Tout d’abord, il y eut le 7 octobre 2023, l’attaque la plus meurtrière contre des civils jamais subie par Israël, perpetrée par le groupe terroriste palestinien du Hamas. Ces attaques ont principalement visé les localités civiles et bases militaires israéliennes du pourtour de la bande de Gaza. et causé la mort de 1 200 personnes, dont 820 civils. A ces attaques ont suivi depuis octobre 2023 la réponse israélienne, réplique militaire selon certains, fortement disproportionnée selon d’autres : le siège de l’enclave palestinienne, des bombardements intensifs de la bande de Gaza et une invasion terrestre de l’enclave. Ce conflit dure toujours jusqu’à aujourd’hui, marquant grandement l’environnement politique international, et déclenchant des fractures dans la vie politique interne de chaque pays, y compris européen. Or, ce que propose Naza, documentaire des cinéastes israéliens, Yuval Abraham et Rachel Szor, récompensé par le Prix spécial du jury à la récente Mostra de Venise, c’est une immersion au sein des récits de militaires israéliens qui pratiquent chaque jour ces bombardements incessants.
Filmé de nuit sur les toits de Tel Aviv, le film décrit en détail les systèmes derrière le massacre de civils palestiniens à Gaza par Israël.
Yuval Abraham et Rachel Szor, déjà auteurs de No other land, oscarisé en 2024, font ainsi oeuvre de salubrité publique, en montrant et en détaillant le processus de déshumanisation à l’oeuvre dans les services de sécurité israéliens.
Naza est un documentaire qui raconte et documente la guerre israélo-palestinienne. Pourtant on n’y verra quasiment aucune image de guerre ou de violence, tout au plus quelques croquis sur des feuilles de papier. 24 militaires israéliens racontent leur guerre, perchés en haut de tours à Tel-Aviv et interviewés par les réalisateurs de Naza. Ce sont des conversations paisibles qui décrivent dans la plus grande crudité l’horreur la plus totale. Pour protéger leur anonymat, un carton prévient avant le film que les visages et les voix des militaires ont été modifiés et déformés. Il n’en reste pas moins que ce qui est dévoilé dans l’obscurité de la nuit fait frissonner par la déshumanisation que l’on ressent devant l’absurdité de la mort en action. Un frisson dans la nuit.
Naza est donc un film de dispositif qui fait confiance à la parole pour restituer une part de vérité. Tout au plus apercevrons-nous quelques images d’archives afin de resituer le conflit dans un contexte historique de longue guerre entre les Israéliens et Palestiniens. Tel-Aviv, paradoxalement apaisée, ne se trouve qu’à 60 km de la bande de Gaza, rappelant la proximité des camps de concentration par rapport à la maison des nazis de La Zone d’intérêt. On notera comme dans ce film, l’attention immense apportée à la bande-son qui captant la quiétude des rues de Tel-Aviv, renvoie en miroir à la sauvagerie de Gaza. A vrai dire, les militaires israéliens ne ressentent plus d’animosité à l’égard des personnes qu’ils bombardent quotidiennement. Ils ne ressentent en fait plus rien. C’est la réification de la personne humaine, la déshumanisation plus totale qui se trouve ici à l’oeuvre. Face à leurs bombardements, ils ressentent surtout une piètre satisfaction de gamins qui ont excellé à leurs jeux vidéo, en ayant supprimé leur quota de victimes. Ils racontent même tranquillement qu’ils ne font aucune différence entre adultes et enfants parmi les victimes collatérales de leurs bombardements.
Le titre Naza évoque en fait les dommages collatéraux relatifs à toute opération militaire. 15 Naza signifie 15 civils tués. Pourtant les militaires relatent qu’il leur arrive d’avoir à supprimer 500 personnes civiles pour atteindre une seule personne du Hamas, soit à l’arrivée 500 Naza, 500 dommages collatéraux, soit un village entier. Ils le signalent sans émotion particulière, c’est la guerre, c’est de bonne guerre, comme on dit communément, sans même se révolter ni a minima se rendre compte de l’énormité du phénomène. Si ce titre a été choisi, c’est bien évidemment en raison de l’allitération avec nazi. Certains pourront rechigner à qualifier ces opérations militaires de génocide, considérant que c’est un terme presque uniquement réservé à la Shoah. D’autres n’hésiteront pas à estimer que cette indifférence au genre humain, le fait d’être un rouage qui appuie sur un bouton afin de supprimer toute une population relève du génocide pur et simple, et que les victimes sont devenus bourreaux à leur tour, par un étrange et cruel renversement de situation.
Si l’on ajoute que l’un des coproducteurs du film est Jonathan Glazer, le réalisateur de La Zone d’intérêt, juif lui-même, et qu’on ne peut taxer de la moindre indulgence envers l’Holocauste de la Seconde Guerre Mondiale, Naza fait honneur au genre humain en dénonçant des exactions qui se situent au-delà de l’horreur. Contrairement au ministre de la culture israélien, Miki Zohar qui a souhaité retirer la nationalité israélienne aux auteurs pour trahison envers l’État, Yuval Abraham et Rachel Szor, déjà auteurs de No other land, oscarisé en 2024, font ainsi oeuvre de salubrité publique, en montrant et en détaillant le processus de déshumanisation à l’oeuvre dans les services de sécurité israéliens. Avoir été agressé n’excuse pas le fait de faire bien pire. Le film sera projeté dans les salles françaises uniquement les 12 et 13 octobre, avant d’être disponible sur le site du Guardian.
RÉALISATEURS : Yuval Abraham et Rachel Szor
NATIONALITÉ : israélienne
GENRE : documentaire
AVEC : 24 militaires israéliens
DURÉE : 1h17
DISTRIBUTEUR : MK2 Films
SORTIE LE 12 octobre 2026


