© Malgosia Abramowska/Pathé Films/TF1 Films Production/Belvédère/Ness Films/Beside Productions/Auvergne Rhône Alpes Cinéma La bataille de Gaulle : l'âge de fer (ex-De Gaulle partie I : Hampstead) réal. : Antonin Baudry. int. : Simon Abkarian, Simon R. Beale, Florian Lesieur, Benoit Magimel, Loic Corbery, Anamaria Vartolomei, Niels Schneider, Karim Leklou, Mathieu Kassovitz. pays : France. dist. : Pathé Sortie en salles le 3 juin 2026 La bataille de Gaulle Film 1 : l'âge de fer Film 2 : J'écris ton nom

La Bataille de Gaulle – J’écris ton nom : La grande fresque académique à la française

Après L’Âge de fer, un premier volet décevant, sorti dans les salles le 3 juin dernier, ce second chapitre de la fresque gaullienne imaginée par Antonin Baudry (dont la sortie a été avancée par le distributeur à la suite de résultats jugés décevants) ne parvient toujours pas à convaincre pleinement. Plus resserré dans sa construction, plus lisible dans ses enjeux, J’écris ton nom confirme pourtant les limites d’un projet dont les ambitions historiques semblent constamment dépasser les capacités de mise en scène.

Pourtant, comme dans le premier volet, Baudry semble incapable de trouver une véritable incarnation cinématographique à son matériau

Couvrant la période 1943-1944, le film suit simultanément l’affirmation de la France libre et la lutte de De Gaulle pour exister auprès des alliés anglo-américains, ainsi que les efforts de Jean Moulin pour unifier les mouvements de résistance intérieure. Sur le papier, le sujet est passionnant. Pourtant, comme dans le premier volet, Baudry semble incapable de trouver une véritable incarnation cinématographique à son matériau. Les événements s’enchaînent sous forme de vignettes successives, de séquences illustratives reliées entre elles par la seule nécessité du récit historique. Malgré une ossature légèrement plus solide que celle de L’Âge de fer, le film conserve cette impression persistante de survol permanent, comme si chaque scène n’était qu’une case supplémentaire dans un manuel d’histoire luxueusement illustré.

Là où l’on attendrait du souffle, de la tension ou de l’émotion, Baudry privilégie un lyrisme académique particulièrement pesant.

Le principal problème demeure celui de la mise en scène. Là où l’on attendrait du souffle, de la tension ou de l’émotion, Baudry privilégie un lyrisme académique particulièrement pesant. La bande originale, omniprésente, accompagne pratiquement chaque scène et semble avoir pour fonction de dicter systématiquement au spectateur ce qu’il doit ressentir. Cette musique grandiloquente, souvent assourdissante, finit par souligner lourdement des séquences qui peinent déjà à exister par elles-mêmes.

Certaines séquences atteignent parfois des sommets embarrassants. La rencontre entre De Gaulle et Leclerc (par ailleurs remarquablement interprété par Niels Schneider, le personnage le plus fascinant) dans le désert évoque moins la grande épopée militaire qu’une imagerie de carte postale héroïque. Plus problématique encore, le final consacré à la Libération sombre dans un symbolisme très démonstratif. Le tout mis en scène avec une solennité appuyée, illustrant parfaitement cette volonté permanente de transformer chaque image en monument. Plusieurs moments tombent également dans une simplification déconcertante. La réunion des chefs de partis autour de Jean Moulin et le subterfuge du coup de téléphone permettant de débloquer la création du Conseil national de la Résistance donnent l’impression d’une histoire réduite à quelques astuces scénaristiques. Les conflits politiques, les rivalités idéologiques et la complexité des négociations sont plus présents que dans le premier volet mais une fois encore des raccourcis dramaturgiques sont quelque peu problématiques.

Le traitement des personnages n’échappe pas à cette tendance. Thierry Lhermitte compose un général Giraud qui semble parfois s’être échappé de Quai d’Orsay (dont Baudry était le scénariste). Cette tonalité burlesque rappelle les maladresses du premier volet. Une fois encore, le film oscille sans cesse entre la reconstitution solennelle et la caricature. Figure centrale de cette période, Jean Moulin bénéficie de plusieurs séquences importantes, notamment lors de son arrestation et des tortures infligées par la Gestapo à Lyon. Là où un cinéaste comme Laszlo Nemes, dans Moulin, parvenait à interroger la violence et la mémoire historique à travers une véritable proposition de cinéma, Baudry choisit une représentation appuyée (à l’image du montage alterné juxtaposant la mort du héros de la Résistance à l’apparition d’un rayon de soleil dans le bureau du général de Gaulle).

Très peu de scènes demeurent en mémoire après la projection. Très peu de plans imprègnent réellement la rétine

Le plus frustrant reste peut-être le décalage entre l’importance du sujet et la faiblesse des images produites. Très peu de scènes demeurent en mémoire après la projection. Très peu de plans imprègnent réellement la rétine. Malgré ses moyens considérables, J’écris ton nom raconte beaucoup mais montre finalement très peu.

En définitive, ce diptyque laisse surtout l’impression d’une occasion manquée : celle de faire de l’épopée gaullienne une grande œuvre de cinéma. Antonin Baudry signe au contraire une fresque aussi ambitieuse que superficielle, aussi spectaculaire qu’assez pauvre dans son incarnation (malgré le recours à la fin du film au célèbre refrain du poème de Paul Éluard, Liberté).

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RÉALISATEUR : Antonin Baudry
NATIONALITÉ : France, Belgique
GENRE : Film historique
AVEC : Simon Abkarian, Niels Schneider, Anamaria Vartolomei
DURÉE : 2h40
DISTRIBUTEUR : Pathé Films
SORTIE LE 26 juin 2026