Cela fait douze ans que Gregg Araki n’avait pas réalisé de long-métrage pour le cinéma depuis White Bird en 2014, date à laquelle il reçoit un scénario original qui se présente comme une version humoristique de 50 nuances de Grey centrée sur la relation entre une stagiaire et son patron. Suite au mouvement #MeToo, le réalisateur américain décide d’inverser les rôles et de faire intervenir un stagiaire qui entretient une relation sexuelle avec sa patronne. Dans ce film, il se préoccupe de la génération Z, abreuvée d’images séparant les êtres entre eux au moyen d’écrans interposés comme autant de barrières à des relations normales. Le moins que l’ on puisse dire, c’est que le film s’en donne à cœur joie, proclamant une libération sexuelle totale entre une artiste dont l’œuvre est regroupée sous le thème central de la sexualité la plus débridée malgré une histoire de manipulation dont est victime le jeune homme interprété par Cooper Hoffman et qui se prénomme Elliot. On sait avec quelle sensualité Gregg Araki a l’habitude de tourner les scènes sexuelles de ses films dans un décor aux couleurs flashy à tendance pop.
Elliot est fiancé avec Minerva, une étudiante en pharmacologie très sérieuse qui place en priorité ses études avant toute autre chose, à tel point qu’elle ne prête que peu d’attention aux envies soudaines de faire l’amour de son compagnon qui n’en peut mais. Voici donc un jeune garçon frustré qui rencontre une femme nymphomane plus âgée que lui. Mais attention, les règles sont strictes et la relation ne doit être avant tout que d’ordre sexuel sans empiéter sur le boulot. Elliot se voit donc proposer le rôle d’assistant de Erika Tracy – Olivia Wilde, vue notamment dans Le Cas Richard Jewell de Clint Eastwood en 2020. Scènes humoristiques et gags à gogo s’enchaînent tout le long du film, qui ont pour effet de dédramatiser le traitement d’un sujet pour le moins délicat sinon scabreux. Et Gregg Araki fait preuve de toute son inventivité et de son imagination délirante pour nous décrire la relation sado-masochiste – usant de sex-toys et de situations limites – qui unit les deux personnages ainsi que la figure de l’amoureux transi, quasi dépendant, représenté par Elliot.
On s’amuse plutôt et on sort de là ragaillardi et optimiste à l’égard d’une génération qui saura sortir de sa torpeur pour vivre une vie plus émancipée
Le film est vu à travers le regard halluciné d’Elliot, rendu complètement fou par cette femme qui l’attire comme un aimant, enchaînant les scènes à un rythme de plus en plus effréné tenant le spectateur en haleine. Car I want your sex pourrait être rangé aussi parmi les films à suspense, puisque le montage alterné nous présente le jeune homme d’une part interrogé par un couple de policiers dans un commissariat s’expliquant autant qu’il le peut sur la disparition de l’artiste, d’autre part son parcours érotique initiatique qui le mène toujours de plus en plus loin – jusqu’à tout perdre – avec cette dernière : logement, boulot, dignité etc. Heureusement, Elliot peut se confier à son collègue Zap, homosexuel revendiqué qui saura accepter de l’héberger dans ses moments de galère, ainsi que Apple, une amie chère avec qui il fait de la colocation. Ainsi, ces figures secondaires reviennent souvent dans le cinéma de Gregg Araki. On reconnaît d’ailleurs dans ce dernier opus la patte caractéristique de ce qui fait le caractère frondeur du cinéaste indépendant.
Gregg Araki n’a rien perdu de sa superbe et revient donc en force avec ce film qui n’atteint pourtant pas les sommets d’un Mysterious Skin (2004) au charme subversif et envoûtant sans conteste. On s’amuse plutôt et on sort de là ragaillardi et optimiste à l’égard d’une génération qui saura sortir de sa torpeur pour vivre une vie plus émancipée : Elliot à la fin du film a fait du chemin et n’est plus tout à fait le même quoique toujours obsédé par Erika ! Tout est permis et le rythme entraînant de ce film bourré d’humour et d’ingéniosité marque le point. Une œuvre qui ne renouvelle pas vraiment l’univers d’Araki mais suit sa ligne directrice provocatrice – sexuellement et sur d’autres aspects aussi – depuis longtemps. Pas le meilleur film du cinéaste mais à voir tout de même.
RÉALISATEUR : Gregg Araki
NATIONALITÉ : Etats-Unis
GENRE : Comédie, Drame
AVEC : Olivia Wilde, Cooper Hoffman, Mason Gooding
DURÉE : 1h30
DISTRIBUTEUR : Metropolitan FilmExport
SORTIE LE 29 juillet 2026


