Barça Zou, premier long métrage de Paul Nouhet présenté à l’ACID au dernier Festival de Cannes, est une très jolie découverte. Sous ses airs de film de vacances et de chronique adolescente, le réalisateur compose un récit à la fois solaire, drôle et doucement mélancolique sur l’amitié, le passage à l’âge adulte et ces souvenirs de jeunesse que l’on tente, des années plus tard, de reconstruire à plusieurs.
L’été de leurs dix-huit ans, Émile, Paul, Hascoët et Léo prennent la route de Barcelone, destination rêvée pour ces jeunes skateurs qui découvrent leurs premières vacances en totale liberté. Il y a les spots, les filles, les soirées, les petites galères, les vannes entre copains et cette impression grisante que le monde leur appartient. Dix ans plus tard, les quatre amis se retrouvent à distance et entreprennent de refaire le film de ce voyage. Mais les souvenirs sont forcément imparfaits, fragmentaires, parfois contradictoires. Et surtout, certaines images ont disparu.
il montre comment un souvenir se fabrique, se transforme et finit par appartenir autant à ceux qui le racontent qu’à ceux qui l’ont réellement vécu.
C’est précisément là que Barça Zou trouve sa plus belle idée. Le film ne se contente pas de raconter un souvenir : il montre comment un souvenir se fabrique, se transforme et finit par appartenir autant à ceux qui le racontent qu’à ceux qui l’ont réellement vécu. Les allers-retours entre les adolescents qu’ils étaient et les adultes qu’ils sont devenus donnent au récit une dimension presque documentaire, tout en brouillant délicatement la frontière entre ce qui a réellement eu lieu et ce que la mémoire reconstruit.
Mais la grande réussite de Paul Nouhet est indiscutablement dans le regard extrêmement juste qu’il porte sur la jeunesse, sans complaisance ni jeunisme forcené. Barça Zou ne cherche jamais, en effet, à transformer ses personnages en héros ou à embellir artificiellement leurs dix-huit ans. Ils sont parfois drôles, parfois agaçants, un peu immatures, un peu bravaches, souvent touchants sans le savoir. Le film restitue avec une étonnante précision cette période où l’on joue encore aux adultes tout en étant profondément adolescent. Cette justesse tient énormément à son casting. Les jeunes comédiens, pour la plupart non professionnels, sont tous remarquables de naturel. Leur complicité donne au film une spontanéité précieuse et une vraie sincérité : on a moins l’impression d’assister à une interprétation qu’à des moments volés à une véritable bande de copains.
Barça Zou ne cherche jamais, en effet, à transformer ses personnages en héros ou à embellir artificiellement leurs dix-huit ans.
Et puis il y a le skate, évidemment. Il accompagne le film sans jamais devenir un simple prétexte spectaculaire. Il participe plutôt à l’énergie du récit, à cette sensation de liberté et de mouvement qui caractérise l’adolescence. Barcelone devient ainsi un terrain de jeu, un décor fantasmé et surtout le lieu d’un été que les quatre garçons savent déjà, sans forcément en avoir conscience, qu’ils ne revivront jamais. Derrière l’énergie et l’humour, Barça Zou laisse progressivement apparaître une vraie mélancolie. Celle des souvenirs que l’on voudrait retrouver intacts, mais qui se sont abîmés avec le temps. Le choix de faire exister à l’écran des images qui ont été perdues est particulièrement émouvant : le cinéma devient alors une tentative de reconstituer ce qui ne peut plus l’être. On filme ce qui n’existe plus pour essayer d’en conserver malgré tout une trace. C’est ce qui donne au film une tonalité plus profonde qu’un simple récit de vacances, qu’un simple coming-of-age. Il ne s’agit finalement pas seulement de savoir ce qui s’est passé à Barcelone, mais de comprendre ce que cette histoire est devenue dix ans après dans la mémoire de ceux qui l’ont vécue. Le présent et le passé se répondent, avec parfois une tendresse désarmante.
Barça Zou constitue en définitive une vraie découverte, sincère et profondément attachante
Pour un premier long métrage, Paul Nouhet affiche ainsi une personnalité déjà affirmée, même s’il n’est pas exclu de voir une influence du cinéma de Sophie Letourneur (par exemple, dans le sentiment de liberté et d’improvisation qui innerve l’ensemble). En ce sens, à aucun moment, Barça Zou n’est un film qui cherche à impressionner : il préfère rester proche de ses personnages, de leurs maladresses et de leurs souvenirs. Barça Zou constitue en définitive une vraie découverte, sincère et profondément attachante, un film de potes qui parle de jeunesse sans nostalgie forcée, de skate sans folklore et de mémoire sans jamais perdre son goût du jeu. On en ressort avec le sourire… et peut-être avec l’envie de rappeler quelques vieux amis pour refaire, à notre tour, le film de nos dix-huit ans.
RÉALISATEUR : Paul Nouhet
NATIONALITÉ : France
GENRE : Comédie dramatique
AVEC : Gaspar Bellegarde, Noah Harray, Lukas Larrue
DURÉE : 1h26
DISTRIBUTEUR : L'Atelier Distribution
SORTIE LE 25 novembre 2026


