Nenu and Mar share a distaste for noisy tourists

Le Chant des oliviers : un hommage convenu mais sincère à la culture maltaise

Avec Le Chant des oliviers, Alex Camilleri poursuit son exploration de Malte entamée avec Luzzu (sorti en salle en 2021), dans un film attachant évoquant une tradition musicale méconnue : le għana, un chant populaire ancestral fondé notamment sur l’improvisation et les joutes verbales. À travers le parcours de Mar, une jeune femme qui souhaite quitter son île après la mort de sa mère, le réalisateur explore les liens complexes que nous entretenons avec nos origines, notre héritage et un passé dont on ne parvient pas toujours à se détacher.

Le film suit ainsi un cheminement prévisible, celui d’une jeune femme qui apprend à regarder autrement le pays qu’elle voulait fuir.

Le point de départ est assez classique. Alors qu’elle s’apprête à partir, Mar découvre qu’elle hérite de plusieurs terrains et se lance dans une quête qui va progressivement bouleverser ses certitudes. Sa rencontre avec Nenu, un chanteur attaché à la préservation du għana, constitue le cœur du récit. Entre eux se noue une relation singulière, faite de confrontations, de curiosité et d’un rapprochement qui s’opère peu à peu par la musique. Le film suit ainsi un cheminement prévisible, celui d’une jeune femme qui apprend à regarder autrement le pays qu’elle voulait fuir.

C’est sans doute là que le film montre ses limites. Alex Camilleri emprunte parfois des chemins narratifs balisés, avec une évolution des personnages et une réconciliation avec les origines dont on devine assez facilement l’issue. Certaines situations paraissent un peu scolaires, comme si le récit cherchait à souligner ses intentions plutôt qu’à laisser les émotions se développer librement. Le scénario manque parfois de surprises et la progression dramatique reste assez convenue. On aurait aimé davantage d’aspérités, de nuances ou d’ambiguïtés, afin que le cheminement intérieur de Mar gagne en profondeur et échappe à certains automatismes du film d’apprentissage.

Le Chant des Oliviers rappelle ainsi simplement que l’héritage ne se résume pas à ce que l’on reçoit matériellement

Pour autant, Le Chant des oliviers ne manque pas de charme. Sa sincérité est indéniable et l’on sent qu’Alex Camilleri porte un véritable intérêt à la culture qu’il filme. Le għana n’est pas simplement un élément folklorique destiné à donner une couleur locale au récit. Ces duels chantés, où les mots deviennent des armes autant qu’un moyen d’expression, apportent au film une énergie et une singularité bienvenues. Ces séquences offrent d’ailleurs les plus beaux moments d’un film qui aborde la question de la transmission. À travers Nenu, dépositaire d’un savoir qui risque de se perdre, le film évoque la fragilité des traditions et la nécessité de les faire vivre pour qu’elles ne deviennent pas de simples souvenirs. Le Chant des Oliviers rappelle ainsi simplement que l’héritage ne se résume pas à ce que l’on reçoit matériellement. Il comprend aussi des gestes, une langue, des histoires et des pratiques qui nous relient aux autres.

Sans être pleinement convaincant sur le plan narratif, Alex Camilleri livre donc un long métrage agréable et généreux

La découverte de Malte participe également au plaisir du visionnage, l’île devenant un territoire chargé de mémoire, où les paysages racontent quelque chose de l’identité de ses habitants. Une certaine curiosité pour cette culture se fait ressentir tout comme l’attachement du réalisateur à son pays.

Le Chant des oliviers apparait comme une œuvre imparfaite, parfois trop sage et prévisible, mais dont les qualités finissent par l’emporter sur les réserves. Sans être pleinement convaincant sur le plan narratif, Alex Camilleri livre donc un long métrage agréable et généreux, qui trouve sa plus belle raison d’être dans son hommage au għana et dans cette idée simple, mais universelle, que l’on peut vouloir s’éloigner de ses racines sans jamais parvenir à s’en détacher complètement.

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RÉALISATEUR : Alex Camilleri
NATIONALITÉ : Malte, Allemagne, Qatar
GENRE : Comédie dramatique
AVEC : Michela Farrugia, Nenu Borg, Michael Azzopardi
DURÉE : 1h48
DISTRIBUTEUR : Epicentre Films
SORTIE LE 30 septembre 2026