L’été nucléaire : sauve-qui-peut

Les deux panaches de fumée blanche rappellent que la machine nucléaire fonctionne à plein régime. Dans l’ombre des cheminées, des éoliennes tournent au gré du vent. A quelques pas de là, des villages, des vies et de nombreux comprimés d’iode. Et si un beau jour, non en raison d’entraînement, la sirène d’une centrale française venait à se déclencher ? Quelle serait la réaction des autorités, de la population ? Dans ce type de tragédie, le voisinage est rarement épargné par les retombées radioactives. Un postulat que le cinéaste Gaël Lépingle, pourtant vigilant à l’image, irradie d’amourettes et autres récits superficiels.

Calfeutré dans son casque, Victor est isolé du monde extérieur. Il court tête baissée, manquant les appels de Charlotte, son amie avec qui il attend un enfant. Est-ce un simple entraînement sportif ou une forme de fuite en avant ? Lorsque la musique s’efface, la réalité lui tombe dessus comme un couperet : la centrale nucléaire voisine claironne sans prévenir, annonciatrice de jours incertains. Sur le chemin du retour, il croise une voiture dans un fossé. Ce sont ses amis d’enfance. Au beau milieu de nulle part et à court de temps face à une menace invisible, ils décident de rejoindre une ferme proche. Les habitants ont pu partir, ils investissent donc la maison dans l’espoir qu’il ne s’agisse que d’un arrêt provisoire. Alors que le réseau téléphonique est saturé et l’accès à internet pratiquement impossible, ils s’agglutinent autour d’une télévision pour comprendre ce qui se trame dehors. Tout est visiblement sous contrôle, toutefois il ne paraît pas délirant d’avaler un comprimé d’iode et de vérifier l’étanchéité des portes et fenêtres. En 24 heures, la vérité peut vite changer de camp et les certitudes s’envoler.

Si L’été nucléaire se laisse regarder sans grande peine, difficile toutefois de ne pas voir dans l’œuvre de Gaël Lépingle un rendez-vous manqué.

Baignant gentiment dans le registre de l’anticipation, L’été nucléaire explore une thématique relativement inhabituelle dans le cinéma français : le nucléaire (on pense à Grand Central de Rebecca Zlotowski). Comme un trait entre les époques, le scénario de Gaël Lépingle laisse planer au-dessus de lui les souvenirs douloureux de l’industrie nucléaire. Si une catastrophe de ce genre venait à se produire en France, faudrait-il aveuglément faire confiance à l’État ? Après les loupés de Fukushima, seul le chauvinisme protège du doute. Outre les autorités, le film s’interroge aussi sur la responsabilité des médias dans cette situation, entre attraction hypnotique et pouvoir de pédagogie. Et de l’autre côté de l’écran, une population en fuite, sans repères face à un désastre sans visage, au caractère irréel. Avec un simple téléphone, un filtre de fortune et une application en guise de compteur Geiger, le groupe d’amis part à la recherche de la radioactivité dans la maison. Pendant ce temps, la nature humaine reprend vite le dessus : les charognards charognent, les égoïstes sont égoïstes. Rien de bien neuf dans l’ombre de la catastrophe.

Malheureusement, bien que bénéficiant d’un fond original, le film s’embourbe rapidement dans un récit superficiel. Malgré une incarnation plutôt convaincante, l’écriture manque cruellement de substance, limitant la portée du film et des genres empruntés. Les personnages manquent de reliefs et l’histoire de piquant. La tension, pourtant réussie dans les premiers instants, s’essouffle assez vite, ne laissant que des histoires sans consistance de drames intimes, de non-dits et de ruptures. Si le cinéaste tente parfois de créer la surprise, l’effet tombe systématiquement à l’eau, la faute à des situations grossièrement amenées. Sur une note plus positive, la réalisation tire son épingle du jeu par son ambiance aussi bien visuelle que sonore : tourné en pellicule, le film mélange efficacement les plans larges et rapprochés, jouant du cadre pour signifier la place de l’homme dans cet environnement commun devenu hostile en l’espace d’une journée.

Si L’été nucléaire se laisse regarder sans grande peine, difficile toutefois ne pas voir dans l’œuvre de Gaël Lépingle un rendez-vous manqué. Passé la surprise de la découverte, le film peine à tenir son récit de bout en bout, sombrant vite dans une histoire aussi inoffensive que superficielle. Dommage car il y avait un vrai sujet à exploiter, le film ne fait que l’amorcer.

2

RÉALISATEUR : Gaël Lépingle 
NATIONALITÉ : Française
AVEC : Shaïn Boumedine, Carmen Kassovitz, Théo Augier
GENRE : Thriller
DURÉE : 1h20
DISTRIBUTEUR : Le Pacte
Prochainement / Présenté dans la sélection LONGS-MÉTRAGES INDÉPENDANTS FRANÇAIS des Champs Elysées Film Festival 2021.