Juste pour une nuit : pour un flirt avec toi

Plus d’une quinzaine d’années auparavant, Will Gluck était un talent prometteur de la comédie romantico-sexuelle. Sans pour autant révolutionner le genre, Easy girl (2010) et Sexe entre amis (2011) possédaient ce mélange explosif d’ingénuité et de gentil libertinage qui a laissé de bons souvenirs à tous leurs spectateurs. L’un a révélé une certaine Emma Stone qui a fait bien du chemin depuis ; l’autre enfonçait de cent mille coudées l’antédiluvien Sex Friends avec Natalie Portman, et donnait leurs meilleurs rôles à Mila Kunis et Justin Timberlake. Après un détour du côté de la comédie musicale (Annie) et du film d’animation (les deux Pierre Lapin), le spectateur a retrouvé Will Gluck sur son terrain de prédilection, avec Tout sauf toi, succès mondial, avec Sydney Sweeney, et Glen Powell, et donc aujourd’hui Juste pour une nuit, avec Monica Barbaro et Callum Turner. Dans une ère où la vulgarité a presque tout envahi et les réseaux sociaux s’érigent en tribunal du bon goût, la comédie romantico-sexuelle de Will Gluck a-t-elle de beaux jours devant elle ou a-t-elle irrémédiablement changé?

Quand Owen, qui vient de se faire larguer, rencontre Allie, qui croit encore au grand amour, l’étincelle est immédiate. Mais une série de maladresses et de mésaventures vont continuellement séparer les deux seuls célibataires de la ville qui espèrent plus qu’une aventure cette nuit-là. À force de courir et se croiser sans jamais se trouver, ils pourraient bien réaliser que ce qu’ils cherchent est plus près qu’ils ne l’imaginaient.

Will Gluck ne fait pas grand’chose de son postulat improbable, n’ayant aucune réflexion sur la solitude, la fornication ou les couples sans lendemain, les encourageant néanmoins plus que les condamnant.

Si on se reporte aux films des débuts de Will Gluck, Easy Girl et Sexe entre amis étaient ders films plutôt fins, légers, presque subtils, qui radiographaient un certain état de la comédie américaine, que l’on qualifiera par commodité et simplification rapide, de post-Apatow, introduisant une certaine grivoiserie, exempte pourtant de vulgarité. Bien que soi-disant inspiré par Beaucoup de bruit pour rien d’un certain William Shakespeare, .Tout sauf toi fonçait sans retenue vers le cliché et le lieu commun. Il en est malheureusement de même pour Juste pour une nuit. Pourtant issu d’un parti pris quasi dystopique, le film montre ainsi Allie et Owen vivant dans un monde où les relations amoureuses sont réglementées, et où il n’est permis qu’une seule fois par an d’avoir des relations sexuelles hors mariage;

Contrairement aux régles ludiquement absurdes de The Lobster, Will Gluck ne fait pas grand’chose de son postulat improbable, n’ayant aucune réflexion sur la solitude, la fornication ou les couples sans lendemain, les encourageant néanmoins plus que les condamnant. A part cela, il est proprement hallucinant de voir encore des comédies romantico-sexuelles ne pas prendre en compte le phénomène #MeToo, et encore moins le spectre du Sida relégué aux abonnés absents, dans leur écriture. On suivra donc tout au long du film Allie et Owen partir à la recherche d’un préservatif providentiel, accompagnés d’une musique pop tonitruante et insupportable, pour pouvoir forniquer avec des partenaires de hasard, avant de se rendre compte un peu plus tard que cela n’était peut-être pas si important que cela en avait l’air.

On se trouve presque sur le point de rire du film malgré lui, lorsqu’il convoque fort mal à propos le souvenir deElle et lui, de Leo McCarey, symbole classique de la comédie romantique élégante et quelque peu surannée. Vu l’absence totale de contenu narratif et thématique, le principal intérêt du film semble se focaliser dans le filmage de Monica Barbaro, déambulant en petite tenue dans les rues de New York, charmante actrice, remarquée dans le rôle de Joan Baez dans Un Parfait inconnu de James Mangold, mais qui mérite sans doute mieux que de tourner dans des pochades de bas étage. Déplorons donc que la vulgarité ait gagné le cinéma de Will Gluck et recouvert le talent qui pouvait encore subsister en lui.

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RÉALISATEUR : Will Gluck 
NATIONALITÉ : américaine
GENRE : comédie, romance
AVEC : Monica Barbaro, Callum Turner, Maya Hawke
DURÉE : 1h42
DISTRIBUTEUR : Universal Pictures International France
SORTIE LE 12 août 2026