Colony : ce qui nous relie

De ses premiers pas à aujourd’hui, la figure du zombie s’est régulièrement réinventée au cinéma. Un genre en mutation permanente, dont le cinéaste sud-coréen Sang-ho Yeon a contribué à redonner des lettres de noblesse avec l’énergique et surprenant Dernier train pour Busan en 2016. Après le décevant Peninsula, le réalisateur nous revient avec une nouvelle itération du genre, Colony. Une œuvre politique, dans l’air du temps, qui interroge nos responsabilités individuelles et collectives à l’heure des pandémies. Balisé, mais efficace.

Dans un immeuble au cœur de Séoul, une mystérieuse contamination se répand. Une simple morsure suffit pour devenir un être violent et dénué de conscience. Face à cette situation, les autorités décident de boucler le gratte-ciel : personne ne peut s’échapper. Les survivants se retrouvent piégés, ils doivent rester solidaires pour espérer s’en sortir. Malheureusement pour eux, leurs stratagèmes sont rapidement mis à mal par les infectés, de plus en plus rapides et intelligents. Ils apprennent, mais comment ? Une lutte pour survivre s’engage entre les deux groupes.

Une œuvre politique, dans l’air du temps, qui interroge nos responsabilités individuelles et collectives à l’heure des pandémies

Dans Colony, tout part d’un malentendu : « les tragédies naissent d’une mauvaise communication », peut-on entendre à plusieurs reprises. Le partage d’information est le nerf de la guerre dans le film de Sang-ho Yeon, il fait et défait les alliances. L’originalité du film tient dans la façon dont les zombies interagissent entre eux : ils ne sont pas une simple force de la nature, ils sont une civilisation en devenir, unie par un esprit commun. Ils forment une unité. Si l’un d’eux entend ou voit un survivant, il peut immédiatement partager l’information par un réseau similaire à celui du « blob », cet intrigant organisme unicellulaire. Une interconnexion qui rend difficile, voire impossible, tout malentendu entre les membres d’un même groupe. Au passage, elle supprime aussi toute individualité : seule compte la pensée du chef autoritaire de la colonie. Le film oppose trois sphères à cette nouvelle humanité : politique, scientifique et publique. Chacune dispose de ses propres pouvoirs d’action, ses rôles et ses ordres. Le gratte-ciel se transforme en laboratoire social où le cinéaste questionne les choix et responsabilités de chacune de ces sphères. Les zombies sont le miroir de nos propres failles : l’effet de groupe peut nous rendre monstrueux. Vaut-il mieux être seul que mal accompagné ? Qui doit endosser la responsabilité d’un choix aux conséquences collectives ? Apprend-on réellement de nos erreurs ? Les questions soulevées par le film sont aussi nombreuses que stimulantes.

Plus qu’un parallèle avec la pandémie du Covid, Colony est une œuvre sur la difficulté de communiquer dans un monde saturé d’enjeux sociétaux et individuels. Selon l’information dont nous disposons à un moment donné, une personne à secourir peut devenir une victime collatérale : une perte justifiée par un plus grand dessein. Là où Peninsula péchait par excès, privilégiant le grand spectacle à la profondeur de ses thématiques, Colony parvient à trouver un meilleur équilibre entre le fond et la forme. Dommage toutefois que la réalisation soit aussi balisée, manquant de mordant et d’originalité, malgré quelques séquences bien trouvées. Nous sommes globalement en terrain connu, entre lieux communs et comportements attendus. Là où Sang-ho Yeon tire son épingle du jeu, c’est dans la façon dont il donne vie à son idée de colonie interconnectée, notamment grâce à l’excellent travail sonore du film. Un honnête et pertinent divertissement horrifique.

3.5

RÉALISATEUR : Sang-Ho Yeon
NATIONALITÉ : Corée du Sud
GENRE : Horreur
AVEC : Gianna Jun, Kyo-hwan Koo, Ji Chang-Wook
DURÉE : 2h02
DISTRIBUTEUR : ARP Sélection
SORTIE LE 27 mai 2026