Depuis l’assassinat tragique de Samuel Paty le 16 octobre 2020, on se doutait que ce drame impactant au plus profond la République française allait forcément inspirer un film, qu’il soit de cinéma ou de télévision. C’est chose faite avec L’Abandon de Vincent Garenq, adaptation du livre de Stéphane Simon, Les Derniers jours de Samuel Paty. Il relate en effet les onze derniers jours de l’existence de ce professeur d’histoire géographie dans un collège de Conflans Sainte-Honorine, anonyme au départ devenu par la fatalité du destin un martyr de la République. L’Abandon retrace ainsi avec exactitude et précision jour après jour l’engrenage qui a conduit au résultat épouvantable de la mort de Samuel Paty.
Tout le monde connaît le nom de Samuel Paty, mais peu de gens connaissent réellement son histoire. Le 16 octobre 2020, Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie, est assassiné à la sortie de son collège. À la lumière des enquêtes et des procès, ce film revient sur ses onze derniers jours, et l’engrenage qui a conduit à sa mort tragique.
L’Abandon permet de se faire une idée très précise et fidèle de ce qui s’est passé à cette époque, en suscitant le débat mais sans prendre parti, ce qui constitue la grande force du film mais aussi sa limite principale.
Vincent Garenq, ancien diplômé de la FEMIS section réalisation en 1992, a surtout tourné des documentaires et des fictions pour la télévision, avant de devenir metteur en scène de cinéma en 2008 avec une comédie dramatique sur l’homoparentalité, Comme les autres. Depuis, il s’est spécialisé dans la restitution d’affaires politico-judiciaires (Clearstream, Outreau, Dieter Krombach, etc.) Il paraissait donc le bon client pour mettre en scène l’affaire Samuel Paty. L’Abandon bénéficie ainsi d’une reconstitution très précise, jour après jour, – à la ligne de dialogue près-, quasiment documentaire de l’agenda des onze derniers jours de ce professeur d’histoire géo. On pouvait certainement faire confiance à Vincent Garenq pour effectuer un très bon travail, en étant le plus proche possible des faits qui se sont déroulés.
Pour la première fois, en rôle principal, Antoine Reinartz, remarqué en second rôle dans 120 battements par minute et surtout Anatomie d’une chute en procureur intraitable, prouve à nouveau l’excellence incontestable de son jeu d’acteur. Respectueux de chacun, parfois indécis, profondément tolérant, Samuel Paty prend une dimension humaine d’incarnation, sensible et à fleur de peau, qui peut le rendre proche de tout spectateur. Le reste du casting (Emmanuelle Bercot en principale du collège, les collègues de Samuel, les référents académiques, les élèves, leurs parents) se révèle parfaitement à l’unisson et criant de vérité.
Pourtant, si L’Abandon reconstitue très bien les circonstances de l’engrenage qui a mené à cette mort tragique, il manque de distance par rapport aux faits et de point de vue sur son histoire, se contentant d’un bout-à-bout de tous les jours ayant contribué à la progression de ce drame. Par exemple, le film commence par un court prologue qui fait entendre sur des images de Samuel Paty marchant de dos le 16 octobre vers son destin, la voix d’outre-tombe du professeur avouant qu’il aurait préféré rester anonyme : « je n’ai jamais rêvé d’être un héros…mais que ma vie ait un sens…qu’elle serve à quelque chose. Je n’imaginais pas être exaucé à ce point« . Le film aurait pu se passer cet incipit maladroit faisant intervenir Samuel Paty à la manière de William Holden dans Sunset Boulevard. Paty est souvent filmé de dos, de manière très dardennienne, la caméra se concentrant plus ou moins volontairement sur sa nuque, ce qui va susciter à chaque fois un certain malaise, au souvenir de ce qui est arrivé au pauvre professeur.
Si le film ne verse pas dans le politiquement correct et met directement en cause la jeune élève Bachira Saidi qui a dénoncé sans avoir même assisté au cours « litigieux », son professeur, il eût été possible pour Samuel Paty de concevoir son cours sur la liberté d’expression, en ne montrant pas toutes les caricatures de Mahomet dans Charlie Hebdo, mais seulement quelques-unes, en évitant de montrer celles qui le montrait nu. Il aurait dû comprendre que cela pouvait avoir un caractère offensant envers les membres d’une certaine communauté. Il l’avait d’ailleurs d’une certaine manière compris en proposant aux élèves qui ne souhaitaient pas regardé ces caricatures de sortir de la classe. Mais ce faisant, il s’exposait à une accusation de discrimination envers certains élèves alors qu’il aurait peut-être dû aménager son cours en fonction des diverses sensibilités religieuses. Cette erreur fatale lui a coûté la vie. Car malheureusement Samuel Paty aurait aussi pu éviter ce drame, en contrôlant mieux son cours au départ, même si ses intentions étaient irréprochables.
Certes le film ne permet pas d’exclure, loin de là, la responsabilité du père Saidi dans l’aggravation du drame, en accusant Samuel Paty nommément dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux. Mais Vincent Garenq a tenu à respecter une certaine neutralité à l’égard des acteurs de ce drame, en évitant de les mettre trop ouvertement en cause. Il en est ainsi de la police et des responsables administratifs qui n’ont pas fait grand’chose pour protéger l’infortuné professeur. Tel quel, L’Abandon permet de se faire une idée très précise et fidèle de ce qui s’est passé à cette époque, en suscitant le débat mais sans prendre parti, ce qui constitue la grande force du film mais aussi sa limite principale.
RÉALISATEUR : Vincent Garenq
NATIONALITÉ : française
GENRE : drame
AVEC : Antoine Reinartz, Emmanuelle Bercot, Emma Boumali
DURÉE : 1h40
DISTRIBUTEUR : UGC Distribution
SORTIE LE 13 mai 2026


