La Bataille de Gaulle – L’âge de fer : beaucoup de bruit pour peu de choses

Présenté au dernier Festival de Cannes hors compétition, La Bataille de Gaulle – l’âge de fer d’Antonin Baudry (auteur d’une belle réussite en 2019, Le Chant du Loup) affichait de grandes ambitions : raconter l’un des épisodes les plus décisifs de l’histoire de la France libre à travers la figure du général de Gaulle. Malgré un sujet passionnant et des moyens manifestement conséquents, le film peine à convaincre et laisse l’impression d’une occasion manquée.

Juin 1940. La France s’effondre et signe l’armistice. Au milieu du chaos, un homme refuse de céder. Seul contre tous, ce général inconnu s’échappe vers Londres pour sauver ce qu’il reste d’un rêve : la liberté. Sans armée, sans appui, sans espoir. Mais avec une folle conviction : la France, sa France, n’a pas déposé les armes. Il tente un ultime pari : convaincre le monde que la bataille de France n’est ni terminée, ni perdue. La réalité est têtue, et lui donne tort. Mais peu à peu se lèvent autour de lui en Angleterre, en France et en Afrique des résistants de l’ombre, des lycéens révoltés, des soldats déterminés. Leur foi, leur audace, leur rage de liberté défient l’Histoire qui semblait pourtant écrite d’avance.

La Bataille de Gaulle – L’âge de fer finit par passer à côté de la complexité de son sujet et de la singularité de son personnage.

L’un des problèmes majeurs de cette Bataille de Gaulle réside dans le fait de vouloir embrasser trop de sujets à la fois. Entre les enjeux militaires, diplomatiques, familiaux et politiques, il y aurait largement matière à nourrir plusieurs longs métrages. À force de multiplier les intrigues et les personnages, le récit finit par survoler ses propres thématiques. Les raccourcis historiques sont nombreux, parfois vertigineux. Comment celui qui n’était au départ qu’un général marginalisé réussit-il à fédérer autant de soutiens autour de lui ? Comment se construisent les alliances, les rapports de force et les fidélités ? Le film l’affirme davantage qu’il ne l’explique, laissant souvent le spectateur combler lui-même les vides. Cette volonté de tout raconter produit un effet paradoxal : malgré la richesse du matériau historique, l’ensemble paraît étonnamment superficiel. Le scénario manque de resserrement et de focalisation. Beaucoup d’événements majeurs sont abordés à toute vitesse, donnant parfois l’impression de parcourir une fiche Wikipédia illustrée plutôt qu’une véritable fresque historique.

La mise en scène participe également à cette frustration. Le film mise beaucoup sur la pyrotechnie et les effets spectaculaires mais montre finalement assez peu de choses. Certaines séquences qui auraient mérité davantage d’ampleur semblent tronquées par un montage particulièrement saccadé. La bataille de Bir Hakeim (en 1942), pourtant essentielle dans le récit de la France libre, apparaît ainsi presque coupée et rabotée, réduite à quelques éclats sans véritable souffle épique ni portée dramatique (l’ensemble se résumant à quelques explosions et à des indications du nombre de jours).

Côté interprétation, Simon Abkarian et Benoît Magimel tirent plutôt leur épingle du jeu grâce à une présence solide et assez convaincante (le premier dans le rôle principal, l’autre dans le général Koenig qui commande la première division française libre). À l’inverse, le Churchill du film (Simon Russell Beale) apparaît souvent caricatural. Quelques touches d’ironie fonctionnent plutôt bien, mais certains dialogues semblent sortis d’une parodie ou d’un sketch. Des répliques comme « les moustiques ne piquent pas de Gaulle » provoquent davantage la perplexité que l’adhésion.

Le film souffre aussi d’une hésitation permanente dans son regard sur son personnage principal. Veut-il humaniser de Gaulle en le désacralisant ? En proposer un portrait critique ? Ou participer à la construction de sa légende ? À force de poursuivre simultanément ces différentes directions, le projet ne parvient jamais à trouver un véritable équilibre ni un point de vue clair, même si sur ce point il conviendra d’attendre la deuxième partie (intitulée La Bataille de Gaulle – J’écris ton nom) qui sortira en salle le 3 juillet prochain.

En définitive, si l’ennui n’a guère le temps de s’installer (la musique est presque omniprésente et le montage multiplie les effets pour maintenir artificiellement le rythme), cette agitation permanente ne suffit pas à rendre l’ensemble captivant. Ambitieux mais dispersé, faussement spectaculaire mais superficiel, scolaire alors qu’on était en droit d’attendre un côté plus flamboyant, La Bataille de Gaulle – L’âge de fer finit par passer à côté de la complexité de son sujet et de la singularité de son personnage.

1.5

RÉALISATEUR : Antonin Baudry
NATIONALITÉ : France, Belgique
GENRE : Drame historique
AVEC : Simon Abkarian, Simon Russell Beale, Florian Lesieur, Benoît Magimel
DURÉE : 2h40
DISTRIBUTEUR : Pathé Films
SORTIE LE 3 juin 2026