Garance Marillier : rencontre avec une enfant prodige du cinéma

Notre rédaction l’a élue meilleure actrice de l’année 2017, devant Elisabeth Moss, Scarlett Johansson ou Jennifer Lawrence. Elle, c’est Garance Marillier, la révélation stupéfiante de Grave, un film « de genre d’auteur » signé Julia Ducournau qui a fait sensation dans un cinéma français encore frileux et assez conservateur. Quand elle a su que nous l’avions élue, cela lui a d’abord fait extrêmement plaisir et elle nous a ensuite immédiatement promis de nous accorder une interview. En dépit d’un planning surchargé en période pré-César, en femme de parole, elle a bien évidemment tenu sa promesse. A vingt ans à peine, Garance Marillier fête déjà ses neuf ans de carrière. Comédienne surdouée, elle est aussi une femme engagée qui défend mordicus, si l’on peut dire, ses convictions de femme et citoyenne. Il n’existe surtout pas de secret : si elle est très douée, c’est qu’elle possède également un goût impeccable : Lynch, Hitchcock, Wong Kar-wai, Terrence Malick, autant de cinéastes dont nous revendiquons comme elle l’influence et pour lesquels nous partageons la même admiration. Faisant preuve d’une maturité affolante se conjuguant à une énergie débordante, elle travaille aussi beaucoup car elle sait parfaitement que le don ne suffit pas. A quelques jours de la Cérémonie des César, nous avons dressé le bilan de sa jeune mais fulgurante carrière. En quelques questions-réponses, se dessine ainsi le portrait d’une artiste en devenir, pleine de promesses, que nous espérons retrouver très souvent. L’avenir lui appartient.

Garance, ce n’est pas commun comme prénom. Je suppose que vos parents sont extrêmement cinéphiles et admirateurs des Enfants du Paradis, en particulier du personnage d’Arletty. Les autres membres de votre famille ne s’appellent pas Baptiste et Pierre-François?

Non, pas du tout. Oui c’est un hommage aux Enfants du Paradis mais mon frère et ma soeur ne sont pas du tout dans la thématique (rires). 

Votre père est musicien et votre mère travaille dans la production théâtrale,  je crois. Quels sont les premiers films  qu’ils vous ont emmenée  voir ou montré à la télé,  qui vous ont marquée ?

Je n’ai pas souvenir du premier film que je suis allée voir avec mes parents. En revanche, mon premier souvenir de cinéma est Le Roi et l’Oiseau [film d’animation de Paul Grimault de 1952, ndlr]. Le premier film qui m’a marquée vraiment, c’était Vertigo d’Hitchcock, que j’ai dû voir à onze ans. 

C’est précoce pour Vertigo car c’est un film assez sombre…

Bah oui, cela m’a traumatisée mais après, dans l’année qui a suivi la première fois que je l’ai vu, je l’ai visionné une vingtaine de fois. C’était une obsession.

Une obsession pour un film qui parle d’obsession…Une obsession qui pourrait s’appeler cinéma…[Vertigo est le film classé numéro 1 dans le classement des meilleurs films du monde, établi par des critiques et des metteurs en scène, selon le magazine Sight and Sound, ayant détrôné Citizen Kane en 2012, ndlr]. Vu qu’une bonne partie de votre famille travaille dans la musique (votre père et frère percussionnistes), vous auriez pu aussi devenir musicienne. Vous avez commencé par la musique, d’ailleurs.  Qu’est-ce qui a fait que vous avez préféré devenir comédienne ?

Tout simplement parce que c’était trop compliqué de faire le lycée + Grave + la musique. En plus, c’était vraiment un gros travail, la musique et il aurait fallu que je garde la même rigueur dans le travail. Et je n’arrivais pas à concilier école, théâtre et musique. Donc j’ai fait le choix d’arrêter la musique. Je continue à jouer quand même de temps en temps. La musique ne m’a pas du tout abandonnée car, même quand je joue, cela m’aide pour les émotions.

Cela vous a aidée à des moments précis du tournage de Grave?

Quasiment tout le temps. En termes de rythme, d’intonation, tout cela pour moi, c’est en fait de la musique.

Contrairement à votre personnage dans Grave, vous n’êtes pas du tout végane. En connaissez-vous autour de vous ? Si oui, vous ont-ils inspirée pour composer le personnage de Justine ?

Non, pas du tout. Je n’en connais pas. D’ailleurs je n’aurais pas aimé étudier ça. 

Ce n’est pas une recherche qui vous aurait intéressée éventuellement?

Non parce qu’on ne faisait pas un film sur la typologie végane. Pour moi ce n’était pas nécessaire de me renseigner plus que ça sur ça.

Julia Ducournau vous a-t-elle incitée à voir certains films pour vous inspirer de certaines performances d’acteurs comme Anthony Hopkins dans le Silence des agneaux?

Oui, Mulholland Drive de Lynch, La Mouche de Cronenberg, un extrait du Cercle (l’adaptation américaine de The Ring) avec Naomi Watts, et aussi Trainspotting pour la scène de marche. 

Dans Junior [le premier court métrage de Julia Ducournau, déjà avec Garance Marillier, ndlr], vous creviez déjà l’écran. Peut-on considérer qu’il s’agit du même personnage que la Justine de Grave, d’autant qu’elle porte le même prénom ?

Eh bien, la réponse n’est pas claire. Après on peut considérer que les deux jeunes femmes ont le même prénom. En fait il n’existe pas de réponse définitive.

Pensez-vous qu’on pourra voir ce personnage encore grandir et évoluer ?

Bah oui je pense. Après, je ne suis pas dans la tête de Julia [Ducournau, la réalisatrice et scénariste de Grave] mais je crois que les personnages qu’elle crée ont plusieurs vies.

Grave commence comme un film de Cronenberg (le crash d’accident de voiture) et se poursuit comme tel. Pourtant vous dites ne pas apprécier les films d’horreur.

Ce n’est pas que je ne les apprécie pas, c’est que j’en ai terriblement peur et donc que je n’en ai jamais regardé. Même regarder une bande-annonce, pour moi, c’est impossible.

Mais vous avez quand même été obligée de regarder La Mouche…

Ah mais pour moi ce n’est pas du tout un film d’horreur, c’est un film de genre. C’est quelque chose de très personnel.

Qu’est-ce que vous appelez les films d’horreur?

Les films d’horreur commerciaux. Cela ne passe pas du tout pour moi. Du coup, je ne regarde que les bandes-annonces…Des films comme Saw ou Insidious.

Quand vous voyez Grave, est-ce que vous parvenez à faire abstraction de vous et des souvenirs du tournage, et à le voir comme un film d’horreur, comme les autres spectateurs du film ?

Forcément non car je connais toutes les ficelles, l’envers du décor donc je n’ai pas le même recul que tous les spectateurs. Je l’ai joué de A à Z donc je n’ai pas la même vision qu’un spectateur normal.

Donc il ne vous fait pas peur?

Bah non parce que je connais tous les « trucs ».

A certains moments très précis, on pense à certains films comme Dans ta peau de Marina de Van pour la séquence d’allergie cutanée.

Je vois très bien ce que c’est mais je ne l’ai pas vu.

Vous n’avez pas souhaité le voir?

On m’en a surtout parlé pendant la promo mais ce n’est pas une des références de Julia à l’écriture ou pendant le tournage.

Le plan sur l’homme âgé dans l’hôpital est typiquement un plan de David Lynch, avec l’éclairage qui saute.

C’est un hommage, un clin d’oeil, ces personnages glauques qui arrivent de nulle part et qui repartent.

En plus, avec cet éclairage qui saute…

Oui, mais ce n’était pas prévu. C’est vraiment quelque chose qui a sauté…

Ah oui? C’est vraiment une belle coïncidence…(elle rit)…

De même, pour la découverte du corps d’Adrien que l’on croit endormi, qui ressemble pas mal à la découverte du corps de Judy Davis dans Barton Fink des frères Coen, y avez-vous pensé pendant le tournage ? 

Je n’ai pas vu le film donc je ne sais pas.

Le scénario de Grave accumule à un moment les scènes-chocs, l’allergie, l’ondinisme debout, le vomissement de cheveux, l’épilation, etc…C’est un rôle très physique, voire très sexué, (la séquence du miroir, celle sous les draps), ce qui  peut surprendre, voire choquer surtout à l’âge que vous aviez au moment du tournage (15 ? 16 ans ?) A un moment en lisant le scénario, n’avez-vous pas eu peur , en vous disant « Julia a vraiment une imagination débordante. Je ne suis pas sûre d’aller où elle veut m’emmener » ?

Non je n’ai pas pensé qu’elle allait trop loin. J’étais surtout contente que ce soit Julia qui le fasse. Parce que j’avais complètement confiance en elle et que je savais qu’avec d’autres, cela pouvait être très vite raté.

Est-ce que certaines séquences ne figuraient pas dans le scénario, ce qui rendait encore plus difficile la manière de les appréhender ?

Non, tout était dans le scénario, certaines scènes sont apparues plus tard, mais tout était écrit.

La séquence du miroir aussi?

Oui, cela fait partie des séquences qui sont arrivées plus tard, la séquence du miroir, celle des draps, mais elles figurent dans le scénario, ce n’était pas du tout quelque chose d’improvisé.

Julia Ducornau a su vraiment mettre en valeur votre étonnante et fascinante cinégénie que je définirai comme le contraste entre votre regard profond d’adulte, votre front d’intello et un sourire ravissant qui appartient à l’enfance. Vous trouvez-vous « moyenne » comme le dit votre personnage dans le film ?

Non, enfin, heureusement, je ne pense pas tout ce que pense mon personnage. Je ne me trouve pas moyenne dans la vie (rires).

Certains de mes collègues sont de grands fans de vous et vous trouvent très mignonne. C’est pour vous rassurer, si pour autant, vous aviez besoin de vous rassurer…

Ah d’accord…Non pas du tout, merci, cela va très bien (rires).

Ce qui m’a le plus épaté, en revoyant le film, c’est votre côté comique, même si on n’y pense pas spontanément.  A certaines répliques (« pourquoi on fait véto ») ou séquences, en particulier la séquence d’épilation, on est pliés de rire. C’est un équilibre formidable et difficile à réussir, de jongler entre la peur, l’émotion et le rire.

C’est, je pense, la justesse d’écriture de Julia qui parvient à écrire des dialogues très bien écrits, extrêmement drôles, pour mettre le spectateur à l’aise, pour poursuivre sur des scènes hyper gores, et donc parvenir à nous surprendre.

C’est même pendant la scène effrayante une réplique qui permet de soulager la tension. Est-ce que vous pensez développer cet aspect comique dans vos prochains rôles ? Est-ce que vous rêvez de faire rire ?

Je ne vois pas cela forcément comme un objectif. Mais j’ai évidemment envie de tester un grand nombre de choses donc une comédie bien écrite, pourquoi pas?

Parce que par rapport à votre choix de rôles, vous allez sans doute essayer de diversifier pour ne pas rester dans la même tonalité. Si vous recevez un peu le type de rôles que celui de Grave, vous n’aurez pas l’opportunité de vous épanouir en tant que comédienne.

Oui, je vais essayer en tout cas. Je ne souhaite pas jouer le même type de rôles et j’espère que je ferai les bons choix.

Que pensez-vous des réactions violentes au film (les évanouissements à Toronto, les sacs de vomi pour les spectateurs de salles à New York) ?

Je n’en pense pas grand’chose. Les gens font de la promo comme ils peuvent, comme ils veulent. Ce n’est pas nous qui avons édité des sacs, ce n’est pas Julia ni la production. Ce sont peut-être ceux qui sont chargés de vendre les films, c’est-à-dire les distributeurs américains, qui veulent amasser le plus de spectateurs en en faisant un film d’horreur, absolument choquant. Néanmoins, c’est un film qui peut provoquer des réactions physiques donc peut-être que les sacs à vomi étaient utiles dans certains cas.

Vous ne pensez pas que c’est un peu excessif? Car on pourrait dire que ce n’est qu’un film…

Je suis d’accord mais c’est de la promo. C’est avant tout de la communication.

Je n’évoquais pas seulement les sacs mais aussi les évanouissements. Ce sont des réactions très violentes.

Oui, ce sont des personnes très sensibles mais c’est un film qui joue les choses à fond et met très mal à l’aise.

Certes mais les spectateurs sont prévenus s’ils vont voir Grave qu’ils vont être exposés à des scènes assez graphiques voire gores.

Je n’ai pas la réponse. Je ne suis pas allée interroger les spectateurs qui se sont évanouis. Je ne sais vraiment pas. Chacun a sa sensibilité.

Ils se seraient peut-être évanouis de nouveau en vous voyant! (rires). Par rapport à votre métier de comédienne, pensez-vous être quelqu’un de timide ou pas du tout, ce qui vous permettrait de vous exprimer au mieux par le jeu ?

Oui, j’ai le tempérament de quelqu’un d’assez timide, je ne me prête pas énormément au jeu des mondanités. Je travaille beaucoup dans une école de théâtre. Néanmoins je n’ai pas l’impression de ne pas m’exprimer dans la vie ni de le faire surtout à travers mon métier. Ce qui est sûr, c’est que mon métier me permet de vivre plein de choses, pour de faux, et du coup, un peu pour de vrai et cela, c’est génial.   

 Vous avez participé en voix off à Hotaru, un court métrage remarqué de William Laboury avec Julia Artamonov. Comment êtes-vous arrivée sur ce projet ? William Laboury, c’est un étudiant de la Fémis comme Julia Ducournau?

Oui, absolument. Il était en section montage [Julia Ducournau était en section scénario, ndlr]. Il m’a contactée pour faire cette voix off. Son univers m’a beaucoup plu donc j’ai accepté.

Qu’est-ce qui vous a plu dans cet univers?

Eh bien c’est de la science-fiction, un peu de l’anticipation. C’est un genre que j’aime beaucoup et cela me plaisait d’en faire partie.  

La transition est excellente.  J’ai lu que vous avez participé récemment à Ad Vitam, une série SF et polar de Thomas Cailley et Sébastien Mounier, produite par Arte. Est-ce que vous pouvez nous en parler ? Vous avez fini de la tourner?

Oui, c’est fini. On a tourné de septembre à décembre. C’est une série d’anticipation. Je ne sais pas très bien comment vous la pitcher mais cela se passe dans un monde où les gens peuvent se régénérer et donc être immortels. On assiste à des vagues de suicides collectifs de jeunes adolescents. L’enquête est menée par un flic de 130 ans joué par Yvan Attal. En fait la régénérescence opère un rajeunissement de l’apparence et tout le monde paraît quarante ans, une fois régénéré. C’est pour cela que, même âgé de 130 ans, il paraît être comme Yvan Attal. Le flic va être accompagné d’une jeune fille qui a été internée depuis douze ans, pour l’aider dans son enquête, en tant que « taupe ».

Et ce rôle est très différent par rapport à celui de Grave?

Oui, les deux personnages n’ont rien à voir. C’est un personnage très fort, direct et buté qui a également des failles. La personnalité est complètement opposée à celle de Justine.

Thomas Cailley (Les Combattants) a réalisé tous les épisodes?

Oui.

Par rapport à Julia, c’était un style de mise en scène différent?

Je ne saurais trop les comparer. Je me suis très bien entendue avec les deux mais c’est très différent. Ce n’est pas le même genre ni le même format.  

C’est quand même la même génération?

Oui, c’est vrai. Mais je ne pense pas que ce soit un critère de direction.

Une question d’actualité : comment vous situez-vous par rapport au mouvement #metoo et l’association Time’s up ?

Eh bien c’est très délicat donc j’espère que vous allez pouvoir bien retranscrire cela car il s’agit de notre parole de femme et cela ne concerne pas du tout notre art. Je suis assez prudente avec les journalistes sur cette question car cela peut être très vite déformé ; du coup le sens n’est plus du tout le même. Je soutiens évidemment ce mouvement et j’espère que cela ne va pas représenter que des paroles Ils vont collecter environ 3 millions de dollars et j’espère qu’en France la portée de cette association sera grande car ce ne seront pas que des mots mais aussi des actions. Moi je crois sincèrement en la justice. Ce qui serait formidable, c’est que ces actes d’harcèlement, d’irrespect, d’abus de pouvoir cessent et qu’ils soient condamnés de la manière la plus juste et dure possible. Donc voilà, moi j’attends une tolérance zéro vis-à-vis de cela.

Par conséquent la tribune des 100 sur la liberté d’importuner cosignée par Catherine Deneuve, cela vous a plutôt choquée ?

Cela m’a carrément plus que choquée, cela m’a insultée.

Pour me faire un peu l’avocat du diable, certains se demandent si par rapport à certains metteurs en scène et acteurs accusés, les accusations sont réellement fondées?

Mais en fait ce n’est pas du tout un sujet marrant. Personne ne peut croire qu’une femme va se lever le matin et aller accuser son voisin ou son réalisateur de viol. Ce n’est pas du tout un sujet drôle donc je pense qu’il n’y a pas de fumée sans feu. A un moment, il faut arrêter de nous faire passer, nous, pour des folles complètement hystériques qui veulent à tout prix être en quête de buzz. Je pense qu’on n’a pas le choix. Croire qu’on l’a, c’est sexiste et complètement injuste.

Vous savez, je suis d’accord avec vous…  

Non mais je ne m’énerve pas contre vous mais contre cette parole qui prétend que ces accusations sont infondées, qu’on chasse les hommes et qu’on revient à un puritanisme total. En fait on demande juste un peu de respect. Ce n’est même pas de la politesse, c’est juste du respect.

Par rapport à ce type de questions, le cas-limite est celui de Woody Allen qui n’a jamais été véritablement résolu…

Mais absolument! Je pense qu’à un moment, il faut se poser les bonnes questions et que ces personnes-là, elles doivent être jugées. Moi je pense que dans un an, Woody Allen refera un film. Et dans cinq ans, ce sera exactement pareil, il aura payé les meilleurs avocats de la planète. Il sera de retour et personne ne dira rien. C’est justement cela dont j’ai assez, c’est que les gens ne soient pas punis par la loi. Il faut qu’on la fasse respecter et je crois qu’il y a seulement 3 % de cas de harcèlement, de violences qui sont condamnés. Je trouve cela complètement scandaleux. Je crois que le vrai scandale, il est aussi là.  

Quel est le (a)  premier(e) acteur (ou actrice) qui vous a donné envie de devenir actrice ? Dans quel film (ou série ou pièce de théâtre) ? Et pourquoi ?

Je pense que ce doit être Kim Novak dans Vertigo.

Parce qu’elle a un double rôle dans Vertigo donc c’est encore plus fascinant…

Oui, exactement. C’est complètement le sujet. C’est le fait qu’il n’y ait pas une seule facette dans l’être humain et c’est elle qui l’incarne particulièrement bien.

En 2017, vous avez particulièrement aimé Twin Peaks comme série et Song to Song de Terrence Malick, choix que nous partageons. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

Twin Peaks, j’ai adoré les deux premières saisons. J’ai trouvé que c’était complètement révolutionnaire en matière de série télé. Même moi qui regarde des séries, je n’imagine même pas ce que cela devait représenter comme coup de tonnerre à l’époque. Un humour tellement particulier, tellement fin, incroyable, Et même la direction d’acteurs…Je pense que c’est le meilleur, Lynch. J’ai donc suivi la saison 3 très attentivement, chaque semaine. Cela m’a terriblement touché, j’ai retrouvé plein de références à tous ses films, comme une sorte de testament. J’ai trouvé ça vraiment très beau. Cela peut se revoir à l’infini. Quant à Song to song, c’est vraiment un genre de narration très audacieux aujourd’hui que je respecte et qui me touche donc voilà pourquoi j’ai aimé.     

Quels sont les derniers films et séries que vous avez aimés en 2018 ?

Qu’est ce que j’ai bien pu voir récemment?…Je suis allée voir hier La Forme de l’eau. C’est pas mal, c’est joli, un bon film américain. C’est surtout un énorme hommage à Elephant Man. Mais sinon, j’ai vu Narcos, la saison 3 que j’ai beaucoup aimée et je crois que c’est tout, malheureusement. J’ai eu un emploi du temps chargé et donc je n’ai guère eu le temps de voir grand’chose.

Vous n’avez pas vu Three Billboards?

Non je ne l’ai pas vu. Je crois que je suis en train de le rater mais en même temps, je pense que je pourrai le rattraper après. Je ne pense pas que ce soit indispensable de le voir au cinéma.

Ah car vous faites une différence entre ce que vous allez voir au cinéma et ce qui peut être vu à la télé ou sur un écran d’ordinateur?

Bah clairement. Par exemple, GravityInception ou Interstellar, c’est absolument impossible de le voir chez soi sur un ordi ou une télé, il faut le voir au cinéma. Par contre, Cinquante nuances de Grey, il vaut mieux le voir sur un ordi qu’au cinéma! Je vous donne les opposés mais il existe clairement une différence. Mais attention, je ne mets pas du tout Three Billboards au même niveau que Cinquante nuances de Grey!

Oui, j’avais bien compris. Le contre-exemple, ce serait Twin Peaks que l’on devrait voir au cinéma et qui est diffusé à la télé ou sur un écran d’ordi. On ne peut pas le voir au cinéma, sauf exception, alors qu’on devrait…

Oui, le cinéma qui projetterait Twin Peaks, je le respecterais beaucoup, si cela arrive…

Enfin quels sont vos trois films favoris de tous les temps, ceux que vous emmèneriez sur une île déserte ?

En premier, Vertigo. En deuxième, Twin Peaks fire walk with me, en-dehors de la série. Et en troisième, Chungking Express de Wong Kar-wai.

Wong Kar-wai, cela me fait penser que vous avez un petit côté asiatique dans votre silhouette, votre visage, votre façon de jouer, assez méditative parfois…C’est très beau d’ailleurs…

Ah oui, cela vient peut-être de mes ancêtres…

Enfin dernière question, par rapport aux César qui se passent dans une semaine [l’interview a été réalisée vendredi 23 février, ndlr], qu’en pensez-vous? Comment appréhendez-vous la cérémonie?

Oui, tant mieux que ce soit dans une semaine, ça commence à faire un peu long! (rires) Je suis vraiment très heureuse pour le film, pour toutes ses nominations. Pour moi, tout cela, c’est du bonus. Le travail a été fait et récompensé par cette présence aux César. C’est vraiment super pour un film comme ça d’être aux César. C’est déjà beaucoup.

Ah oui c’est même énorme, il n’y a jamais eu de film de genre nommé à ce niveau-là…Mais par rapport à vous, en particulier?

Moi je le prends vraiment très simplement. Ce n’est que du bonus. Pour moi, ce n’est pas cela qui me fera mieux jouer. Donc je préfère rester calme et simple par rapport à cela, plutôt que de m’emballer. D’y être, cela représente déjà beaucoup pour moi, en fait. Evidemment ce serait une super-récompense mais pour moi, l’important, c’est de continuer à travailler.  

Vous appréciez le travail de celles qui sont nommées dans la même catégorie que vous? Vous avez vu leurs films?

J’ai tout vu sauf Les Gardiennes, il faut absolument que je le voie. Ce qui est bien, c’est que c’est très diversifié. On n’a pas le même âge, on n’a pas le même physique, on est parfois dans des genres complètement opposés. C’est absolument impossible de se comparer. On verra.

On croise les doigts pour vous.

Merci, je prends ! (rires). 

Entretien réalisé par David Speranski le 23 février 2018.