La fin d’Oak Street : le jardin des dinosaures

David Robert Mitchell fait partie des petits prodiges du cinéma indépendant américain qui ont connu leur heure de gloire, avec quelques films, et puis le soufflé est retombé avec un film trop exposé, souvent au Festival de Cannes. On pourra comparer avec profit les trajectoires assez similaires de Richard Kelly et de David Robert Mitchell : un succès certain (Donnie Darko pour Kelly, It follows pour David Robert Mitchell), qui a engendré une hype inévitable, puis une oeuvre (trop?) ambitieuse qui obtient des retours, sinon catastrophiques, du moins mitigés (Southland Tales de Kelly, Under the Silver Lake de DRM). Pourtant il convient de distinguer les deux cinéastes : Kelly ne s’est jamais remis de ce rejet massif ; David Robert Mitchell tente, quant à lui, de se réinventer, qui plus est, dans le cinéma commercial. La Fin d’Oak Street prend ainsi les atours d’un blockbuster estival, pour rendre hommage à un certain Steven Spielberg et à une franchise qui s’est inscrite dans le prolongement de l’utilisation révolutionnaire d’effets numériques..

Suite à un étrange événement cosmique, le quartier d’Oak Street se retrouve transporté en un lieu mystérieux. Les Platt, qui ne reconnaissent plus leur environnement familier, ne tardent pas à comprendre qu’il leur faut absolument rester unis s’ils veulent s’en sortir.

La Fin d’Oak Street prend ainsi les atours d’un blockbuster estival, pour rendre hommage à un certain Steven Spielberg et à une franchise qui s’est inscrite dans le prolongement de l’utilisation révolutionnaire d’effets numériques..

Under the Silver lake était un film fourre-tout, farci de citations en tous genres, où David Robert Mitchell a voulu trop en faire et se trouvait constamment en surrégime, en surchauffe permanente. A la différence de ce précédent film, La Fin d’Oak Street est au contraire très cadré, localisé dans un quartier précis, et resserré sur une famille en particulier. David Robert Mitchell est une sorte de cinéaste convalescent et doit reprendre le B,A BA, plutôt que de s’aventurer dans des volutes baroques et maniéristes. Ce réflexe de retour aux automatismes s’avère assez payant car DRM se pose la question la plus élémentaire et la résout de la manière la plus simple et efficace possible : comment faire cohabiter les membres d’une même famille ainsi que d’autres entités dans le même cadre.

DRM s’en tire plutôt bien, en utilisant la profondeur de champ pour l’apparition discrète d’un serpent de mer, et en organisant un passage de relais entre tous les membres d’une famille au sein d’un plan. Le fait d’insérer des dinosaures dans le quotidien le plus banal rend le film paradoxalement beaucoup plus crédible que dans les suites à rallonge de Jurassic Park, se passant dans des parcs d’attraction géants. Avec le soutien de JJ Abrams, fan inconditionnel de Spielberg, La Fin d’Oak Street est un immense hommage au Maître Steven et à la manière dont il a révolutionné Hollywood dans les années 80 (période du film). On notera également quelques clins d’oeil aux Oiseaux d’Hitchcock, voire quant à [ATTENTION SPOILERS] l’explication du phénomène, les fameux trous de ver d’Interstellar. Tourné en 2024, le film a vu plusieurs fois sa date de sortie modifiée, de mai 2025 à août 2026; Finalement, il a été décidé de le glisser dans la foulée de L’Odyssée, afin qu’il puisse profiter de l’impulsion du film de Nolan, étant donné la présence commune de la rayonnante Anne Hathaway. Conçu comme un divertissement estival, ce film ne va pas chercher midi à quatorze heures, ne nécessitera guère de réflexions approfondies mais apportera sa dose de grands frissons, sans trop de difficultés.

C’est donc un exercice de style dont DRM se tire plutôt de manière satisfaisante, ou si l’on veut, une séance de remise en forme pour un cinéaste ayant perdu ses moyens et en quête d’une réussite réconfortante aux niveaux artistique et financier. Rendre hommage se révèle parfois difficile, entre excès d’humilité et désintérêt profond. David Robert Mitchell trouve une assez bonne distance avec son sujet, en le traitant de manière ludique et malicieuse, sans respect excessif. Dans La Fin d’Oak Street, il s’agit en effet de constater si l’unification d’une communauté peut permettre de la sauver. Dans une perspective idéaliste, conforme au modèle spielbergien et aux conventions hollywoodiennes, le metteur en scène répond oui et nous donne déjà rendez-vous avec un They follow, destiné à réactiver le succès de son film initial.

3.5

RÉALISATEUR : David Robert Mitchell 
NATIONALITÉ : américaine
GENRE : Action, Aventure, Science Fiction
AVEC : Anne Hathaway, Ewan McGregor, Maisy Stella, Christian Convery,
DURÉE : 1h40
DISTRIBUTEUR : Warner Bros France
SORTIE LE 12 août 2026