Crazy Bear : une grande pitrerie

Elizabeth Banks, connue notamment pour Charlie’s Angels et la série des Hunger Games, s’inspire d’un fait réel survenu en 1985, dans une forêt nationale américaine, où un ours avait ingéré quelques grammes d’une cocaïne se trouvant dans un sac de sport. En modifiant l’histoire initiale (l’animal fut victime d’une overdose), la réalisatrice concocte un spectacle cinématographique édifiant, sorte d’hallucination où l’absurdité des situations dérive inévitablement vers un résultat de mauvaise qualité. En proposant cette comédie horrifique n’étant ni plus ni moins qu’une parodie insipide, Elizabeth Banks ne réussit pas à faire parler la poudre, à injecter cette dose de folie nécessaire pour que ce concept fou fonctionne. Crazy Bear, à défaut de provoquer l’hilarité, crée irrémédiablement l’impression de voir une série B manquée, franchissant allègrement le ridicule.

Un ours découvre des kilos de drogue, et en avale une bonne partie. Rendu fou et enragé suite à l’ingestion, l’animal s’en prend violemment à des habitants et des malfaiteurs.

Le scénario puise son inspiration dans cet événement ayant eu lieu dans un espace naturel, et propose une variation qui se voulait délirante et conceptuelle. Bien sûr, l’idée de voir un ours chargé de cocaïne et subissant les effets dévastateurs de cette drogue dure ne pouvait que créer un sentiment de curiosité.

Cependant, ce synopsis improbable et bien absurde pose la question suivante, celle de savoir comment Universal a pu valider ce projet bizarre et saugrenu. Elizabeth Banks souhaitait sans doute revenir aux fondamentaux de la comédie américaine, à grands coups de répliques potaches et de comique balourd. Toutefois, la recette ne marche guère, toutes les situations censées être amusantes tombant à plat. Les apparitions de cet animal dopé à cette substance interdite ne créent non pas de l’amusement, mais deviennent néanmoins affligeantes. Dans sa globalité, Crazy Bear, par sa rythmique et ses passages désespérément peu drôles, se trouve dans la veine des comédies à succès des années 1990, mais propose des cocasseries et de multiples moments abracadabrantesques suscitant l’étonnement plutôt que le sourire. Les premières minutes laissent présager une suite d’une irrésistible drôlerie, pourtant la présentation de ce mammifère hystérique attiré par l’odeur de la poudre blanche vient complètement annihiler tout cela. Entre des CGI approximatifs et une succession de scènes volontairement (ou involontairement) ridicules, il est alors compliqué de trouver un intérêt à ce projet insensé.

L’écriture voulait imposer une tendance horrifique, un axe pas si mauvais que cela, mais le mélange entre les deux genres ne prend pas. Les scènes de boucherie perpétrées par cet ursidé en furie n’effacent pas l’impression de voir une avalanche de pitreries indigestes. Sans cela, le film aurait gagné en qualité. Cependant, la mise en scène et les choix opérés par la réalisatrice ne conviennent pas à un film qui se veut être un divertissement familial. Entre une exécution maladroite et des interprètes, tous excellents au demeurant, mais désavantagés par une direction hasardeuse, ce Crazy Bear ne coche pas toutes les cases d’une honnête production divertissante. À l’image de Keri Russell (The Americans, Affamés) ou de Margo Martindale (Justified, Les Baronnes, The Watcher), les acteurs et les actrices semblent bien en dessous de leurs réelles capacités. Le scénario, contenant initialement l’ambition de concrétiser un film farfelu, se fourvoie dans un manque abyssal de panache et d’originalité. Tenant sur un minimum de lignes, il comptait sur l’effet de surprise engendré par la présence de cet ours survitaminé, ce Crazy Bear considéré comme un attrait scénaristique, mais devenant finalement le symbole d’un échec criant.

0.5

RÉALISATEUR :  Elizabeth Banks
NATIONALITÉ : États-Unis
GENRE :  Comédie Horrifique
AVEC : Keri Russell, Margo Martindale, Alden Ehrenreich, Isaiah Whitlock Jr, Brooklynn Prince
DURÉE : 1h35
DISTRIBUTEUR : Universal Pictures International France
SORTIE LE 15 mars 2023