus perd un peu de son intérêt. En effet, Gregório Graziosi préfère une approche sociétale plutôt qu’horrifique, dénonçant par ailleurs un environnement extrêmement bruyant favorable au développement des maladies auditives, avec un volume sonore fragilisant l’oreille. L’horreur s’efface, même si l’on comprend les difficultés persistantes dues aux crises souvent très violentes. Tinnitus traite ce sujet en surface, et mélange tout cela avec une rivalité sportive, l’un des clichés du sport moderne, et en y ajoutant une pointe de misogynie, bien sûr maladroite. Le metteur en scène privilégie la pression de la compétition à celle du corps, oubliant ainsi tout un potentiel horrifique. Le film verse finalement dans la banalité, le rendant oubliable et dispensable, et ce malgré toute une matière suffisante pour en faire une bonne œuvre de genre. Au lieu de cela se dressent ces petites guerres pour accéder à la notoriété sportive. Tinnitus ne joue sans doute pas assez sur les conséquences de ces sensations auditives anormales, et c’est fort dommage.

 

2.5

RÉALISATEUR :  Gregório Graziosi
NATIONALITÉ :  Brésil
GENRE : Drame
AVEC : Joana de Verona, Andre Guerreiro Lopez, Indira Nascimento
DURÉE : 1 h 45
DISTRIBUTEUR : Wayna Pitch
SORTIE LE 5 juillet 2023