Hair, Paper, Water : l’esprit d’un peuple menacé de disparaître

C’est le deuxième documentaire de format long-métrage réalisé par Nicolas Graux après Century of Smoke (2019) s’intéressant à un fumeur d’opium laotien, présenté dans de nombreux festivals où il a obtenu quelques prix dont celui du Léopard d’Or 2025 à Locarno dans une sélection exclusivement réservée aux premières et deuxièmes œuvres de jeunes réalisateurs venant du monde entier : le Concours des cinéastes du présent. Le film nous dresse le portrait d’une vieille femme appartenant à une petite communauté vietnamienne située dans la province de Quang Binh traditionnellement chasseuse-cueilleuse dont la langue est en grave danger d’extinction. C’est le ruc dont le vocabulaire est égrené sous la forme d’un abécédaire en voix off par la vieille femme qui tente d’en transmettre la connaissance à son petit-fils qui répète après elle plus ou moins maladroitement les mots prononcés. Elle est née dans une grotte – première image du film – il y a plus de soixante ans et se rend à Saïgon pour y assister sa fille qui vient d’accoucher d’un nouveau bébé.

Tout de suite la grande ville est représentée à travers tout ce qui perturbe le flux calme et indolent de la vieille femme : le capharnaüm des cyclos, des motos et des voitures qui klaxonnent au milieu d’une ruée vers on ne sait quel Graal, et les hautes tours d’immeubles qui la terrifient, craignant le peu de solidité des édifices, en ayant vu d’autres à la télévision s’écrouler : une grotte est tout de même plus solide. La caméra vole des moments fugaces pris à la vie quotidienne de l’aînée de trois sœurs qui posent pour la photo ensemble : cueillant au sein de la forêt des herbes médicinales pour apaiser les douleurs de l’accouchement ou pour protéger l’enfant nouveau-né. Il y a même de quoi lutter contre le COVID, un remède sûr d’après ses dires. Les conditions de vie sont sommaires et la misère, sociale comme matérielle, guette. Ainsi, le petit enfant explique vouloir rester vivre avec sa mère car son père le frappe. Un autre enfant témoigne dans le même sens, pointant du doigt l’alcoolisme de ce dernier qui travaille au loin.


Un film à la dimension spirituelle évidente propice à la méditation

Mais au milieu de tout cela, la poésie des mots et des images règne tout au long du documentaire. L’eau envahit tout, dévastant les villages, en trombes s’abattant le long des ruelles boueuses, et les maisons, faites de bric et de broc, sont rapidement inondées. Il faut alors écoper. Mais l’eau est aussi source de vie et de flânerie au fil de laquelle la barque évolue, le petit enfant s’endormant au creux des bras de la grand-mère qui lui apprend les vertus de certains fruits pour éviter la morsure des sangsues. Soudain, cette dernière fait un rêve, celui de sa mère lui enjoignant de revenir à la grotte, de rentrer au foyer. Retour aux origines en quelque sorte et à la vie primitive du peuple ruc menacé de disparaître. Étude sur la maternité et sur tout ce qu’elle révèle de soins, d’attention et de tendresse à l’égard des enfants de l’avenir desquels elle se soucie – conseil de bien apprendre à l’école donné à son petit-fils.

Le documentaire alterne les flashes poétiques d’images semblant prises à la volée surgissant du noir de l’écran avec des séquences relativement plus longues où l’on suit les pérégrinations de la vieille femme le long des routes, dans la forêt ou en barque sur l’eau, imprimant un rythme fait de sursauts d’extase magique sur un fond de quotidien rendu à sa dimension poétique. Une grande réussite visuelle et sonore qui respecte son sujet tout en en délivrant un regard fortement subjectif fait d’humanité et de tendresse. Réalisé avec le concours de Minh Quy Truong, un jeune cinéaste vietnamien dont on avait fait la connaissance via son premier long-métrage intitulé Viet and Nam en 2024. Un film à la dimension spirituelle évidente propice à la méditation. A voir en salles.

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RÉALISATEUR : Nicolas Graux, Minh Quy Truong
NATIONALITÉ : Belgique, France
GENRE : Documentaire
AVEC : Thi Hau Cao, Xuan Doanh Cao, Thi Hieu Cao
DURÉE : 1h11
DISTRIBUTEUR : Petit Chaos Distribution
SORTIE LE 9 septembre 2026