Le Labyrinthe de Pan : l’un des sommets de Guillermo del Toro en version restaurée

Vingt ans après sa présentation en compétition au Festival de Cannes, Le Labyrinthe de Pan était de retour sur la Croisette, mais cette fois-ci dans le cadre de la section Cannes Classics, bénéficiant d’une belle restauration 4K. Le long métrage de Guillermo del Toro conserve intacte toute sa puissance émotionnelle et visuelle. La projection a d’ailleurs pris une dimension particulière avec la présence du cinéaste, visiblement très ému par l’accueil réservé à son œuvre, comme un retour chargé de mémoire vingt ans après sa première venue cannoise et celle de la jeune comédienne qui a bien grandi depuis (Ivana Baquero).

La projection a d’ailleurs pris une dimension particulière avec la présence du cinéaste, visiblement très ému par l’accueil réservé à son œuvre

Espagne, 1944. Fin de la guerre. Carmen, récemment remariée, s’installe avec sa fille Ofélia chez son nouvel époux, le très autoritaire Vidal, capitaine de l’armée franquiste. Alors que la jeune fille se fait difficilement à sa nouvelle vie, elle découvre près de la grande maison familiale un mystérieux labyrinthe. Pan, le gardien des lieux, une étrange créature magique et démoniaque, va lui révéler qu’elle n’est autre que la princesse disparue d’un royaume enchanté. Afin de découvrir la vérité, Ofélia devra accomplir trois dangereuses épreuves, que rien ne l’a préparée à affronter…

Le fantastique devient alors une manière de transformer l’horreur du réel en récit initiatique.

Toute la force du film réside dans cette manière qu’a Guillermo del Toro d’entremêler la grande Histoire et l’intime. Le contexte politique de l’Espagne franquiste n’est jamais un simple décor : il imprègne chaque plan d’une violence sourde et constante. À travers le personnage du capitaine Vidal, incarnation glaçante de l’autoritarisme fasciste, le réalisateur montre un monde gouverné par la brutalité, l’obsession du contrôle et la destruction de toute innocence. Face à cette réalité insoutenable, Ofélia se réfugie dans l’imaginaire des contes, comme un moyen de survivre psychologiquement au traumatisme. Le fantastique devient alors une manière de transformer l’horreur du réel en récit initiatique. Le film touche justement parce qu’il refuse de séparer totalement rêve et réalité. Le labyrinthe imaginé par Del Toro est autant un espace mental qu’un lieu physique. Chaque créature, chaque épreuve semble refléter les peurs et les blessures d’Ofélia. Le cinéaste construit un véritable univers fantasmagorique où le merveilleux côtoie constamment le macabre. Son bestiaire reste d’ailleurs l’un des plus marquants du cinéma contemporain, à l’image d’un Faune ambigu, à la fois protecteur et inquiétant.

Mais si Le Labyrinthe de Pan impressionne, c’est surtout par son équilibre entre violence et sensibilité. Certaines scènes sont d’une brutalité indéniable, rappelant constamment que le conte ne protège jamais totalement de la réalité historique. Pourtant, le film conserve une immense tendresse pour ses personnages et pour l’enfance. Ofélia devient le symbole d’une innocence menacée par les adultes, par la guerre. Le regard que porte Del Toro sur elle est profondément humaniste : il filme l’imagination comme un acte de résistance. La mise en scène participe énormément à cette émotion. Guillermo del Toro compose des images d’une beauté mélancolique. Chaque décor semble vivant, chargé d’histoire et de mémoire.

Ofélia devient le symbole d’une innocence menacée par les adultes, par la guerre.

En définitive, Le Labyrinthe de Pan apparaît aujourd’hui comme l’un des sommets de la filmographie de Guillermo del Toro, un récit bouleversant et personnel sur l’enfance meurtrie par la guerre et sur la nécessité de préserver une part d’imaginaire dans un monde dominé par la violence.

4

RÉALISATEUR : Guillermo del Toro
NATIONALITÉ : Espagne, Mexique
GENRE : Epouvante-horreur, Fantastique
AVEC : Ivana Baquero, Sergi López, Doug Jones
DURÉE : 1h58
DISTRIBUTEUR : Wild Bunch Distribution
SORTIE LE 1er novembre 2006 (date inconnue pour la version restaurée)