Le Vertige, c’est peut-être celui-ci : pour sa quinzième réalisation, le prolifique Quentin Dupieux déploie son univers loufoque dans un film d’animation. Sorte de Matrix sans matrice tout droit sorti d’une Playstation 2, Le Vertige fait le pari d’utiliser la 3D pour ne (presque) rien montrer de plus que ce qu’une caméra aurait très bien pu filmer. Il s’amuse de l’aspect approximatif et générique de son esthétique, tout en ancrant son récit dans la plus grande banalité : l’ordinaire comme territoire de l’étrange. Une petite satire douce-amère, aussi réjouissante qu’inaboutie.
Très tôt un matin quelconque, Jacques (Alain Chabat) se rend chez son ami Bruno (Jonathan Cohen) pour lui annonce une nouvelle de la plus grande importance : l’humanité vit dans une simulation. Rien n’est vrai, ou plutôt tout à l’air vrai. Ensemble, ils vont tenter de comprendre ce qui se cache derrière cette incroyable découverte.
Une petite satire douce-amère, aussi réjouissante qu’inaboutie.
Nouvelle collaboration entre Quentin Dupieux et Alain Chabat, nouveau dilemme existentiel : après s’être perdu dans la réalité et fait des sauts temporels, le comédien est désormais littéralement plongé dans un monde virtuel simili-réaliste. Convaincu que tout ce qui l’entoure est une fiction, une gigantesque mascarade dont la finalité reste encore à définir, il est face à un paradoxe : il sait que tout est faux, mais tout le raccroche à la croyance. Lorsque son ami Bruno tente de questionner sa théorie, il s’agace de ses doutes. La femme de Bruno, incarnée par Anaïs Demoustier, ne croit pas non plus son mari lorsqu’il lui promet qu’il ne parle pas d’argent en son absence. Croire l’autre est un vrai sujet de fond. Dans le film, la réalité est à géométrie variable : selon avec qui il échange, Bruno se perçoit différemment. Alors qu’avec Jacques, c’est un idiot de première incapable de comprendre la notion de simulation, c’est un génie aux yeux de Christophe Bourgeois, le Morpheus façon Quentin Dupieux. Les deux amis regardent le même miroir, mais ne voient pas la même chose : l’un continue de rêver, l’autre, Bruno, n’a déjà plus foi en rien. Il a toutefois une longueur d’avance sur Jacques : dans un monde toujours plus consumériste et individualiste, il faut toujours courir après un rêve. Un col roulé plus tard, le voici devenu vendeur d’illusions. En bon cynique, il vend du vent à ceux qui s’ennuient.
Si le vertige n’est pas tout à fait là, on n’en reste pas moins heureux de savoir qu’un tel ovni puisse atterrir sur nos écrans.
Comme la toupie dans Inception, un pigeon tourne sur lui-même dans une bouche d’égout. Des pigeons aussi, les personnages peuplant Le Vertige ? Peut-être bien, peut-être qu’ils se prennent la tête pour rien, eux qui n’arrêtent pourtant pas de répéter qu’ils s’en foutent d’à peu près tout. Le film, avec son univers imitant volontairement mal le réel, débute une réflexion sur notre rapport au réel, au sens de nos vies à l’heure où l’on plonge nos regards dans nos téléphones, quitte à ne devenir que le reflet de nous-mêmes. Heureusement, de l’autre côté du miroir, loin des drames dignes de télénovela, ils s’en foutent aussi : le reflet peut bien disparaître. Comme malheureusement souvent, Quentin Dupieux a une bonne intuition, mais n’exploite que partiellement son concept. Plutôt que d’embrasser pleinement le potentiel de sa simulation et de son récit, il pose un postulat et tourne un peu en rond, à l’image de son pigeon bugué. Si le vertige n’est pas tout à fait là, on n’en reste pas moins heureux de savoir qu’un tel ovni puisse atterrir sur nos écrans.
RÉALISATEUR : Quentin Dupieux
NATIONALITÉ : France
GENRE : Animation, comédie
AVEC : Alain Chabat, Jonathan Cohen, Anaïs Demoustier
DURÉE : 1h07
DISTRIBUTEUR : Diaphana Distribution
SORTIE LE 10 juin 2026


