Shana : sous le soleil exactement

Présenté au sein de la Quinzaine des Cinéastes 2026, Shana est le premier essai solo de Lila Pinell après une série d’oeuvres dont des courts et moyens métrages documentaires réalisés en collaboration avec Chloé Mahieu, dont un long-métrage de fiction, Kiss and cry, sélectionné en son temps à l’ACID. Shana est en quelque sorte l’aboutissement d’une autre collaboration, celle née d’une amitié avec Eva Huault, à l’époque pré-adolescente repérée lors du casting d’une oeuvre documentaire. Elle s’est d’abord concrétisée avec Le Roi David, moyen métrage mettant déjà en scène le personnage de Shana, ayant reçu le Prix Jean-Vigo 2021 et le César du meilleur court métrage. Brassant de nombreux thèmes, dont l’emprise, la violence toxique, l’appartenance communautaire, la galère économique, (à ne pas confondre avec la pauvreté et la misère), le film de Lila Pinell se singularise surtout par sa verve comique et son énergie solaire permettant de surmonter toutes les épreuves.

Shana traverse les galères du quotidien avec une énergie débordante et le soutien de sa bande de copines. Lorsque sa grand-mère décède, elle hérite d’une bague censée protéger du mauvais œil. Shana a bien besoin de ce coup de pouce. D’autant qu’avec la sortie de prison de son compagnon toxique, les mésaventures s’accumulent !

Brassant de nombreux thèmes, dont l’emprise, la violence toxique, l’appartenance communautaire, la galère économique, (à ne pas confondre avec la pauvreté et la misère), le film de Lila Pinell se singularise surtout par sa verve comique et son énergie solaire permettant de surmonter toutes les épreuves.

Lors du Festival de Cannes 2026, Lila Pinell a poursuivi sa moisson de prix initiée par Le Roi David, en recevant le Prix SACD à la Quinzaine des Cinéastes. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, son film ne vient pas de nulle part ; il n’est pas issu d’une génération spontanée. Alors que Lila Pinell cite comme influences majeures A Serious man des frères Coen, pour le contexte de judéité et Uncut gems des Safdie pour le sens de la galère, Shana semble davantage s’inscrire dans un naturalisme solaire hérité du Renoir de Toni et de Pagnol, ou pour citer des exemples bien plus récents, le Kechiche de La Graine et le Mulet ou de Mektoub my love et Diamant brut d’Agathe Riedinger.

Est-ce en effet un hasard si, sur la bande originale de Shana, on entend le titre Mektoub ou le personnage éponyme évoque la candidate à l’émission de télé-réalité de Diamant Brut? Certes nous ne sommes pas à Sète ni à Marseille mais l’empreinte kechichienne se révèle être assez profonde, rappelant même davantage les films de Hafsia Herzi, en raison de la prépondérance du regard féminin. Comme l’indique son titre, Shana, le film tourne entièrement autour de sa protagoniste principale, de ses peines de coeur, de ses relations compliquées avec sa famille (une mère qui l’a abandonné, une petite soeur qui est considérée depuis toujours comme la préférée), de ses déboires avec l’argent, de ses rapports complexes avec ses origines (famille juive mais ascendance du Maroc via sa grand-mère).

Si le film, vaguement inspiré par Madame de de Max Ophuls, tient ses promesses, c’est avant tout grâce au naturel des comédiennes et de la mise en scène qui ne démérite pas par rapport aux prestigieux exemples précités (Renoir, Pagnol, Kechiche). Les dialogues très écrits, en dépit de leur apparence spontanée, sont souvent truculents et à mourir de rire. Il faut pour donner cette impression de les avoir inventés, féliciter Eva Huault, personnalité imposante, dont la diction grave n’est pas sans évoquer celle d’une Adèle Exarchopoulos, le charisme écrasant celui d’une Béatrice Dalle, ou les formes callipyges celles de Malou Khebizi, l’héroïne de Diamant brut.

C’est le point commun entre les deux films de redonner sinon une noblesse, du moins une dignité ou un intérêt à des personnages a priori peu glamour, étant presque des caricatures de bimbos, Shana se démarquant de son prédécesseur par un humour dévastateur et une vitalité peu commune.

3.5

RÉALISATRICE : Lila Pinell 
NATIONALITÉ : française
GENRE : comédie
AVEC : Eva Huault, Noémie Lvovsky, Inès Ghérib, Anaïs Monah, Bettina de Van
DURÉE : 1h20
DISTRIBUTEUR : Les Films du Losange
SORTIE LE 17 juin 2026