The Man I Love : types d’hommes amoureux, ou le piège aveugle au genre de l’amour romantique

Après la récente avant-première de Peter Hujar’s Day au Festival de Sundance en 2025, le réalisateur américain Ira Sachs revient avec son nouveau film The Man I Love, cette fois dans la Sélection officielle du Festival de Cannes en compétition, autour des années 1980 particulièrement tumultueuses à New York, une ville frappée par l’épidémie du sida.

L’histoire se déroule autour d’un appartement partagé à New York, peu après l’arrivée d’un nouveau colocataire, Vincent, venu de Grande-Bretagne. En rencontrant les deux autres habitants de l’appartement, le couple gay formé par Dennis et Jimmy, Vincent s’intéresse à ce dernier, et un étrange triangle amoureux tragique émerge.

Jimmy, interprété par Rami Malek, vient récemment de sortir de l’hôpital où il a traversé une crise provoquée par son système immunitaire affaibli par le sida, et tente désormais de reconstruire sa vie, principalement grâce à son partenaire qui prend soin de lui et suit scrupuleusement le programme de médicaments encore peu développés. Alors que Jimmy répète pour son nouveau rôle au théâtre, la vie semble revenir à la normale, mais les preuves croissantes de son état fragile indiquent clairement que cette prochaine pièce pourrait être son chant du cygne.

Sur le plan narratif, la principale nouveauté du film réside dans le fait de placer le triangle amoureux classique exclusivement entre des personnages masculins…

Au fil des réunions entre amis et des visites familiales se déploie un portrait à la fois chaleureux et rude de l’époque — avec son homophobie omniprésente et les liens familiaux qui se dissolvent progressivement. Le kaléidoscope des performances d’acteurs — aussi bien pour le rôle que Jimmy prépare dans une pièce adaptée du film Il était une fois dans l’Est d’André Brassard (1974) que pour les rencontres occasionnelles entre proches — offre au film une solide toile de jeu, portée par des performances remarquables. Cependant, tout comme dans le contrepoint chanté de la chanson d’Ella Fitzgerald « The Man I Love », l’aspect émotionnel semble l’emporter sur la technique, glissant parfois vers un ton mélodramatique et maniéré, à l’image du jeu globalement excessif de Rami Malek.

Sur le plan narratif, la principale nouveauté du film réside dans le fait de placer le triangle amoureux classique exclusivement entre des personnages masculins, tout en conservant la distinction typique entre la passion rapide et guidée par le désir incarnée par Vincent et l’attitude de partenariat attentionné représentée par Dennis. Le premier semble pousser Jimmy vers un mode de vie autodestructeur de fêtard auquel celui-ci s’abandonne avec enthousiasme, et même si cela n’est jamais explicitement lié dans le film, cette évolution coïncide avec les pertes de mémoire de Jimmy et, par conséquent, son incapacité progressive à jouer. La fin ouverte du film souligne moins l’importance de l’histoire particulière des personnages que celle de la formule inévitable du triangle amoureux qui hante ses participants piégés à travers les époques et les configurations de genre. L’amour peut avoir de nombreux visages, mais dans le film chacun des trois hommes principaux incarne son propre type d’amour, Jimmy n’étant véritablement amoureux que du théâtre lui-même, et cette situation crée davantage de problèmes que de satisfaction pour toutes les parties impliquées.

Finalement, l’intérêt initial du film pour la communauté gay dans l’Amérique de Reagan reste assez apparent, mais The Man I Love propose également une réflexion plus élégante, subtile et certainement plus profonde sur les problèmes universels de l’amour romantique — portée par une narration douce et un rythme dramatique juste, seulement légèrement perturbé par les maniérismes de Rami Malek.

3.5

RÉALISATEUR : Ira Sachs
NATIONALITÉ : U.S.A., France
GENRE : Comédie musicale, Fantastique, Romance
AVEC : Rami Malek, Rebecca Hall, Ebon Moss-Bachrach
DURÉE : 1h 35min
DISTRIBUTEUR : Memento
SORTIE LE Prochainement