Billie Eilish – Hit Me Hard And Soft : The Tour Live In 3D : petite princesse de la pop

On croyait James Cameron plongé, sans jeu de mots, à corps perdu dans sa saga Avatar, c’était bien mal connaitre l’ami James, toujours attentif à ce qui se passe dans le monde, en particulier dans celui de l’art. La surprise consiste ainsi à le découvrir fan de Billie Eilish, – l’une des chanteuses les plus influentes de son époque et leader naturelle de la génération Z -, et à l’initiative de filmer sa dernière tournée accompagnant son troisième album, Hit Me Hard And Soft, un classique déjà incontestable de la pop. Ces deux grands artistes se sont sans doute retrouvés autour de leur défense de l’écologie et de leur amour de Miyazaki. Comme il s’agit de Cameron, la captation de la tournée de Billie Eilish ne pouvait se faire qu’en 3D, ce qui n’a jamais été fait pour un concert pop. Cela donne la mesure de ce projet innovateur qui permet d’immortaliser de façon inédite et inoubliable un concert qui a marqué à juste titre son temps.

Réalisé en 3D par James Cameron et Billie Eilish elle-même, ce film-concert a été capté tout au long de sa tournée mondiale qui a fait salle comble.

Un projet innovateur qui permet d’immortaliser de façon inédite et inoubliable un concert qui a marqué à juste titre son temps.

Des captations de concert, il en existe déjà beaucoup, de l’antédiluvien The Last Waltz de Martin Scorsese au plus récent Taylor Swift : The Eras Tour. C’est même presque devenu une habitude ces dernières années, allant de l’essentiel au plus dispensable, avec le traditionnel film issu de la tournée de Mylène Farmer ou celui de la tournée de Beyoncé. Ce qui distingue immédiatement ce film, ce sont les caractéristiques du style de Cameron, une fluidité de mouvement de caméra et de montage sans pareille, et surtout un filmage en 3D, qui paraît si naturel, dépourvu de toute ostentation chez lui qu’on oublie qu’il ne l’est nullement chez les autres. La tournée de Billie Eilish s’étant jouée à guichets fermés, cette captation est ainsi l’occasion, pour ceux qui y ont assisté, de retrouver leurs souvenirs magnifiés par l’utilisation de la 3D, ainsi que pour tous les autres, fort nombreux qui sont restés sur le bas-côté, de la voir pour la première fois, dans des conditions idéales.

Car, pour voir ce concert de Billie Eilish, il existe déjà des captations plus ou moins réussies sur YouTube, quasiment autant que de villes visitées. Ce qui justifie le visionnage de cette oeuvre sur grand écran, c’est la qualité d’image inégalable atteinte par Cameron, la puissance sonore des chansons dégagée par une projection sur grand écran, et surtout la pluralité et le mouvement des images, là où les videos YouTube se signalent par l’unicité et la fixité de leur point de vue. Le film de Cameron est un vrai film, dans le sens où le spectateur est plongé en immersion dans le spectacle de Billie Eilish, face à une multiplicité d’images et de points de vue.

Car tout le film est construit autour du spectacle de Billie Eilish, en alternance avec de rapides interviews de la chanteuse. Contrairement aux idées reçues, le concert de Billie Eilish est très épuré, assez peu spectaculaire, à la limite de l’austérité, concentré sur l’essentiel, conformément à sa musique : pas de changement de costumes, pas de danseurs, un groupe de musiciens discrets, quelques flammes artificielles pour les morceaux les plus explosifs, des confettis pour la célébration finale de Birds of a feather. D’une certaine manière, de ce point de vue, c’est l’anti-Lady Gaga, Mylène Farmer ou Taylor Swift. Tout repose sur Billie et ses chansons, qui représentent le coeur du programme. Or Billie Eilish est un véritable phénomène en la matière : que ce soient ses trois albums, son E-P (Don’t smile at me) ou ses collaborations sporadiques à des B.O. (No time to die pour le 25ème James Bond, What was I made for, extrait de Barbie) ou un duo (Guess avec Charli XCX), elle n’a jamais écrit ou publié la moindre mauvaise chanson. Seule une Lana Del Rey, grande influence de Billie, paraît pouvoir soutenir la comparaison dans ces vingt-cinq dernières années.

Le concert de Billie Eilish est ainsi donc constitué principalement de ballades douces et mélancoliques (Skinny, Lovely, When the party’s over) parsemées de quelques rares bangers rythmés (Lunch, Guess, Bad Guy), en précisant que ses titres les plus pop sont souvent les plus calmes, méditatifs et paisibles (Ocean eyes, Bury a friend, Everything I wanted, Chihiro, Birds of a feather). La mise en scène de Cameron épouse avec sobriété ce rythme bipolaire du spectacle, se mettant au service et au diapason de l’univers de Billie Eilish, sans jamais essayer de tirer la couverture à lui, ce qui fait que certains pourront trouver le résultat sage et peu révolutionnaire, alors qu’ils ne mesurent pas l’immense différence entre ce film et les autres captations de concert. Si l’on souhaite véritablement chercher un défaut dans l’enrobage cameronien, ce serait plutôt à chercher dans l’utilisation trop fréquente de plans de fans au visage déformé par l’émotion, répétition qui peut lasser le spectateur, mais cela semble appartenir au cahier des charges du film, dont le sujet tourne autour de la demande d’amour et de son retour plus ou moins effrayant, immense et disproportionné. Quand Billie se confie entre deux chansons sur les scarifications que les fans lui ont causées sans le savoir ou avoue à la fin dans sa limousine qu’elle aime cet amour absolu des fans, on peut s’interroger sur cette étrange vie des stars qui leur fait demander l’amour de centaines de millions de personnes, sans jamais en être rassasiées. Eilish paraît pourtant plutôt équilibrée mais elle confie parfois à ses chansons des états d’âme dépressifs, vulnérables, voire suicidaires qui peuvent inquiéter. Ce film dresse contradictoirement le constat d’une jeune femme de 24 ans, joyeuse et heureuse de plonger de temps à autre dans le gouffre de ses émotions, sans pour autant céder au vertige de ses démons, ou alors en les contrôlant par l’écriture comme l’a fait Robert Smith de The Cure. Aujourd’hui, Billie Eilish, petite princesse de la pop, domine son sujet ( et ses sujets) comme un autre roi de la pop a pu le faire il y a des dizaines d’années, mais en affichant un comportement volontaire et exemplaire, loin des errements problématiques.

Le film est signé James Cameron et Billie Eilish, Cameron en plaisante, prétendant dans une séquence qu’il devrait être en fait signé principalement Billie Eilish, avec son nom (James Cameron) en tout petit. Ce n’est pas entièrement faux car l’oeuvre est entièrement conçue par Billie Eilish, Cameron la mettant en forme et l’enjolivant par quelques effets 3D. Billie Eilish ayant déjà atteint tous ses objectifs en matière musicale (des Grammys à la pelle, deux Oscars de chanson originale, un succès planétaire), ce n’est pas un secret de révéler qu’elle se tournera bientôt vers le cinéma, d’abord comme actrice puis probablement comme réalisatrice. Elle est pressentie comme actrice dans l’adaptation de La Cloche de détresse, unique roman de la poétesse Sylvia Plath, qui serait réalisée par Sarah Polley (Oscar du meilleur scénario en 2023 pour Women talking). Mais, déjà réalisatrice de ses clips, Billie Eilish deviendra ensuite probablement réalisatrice de cinéma, pour compléter le panorama d’une carrière artistique incroyablement diversifiée, placée sous les signes conjoints de la musique et du cinéma. Ce film cosigné avec James Cameron représente peut-être ainsi un passage du témoin, du passé vers l’avenir, avec en trait d’union la technologie.

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RÉALISATEURS : James Cameron et Billie Eilish 
NATIONALITÉ : américaine, canadienne
GENRE : concert
AVEC : Billie Eilish, James Cameron, Finneas O'Connell,
DURÉE : 1h54
DISTRIBUTEUR : Paramount Pictures
SORTIE LE 7 mai 2026