Roma Elastica : la Dolce Vita de Mandico

Dans Autofiction, Pedro Almodóvar consacre un dialogue aux films cultes et les définit ainsi : des films étant de graves échecs commerciaux mais toutefois adorés d’un clan de fans irréductibles, contre vents et marées. Cette définition s’applique de manière extrêmement exacte aux films de Bertrand Mandico. A la manière de Quentin Dupieux, mais encore moins grand public, Bertrand Mandico a fini par obtenir la reconnaissance des critiques et du Festival de Cannes : de par leur véritable singularité, il leur est octroyé une place, celle de la séance de minuit (voire pour Dupieux de façon exceptionnelle, l’ouverture du Festival, pour Le Deuxième acte). Ils n’ont pas le droit de concourir en compétition, en raison de leur univers particulier, jugé trop fragile, mais l’excentricité passe beaucoup mieux la nuit. Avouons que l’éxubérant et épuisant Conann, croulant sous le poids de ses intentions, nous avait rendus dubitatifs, non sur l’originalité du style de Mandico, mais sur sa capacité à pouvoir atteindre le grand public, même si l’annonce de son nouveau projet rendait curieux, puisqu’il abandonnait provisoirement ses actrices et acteurs habituels pour recruter des actrices reconnues (Noémie Merlant), voire une star connue dans le monde entier (Marion Cotillard). Nous avions tort : Roma Elastica est un petit fantasme de cinéma plutôt agréable, un hommage au cinéma italien de ses grandes années 60 et 70, le film le plus abordable de Mandico depuis Ultra Pulpe, une sorte de Dolce Vita à l’échelle de Mandico.

À Rome dans les années 1980, une star de cinéma (Eddie, interprètée par Marion Cotillard), malade de sa splendeur passée, tourne son dernier film, un film de science-fiction, où elle tient le rôle principal, épaulée par sa fidèle maquilleuse (Noémie Merlant).

Roma Elastica est un petit fantasme de cinéma plutôt agréable, un hommage au cinéma italien de ses grandes années 60 et 70, le film le plus abordable de Mandico depuis Ultra Pulpe, une sorte de Dolce Vita à l’échelle de Mandico.

Sauf quand il utilise le noir et blanc, Bertrand Mandico adore les couleurs. C’est même sans doute avec Pedro Almodóvar et Nicolas Winding Refn, le cinéaste qui possède l’univers le plus chatoyant et coloré. Dans Roma Elastica, il en use et en abuse presque. A sa décharge, Rome, ville légendaire, s’y prêtait merveilleusement bien. De Fellini à Pasolini, Roma Elastica fourmille de citations subliminales et de références cachées qui rendent le spectateur un peu fou. Mandico profite même d’une coproduction avec l’Italie pour faire participer à ce film des stars mythiques, Franco Nero, Ornella Muti, l’égérie de Ferreri, ou encore Isabella Ferrari, vue chez Nanni Moretti.

Au cas où on en douterait, Marion Cotillard possède le sens de l’humour et de l’autodérision. Mandico lui a en effet proposé d’endosser le rôle d’une star de cinéma à bout de souffle, sur le point de tourner son dernier film, avant de tirer éventuellement sa révérence. Or, à cinquante ans, Marion Cotillard se trouve à un stade particulièrement dangereux de sa carrière, celui où elle se remet en question en tournant dans de petites oeuvres indépendantes (La Tour de glace, Roma Elastica), tout en délaissant les grosses productions. Cela porte ses fruits dans Roma Elastica où sa prise de risques produit des étincelles en se frottant avec le style proliférant de Mandico. Entre Romy Schneider épuisée dans L’Important c’est d’aimer (le film cite aussi Possession) et Anita Ekberg déprimée dans La Dolce Vita, Cotillard joue à merveille de son aura intacte de star de cinéma, vecteur de tous les fantasmes. A ses côtés, Noémie Merlant reproduit de manière bien plus déjantée l’emploi d’assistante qu’elle avait inauguré dans Tár  de Todd Field, auprès de Cate Blanchett.

Entre blagues scatophiles et références cinéphiles, Roma Elastica trace son chemin, permettant de revisiter l’Age d’Or du cinéma italien, du milieu des années 40 au début des années 80. Mandico rend ici hommage avec sincérité et dérision à une des plus grandes périodes de l’histoire du cinéma, une époque révolue que les spectateurs de cinéma ne cesseront de regretter.

3.5

RÉALISATEUR : Bertrand Mandico
NATIONALITÉ : française
GENRE : drame
AVEC : Marion Cotillard, Noémie Merlant, Franco Nero, Ornella Muti, Isabella Ferrari
DURÉE : 1h47
DISTRIBUTEUR : Condor Distribution
SORTIE LE 23 décembre 2026