Cinq films en quasiment une vingtaine d’années : Martin McDonagh se presse lentement et ménage sa monture. A sa décharge, il écrit également des pièces de théâtre dont deux rédigées entre 2010 et 2015, depuis qu’il est également devenu cinéaste. Car le premier métier de Martin McDonagh est dramaturge, ce qui se reflète dans la nature principalement dialoguée de ses longs métrages. A partir de Three Billboards : les Panneaux de la vengeance (2017), le rituel artistique est peu ou prou le même : un film préparé et tourné tous les 4 ou 5 ans, une présentation à la Mostra de Venise, suivie d’un Prix, un parcours doré lors de la saison des récompenses, valorisant en particulier l’interprétation et l’écriture, jusqu’aux Oscars, où il reçoit toujours a minima des nominations. Ce fut ainsi le cas pour Three Billboards : Oscar de la meilleure actrice pour Frances McDormand et du meilleur second rôle masculin pour Sam Rockwell ; Les Banshees d’Inisherin ont remporté le prix du meilleur scénario et du meilleur acteur (Colin Farrell) à la Mostra de Venise puis les Golden Globes de la meilleure comédie, du meilleur scénario et du meilleur acteur dans une comédie. Bis repetita cette année pour Wild horse nine qui a offert sur un plateau la Coupe Volpi de la meilleure interprétation masculine à l’immense John Malkovich, signe que Martin McDonagh porte bonheur à ses comédiens.
Peu de jours avant le coup d’Etat de 1973 au Chili, Chris (John Malkovich) et Lee (Sam Rockwell), deux agents de la CIA, sont envoyés de Santiago par leur chef de bureau, MJ. (Steve Buscemi). Au milieu des statues emblématiques de l’île de Pâques, tandis que les partenaires de longue date se débattent avec leur sombre passé et leurs complots actuels, le lien nouvellement créé par Chris avec deux étudiantes rebelles menace de faire dérailler le voyage de tous dans ce paradis isolé.
un humour ravageur, brillamment ironique, une noirceur et une maturité nouvelles.
Le parcours est balisé, la thématique est presque aussi immuable. Chez Martin McDonagh, il est souvent question de tueurs allant la plupart du temps par deux. C’était déjà le cas dans Bons baisers de Bruges ou Seven Psychopaths. Les Banshees d’Inisherin reprenait le duo originel (Colin Farrell et Brendan Gleeson) mais abandonnait la thématique du meurtre pour se concentrer sur la fin d’une amitié. Cette amitié masculine fait également lien avec le film suivant, Wild horse nine. En effet, ce nouveau film traite de l’amitié qui lie deux agents de la CIA, de génération différente, Chris et Lee. Alors que les films précédents traitaient plutôt de la mort que les tueurs pouvaient infliger, cette fois-ci la mort s’invite mais au travers d’un cancer en phase terminale dont est atteint Chris.
Par conséquent, dans la lignée des films Three Billboards ou Les Banshees, Wild horse nine arbore une dimension plus intime, personnelle et funèbre. Dès le départ, Martin McDonagh s’est situé entre Harold Pinter et les frères Coen. Même si ce nouvel opus se situe à nouveau sous l’influence et dans le prolongement des frères Coen (la musique aisément identifiable de Carter Burwell, leur collaborateur musical de prédilection et le côté hémoglobine des balles dans la tête, plus sanglant que jamais, l’humour très sardonique), il atteint une noirceur et une maturité nouvelles, abordant la maladie et la mort, Pinter l’emportant au bout du compte.
Ne nous méprenons pas, McDonagh fait toujours preuve d’un humour ravageur, brillamment ironique (Venise ou les Pyramides au lieu de l’Ile de Pâques, comme dernier séjour). Mais il atteint surtout une profondeur inattendue qu’annonçaient plus ou moins ses deux précédents films, où les personnages se demandent ce qui vaut réellement la peine de vivre : pour sa mère, la fille assassinée dans Three Billboards ; pour Colm, consacrer ce qui lui reste de temps à vivre à composer de la musique ou à discuter avec son ami Pádraic. Ici, Chris finit par se dire qu’il aurait dû tuer moins de gens et passer plus de temps avec des chevaux.
C’est donc l’occasion d’une prestation de grande classe pour John Malkovich, agent de la CIA blasé qui a traîné dans tous les scandales révélés ou cachés de l’histoire américaine des années 50 à 70, y compris l’attentat contre John Fitzgerald Kennedy (!), parfaitement soutenu par le fidèle Sam Rockwell (troisième rôle chez McDonagh après Seven Psychopaths et Three Billboards). Malkovich parvient à atteindre un équilibre assez miraculeux entre émotion digne et sarcasme ironique. En revanche, on peut considérer que le film en lui-même demeure dans les limites d’une écriture brillante mais balisée, un peu « petite joueuse » et mécanique, tournant en rond, qui ne lui permet pas de s’inscrire dans la dimension des grands films, ce qui n’empêchera pas le spectateur cinéphile, à moins de mauvaise foi, de ne pas bouder son plaisir et d’apprécier un spectacle assez jubilatoire.
RÉALISATEUR : Martin McDonagh
NATIONALITÉ : britannique, américaine
GENRE : thriller, comédie dramatique
AVEC : John Malkovich, Sam Rockwell, Steve Buscemi, Mariana Di Girólamo
DURÉE : 1h58
DISTRIBUTEUR : The Walt Disney Company France
SORTIE LE 4 novembre 2026


