Une petite immersion globalement peu convaincante… au Carlton

Cette première immersion dans la compétition immersive du Festival de Cannes (dont c’est la troisième édition cette année) laisse une impression contrastée. L’expérience en elle-même avait quelque chose d’assez séduisant : découvrir ce pan encore marginal du festival, dans le cadre feutré du Carlton, donnait à l’ensemble une atmosphère à la fois curieuse et privilégiée. On sent une volonté de faire entrer de nouvelles formes narratives dans le champ du cinéma, d’ouvrir Cannes à des expériences plus sensorielles et expérimentales.

On sent une volonté de faire entrer de nouvelles formes narratives dans le champ du cinéma, d’ouvrir Cannes à des expériences plus sensorielles et expérimentales.

J’ai pu assister à deux projections de réalité virtuelle : Lucido (Vier / Portugal) et Voooooo Peeeeee (Hyeunjoo Woo, Jiyun Park / Corée du Sud). Le premier, présenté comme une expérience immersive mêlant rêve lucide, perception et narration fragmentée, m’a franchement laissé perplexe. Pendant une bonne partie de la séance, j’ai même cru assister à une sorte d’introduction ou de phase d’attente avant le “vrai” début de la projection. L’ensemble m’a paru assez pauvre dans sa proposition, comme si le dispositif technologique prenait le dessus sur le contenu lui-même. On devine l’intention artistique, mais elle peine à produire une émotion ou une véritable expérience mémorable.

À l’inverse, Voooooo Peeeeee m’a davantage convaincu. Il s’agit d’une expérience XR multisensorielle où une femme découvre que son corps est devenu creux après avoir été reconstruite en données. Le vent s’échappe de l’intérieur, et une étrange créature s’installe dans le vide, respirant en rythmes d’expansion et d’effondrement. Son monologue dérive entre souvenirs de perte, nuages de données sous-marins et mondes virtuels sans fin. L’univers visuel y était plus abouti, plus hypnotique aussi. Il y avait quelque chose de réellement fascinant dans la manière dont l’œuvre jouait avec l’espace, les textures et la sensation de présence. Sans être totalement bouleversant, le projet parvenait au moins à créer une forme d’étrangeté poétique et une cohérence esthétique qui rendaient l’expérience intéressante.

À ce stade, beaucoup de ces propositions donnent encore une impression de gadget.

Cela dit, malgré le caractère sympathique de cette découverte et l’enthousiasme que peut susciter l’idée d’un “cinéma immersif”, je ressors avec une réserve de fond. À ce stade, beaucoup de ces propositions donnent encore une impression de gadget. La technologie attire l’attention, impressionne parfois quelques minutes, mais peine encore à justifier pleinement son usage sur le plan artistique ou narratif. On sent un terrain d’expérimentation plus qu’un langage arrivé à maturité. Peut-être est-ce justement ce qui intéresse Cannes aujourd’hui : observer ces tentatives avant qu’une véritable écriture immersive n’émerge réellement.